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7. Représentations métaphoriques de l'univers environnant

Article
Publié : 15 juillet 2011

Combattre le changement climatique: réflexions sur les métaphores du climat au Parlement européen


Annelise Ly, Assistante de recherche, Département des langues étrangères, Université de Bergen, Norvège, annelisely@gmail.com

Résumé

L’article propose d’identifier et d’analyser les métaphores liées au climat et au changement climatique dans deux débats autour de la Conférence sur les changements climatiques de Copenhague (COP15) au Parlement européen. L’étude part de l’idée que les métaphores structurent notre pensée et notre perception du monde (Lakoff &Johnson). Le choix du domaine de source est toutefois rarement neutre et l’analyse de ce dernier permet de voir la manière dont le défi climatique est compris, envisagé  et traité. L’étude montre ainsi que le climat est décrit de façon différente en fonction des membres du Parlement européen. D’une part, la nature même du climat est discutée : le climat est tour à tour vu comme un objet, une personne ou un phénomène incontrôlable. Son rôle par ailleurs est structuré comme ennemi ou victime de l’homme. L’étude souligne ainsi les différentes conceptions du défi climatique dans le discours politique et tente d’en expliquer les raisons.

Abstract

The article aims to identify and analyze climate and climate change metaphors in two debates about the Climate Change Conference in Copenhagen (COP15) that took place at the European Parliament. The study is based on the idea that metaphors structure our thoughts and our perceptions of the world (Lakoff& Johnson). The choice of source domain however is seldom neutral and the analysis of the latter may let us understand the way the challenge of climate is understood, framed and acted upon. The study shows that climate is framed in different ways by the Members of the European Parliaments. The nature of the climate itself is discussed: climate is perceived as an object, a person or a phenomenon that is impossible to control. Its role is in addition either structured as an enemy or as a victim of humans. Thus, the study underlines the different viewpoints on the climate challenge in political discourse and attempts to explain the reasons for it.


Table des matières

Texte intégral

Cet article propose une réflexion sur l’usage des métaphores liées au climat et au changement climatique dans le discours politique. Il s’intéresse tout particulièrement à deux débats autour de la Conférence sur les changements climatiques de Copenhague (COP 15), organisée par l’ONU en décembre 2009. Le premier débat avait pour fonction de préparer le sommet tandis que le second en propose un bilan.

Le changement climatique est un thème d’actualité. Du discours politique, avec, par exemple, l’annonce de la candidature de Nicolas Hulot aux Présidentielles de 2012 au discours économique avec les discussions sur la taxe carbone, en passant par les conseils « écolo » pour la maison, les courses, les crèmes de beauté et les vêtements, la préoccupation climatique envahit notre quotidien.

L’étude proposée part cependant d’un constat : alors que le terme est utilisé de tous, tout le temps, le climat est un concept difficile à comprendre et de ce fait diversement compris. Il est intéressant de voir que les concepts de «changement climatique», «météo» ou «réchauffement global» ne sont pas toujours utilisés à bon escient, que ce soit dans le discours quotidien, dans les media ou dans le discours politique. Il est ainsi fréquent de contourner cette difficulté en utilisant des expressions métaphoriques pour parler du climat, telles que «lutter contre le changement climatique»  ou «protéger le climat». Les métaphores conceptuelles permettent en effet de comprendre quelque chose (généralement abstrait et complexe) en termes de quelque chose d’autre (qui provient du domaine de l’expérience). Le changement climatique, concept scientifique complexe devient alors de cette façon plus tangible, plus réel, plus proche de nos préoccupations quotidiennes.

Lakoff et Johnson expliquent que la métaphore n’est pas seulement une affaire de langage. Au contraire, elle «est partout présente dans la vie de tous les jours, non seulement dans le langage, mais dans la pensée et l’action» (Lakoff et Johnson, 1985:13). Ils ajoutent de plus que «les métaphores structurent notre manière de percevoir, de penser et de faire» (id.:14). En d’autres termes, notre langage influence notre manière de penser et de concevoir les concepts abstraits.

L’usage de la métaphore du climat et du changement climatique est assez fréquent dans  les media, comme le montre le travail de Skinnemoen (2009). Il sera ainsi intéressant d’une part, de voir si les métaphores climatiques sont aussi présentes dans le discours politique, et d’autre part, d’étudier la façon dont le discours métaphorique influence les perceptions de ce défi global. L’identification et l’analyse des métaphores pourront ainsi permettre de répondre à la question suivante : de quelle manière le défi climatique est-il compris, envisagé et pensé dans le discours politique?

En outre, la comparaison des deux débats montrera si le défi climatique est pensé différemment après l’échec du sommet de Copenhague et le scandale du «Climategate» (qui a lieu juste avant COP15).

Ainsi, après avoir montré que le climat est un concept difficile à comprendre, l’usage des métaphores conceptuelles dans les discours au Parlement européen sera analysé, soulignant les différences dans la façon de parler du climat. Dans une troisième partie, des pistes d’analyse et de réflexions permettront de mettre en lumière les différentes conceptions du climat au Parlement européen.

Le climat et le changement climatique sont des thèmes qui envahissent notre quotidien, que ce soit à travers les media ou à travers nos modes de vie et de consommation. On peut toutefois remarquer que ces concepts sont diversement compris et on constate qu’il existe parfois un décalage entre les conclusions alarmistes des scientifiques et l’opinion publique.

D’une part, le changement climatique est un thème de plus en plus traité par la science. D’abord, le nombre d’articles scientifiques sur ce thème n’a cessé d’augmenter ces dernières années (Aspinall, 2010). Dans son article, Aspinall montre que le nombre d’articles par an comprenant le terme « changement climatique » dans le résumé ou dans les mots clés est passé de moins de 1000 articles par an en 1990 à près de 10000 par an en 2010. Le changement climatique est ainsi devenu un des thèmes majeurs de la recherche scientifique. En outre,  le consensus scientifique sur le rôle de l’influence anthropique sur le changement climatique est aussi de plus en plus grand (Doran et Kendall Zimmerman, 2009), et si des voix de discorde se font entendre, de la part des sceptiques ou des nieurs, il n’en demeure pas moins qu’ils ne représentent qu’une minorité de ce grand consensus scientifique.

Les media d’autre part, accordent une place de plus en plus importante au phénomène climatique.  Les analyses de Boykoff (2011) de cinquante journaux de vingt pays montrent ainsi que le nombre d’articles sur le changement climatique augmente en général, et de façon encore plus significative lors des conférences annuelles organisées par l’ONU, les COP. On peut ainsi noter un pic de couverture médiatique des cinq continents lors de COP 15, à Copenhague, en décembre 2009.

Par ailleurs, de  nombreuses études ont été menées pour analyser la perception du changement climatique. La récente étude sur « les attitudes des Européens face au changement climatique » menée par la Commission européenne (Eurobarometer 322, 2009) montre que les Européens interrogés  s’accordent à dire que le changement climatique est le deuxième plus grand problème qui touche le monde aujourd’hui et ils le considèrent comme un problème très sérieux. A cet égard, la majorité des  Européens (63%) entreprend des actions quotidiennes telles que le recyclage pour lutter contre le changement climatique. Aux Etats-Unis par contre, si les Américains ont bien eux aussi conscience du phénomène climatique et que ce dernier est perçu comme une menace plus ou moins sérieuse (Leizerowitz et al, 2010), il n’en demeure pas moins que le pourcentage de personnes qui se sentent concernées par le changement climatique a diminué et est passé de 33% en 2008 à 29% en 2010. En outre, le pourcentage de personnes émettant un doute quant à la véracité du changement climatique augmente pendant cette même période, passant de 11% à 13%. On voit ainsi que l’urgence climatique inquiète moins aux Etats-Unis  en 2010 tandis que le doute sur l’existence même du changement climatique grandit. Il semble que l’événement du «Climategate», survenu en décembre 2009 ait joué un rôle dans les résultats de Leizerowitz. En effet, cet événement a, sans aucun doute, jeté une ombre sur le sérieux du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) mais a aussi porté préjudice à la communauté scientifique en général. Il serait intéressant, dans une optique européenne, de voir les répercussions du «Climategate» sur la perception du changement climatique dans l’Union Européenne.

Par ailleurs, des études dans le domaine de la psychologie montrent que la compréhension du phénomène climatique est quelque peu approximative. Le changement climatique est souvent compris comme synonyme de pollution atmosphérique, de réduction de la couche d’ozone ou encore confondue avec les gaz à effet de serre (Böhm et Pfister, 2001).  Il y a enfin une forte tendance à confondre le concept de climat et celui de temps. Nombreux, à cet égard, ont remis en cause l’existence même du changement climatique lors du sommet de Copenhague en décembre 2009, en argumentant qu’il faisait particulièrement froid pendant cet hiver 2009 et que par conséquent, le réchauffement climatique n’existait pas ! Cette erreur se manifeste autant dans les media que dans le discours politique, comme le laisse penser cette phrase tirée d’un débat au Parlement européen :

«Mesdames et Messieurs, l’histoire du réchauffement de la planète est une perte de temps. Depuis décembre, la presse et les programmes d’actualité diffusés à la télévision rapportent que l’Europe est en proie à des températures glaciales. Evitons de faire des spéculations inutiles et coûteuses à propos du climat». (Oreste Rossi, EFD, Italie, 20.01.2010).

Comment faire alors, pour parler du changement climatique ?

Dans les Métaphores dans la vie quotidienne, Lakoff et Johnson expliquent que « la métaphore est principalement un moyen de concevoir une chose en termes d’une autre, et sa fonction première est la compréhension.» (Lakoff et Johnson, 1985 : 45). L’emploi de la métaphore permet ainsi de parler d’une idée abstraite en des termes plus concrets pour en faciliter la saisie. Un des exemples souvent évoqués dans cette théorie est la métaphore conceptuelle LA VIE EST UN CONTENANT. Selon Lakoff et Johnson, nous pensons la vie comme un contenant, et c’est pour cela que nous utilisons dans la vie quotidienne des expressions telles que :

«J’ai eu une vie bien remplie. Pour lui, la vie est vide. Il ne lui reste plus grand-chose à attendre de la vie (…) Vis pleinement ta vie» (id. : 59).

D’après la terminologie proposée par Lakoff et Johnson, les exemples donnés s’appellent des «expressions métaphoriques». L’ensemble de ces expressions constitue une «métaphore conceptuelle» La vie, ici, est appelée «domaine cible», tandis que le contenant est le «domaine source». Les domaines cibles correspondent généralement aux domaines d’expérience relativement abstraits, complexes ou mal délimités, tels que les émotions, le temps, la vie ou la mort. Les domaines sources au contraire, correspondent généralement à des domaines d’expérience concrets, simples, familiers, physiques, tels que le mouvement, le corps ou les objets (Semino, 2008 : 6). Ainsi, expliquer un concept abstrait en termes d’un autre, plus concret, permet de mieux le comprendre.

L’explosion du nombre de concepts abstraits et complexes dans notre langage quotidien, tels que les concepts de crises financières ou de catastrophes nucléaires entraîne ainsi une multiplication de l’usage métaphorique.

En outre, selon Semino, l’usage des métaphores dans le discours politique est très fréquent. L’auteur montre en effet que la métaphore est particulièrement utile en politique dans la mesure où il s’agit d’un domaine abstrait et complexe. Reprenant l’idée de Lakoff et Johnson selon laquelle la métaphore facilite la compréhension de concepts abstraits, elle liste les différents éléments ou aspects du domaine politique qui sont souvent construits métaphoriquement. Elle mentionne, entre autres, les causes et les solutions des problèmes, les relations internationales et les actions politiques. (Semino, 2008 : 91)

Par ailleurs, il est important de mentionner que la métaphore ne se contente pas de présenter une chose en termes d’une autre, mais de concevoir, penser, structurer une chose en termes d’une autre. Le choix d’un domaine source va donc mettre en avant certains aspects du domaine cible tout en occultant d’autres. De ce fait, le choix du domaine source est rarement neutre et l’analyse de ce dernier permet de voir la manière dont le domaine cible est conçu, pensé.

Toutes ces idées  laissent penser l’hypothèse que le changement climatique, dans le discours politique, est évoqué de façon métaphorique. L’objet de cette analyse est donc d’identifier et d’analyser les métaphores présentes dans le corpus afin de comprendre la manière dont les politiciens parlent et de ce fait conçoivent la problématique du climat.

Les débats étudiés se situent respectivement avant (24 novembre 2009) et après (20 janvier 2010) la Conférence de Copenhague, en décembre 2009. Le premier débat s’intitule Préparation du sommet de Copenhague sur le changement climatique et est composé de 81 interventions de parlementaires. Le second débat s’intitule Résultats du sommet à Copenhague sur le changement climatique et il est composé de 83 interventions de parlementaires.

L’événement COP15 était censé devenir un événement décisif de la politique mondiale où l’Union Européenne jouerait un rôle décisif. L’incapacité des chefs d’état à trouver un accord climatique ambitieux et contraignant d’une part, et le rôle de figurant qu’a joué l’Union européenne dans les négociations, d’autre part, permettent d’affirmer que le sommet s’est soldé par un échec.

Les parlementaires utilisent souvent leur langue maternelle pour s’exprimer au Parlement européen. Toutefois, la retranscription de leur intervention est disponible dans les 23 langues officielles de l’Union européenne sur le site de ce dernier. Pour cette analyse, je me suis servie de la traduction française officielle. Les exemples analysés dans cette étude, ont été, dans la mesure du possible, comparés à la langue originale du parlementaire. Pour les autres cas, je me suis référé aux traductions officielles en français et en anglais fournies par le site du Parlement.

La procédure d’identification des métaphores (MIP) utilisée est inspirée par le groupe de recherche Pragglejaz (2007). Il s’agit d’une procédure méthodique, qui consiste en quatre étapes. D’après les auteurs, il faut dans un premier temps (1), lire l’intégralité du texte afin d’avoir une compréhension globale du sens. Puis (2), il faut déterminer les unités lexicales du texte. Ensuite (3), pour chaque unité lexicale, il faut déterminer si le sens de cette dernière, dans ce contexte, diffère de l’acception basique dans d’autres contextes. Si c’est le cas (4), alors l’unité lexicale est métaphorique.

Pour cette étude, j’ai d’abord procédé à l’étape (1) puis j'ai relevé toutes les occurrences des termes «climat» et « changement climatique » que j’ai ensuite replacées dans leur contexte. Pour chaque occurrence, j’ai appliqué la procédure d’identification des métaphores du groupe Pragglejaz (étapes 2 à 4). J’ai ensuite procédé à une analyse qualitative et extrait toutes les expressions à propos du climat et du changement climatique qui ne comprenaient pas ces termes pour les analyser avec la méthode MIP.

Ainsi, l’étude de ces deux débats permet d’identifier de nombreuses expressions métaphoriques utilisées par les membres du Parlement européen (MPE) en relation avec le climat et le changement climatique. Ces dernières composent les métaphores conceptuelles qui vont être développées dans cette partie.

On peut distinguer deux catégories de métaphores. La première regroupe les expressions métaphoriques décrivant la nature du changement climatique tandis que la seconde développe les rôles joués par le climat et le changement climatique dans sa relation à l’homme. Le changement climatique est alors perçu soit comme un ennemi, soit comme une victime de l’homme.

La personnification est un procédé fréquent dans le processus métaphorique. On attribue des qualités humaines au climat, telles que la faculté de penser, parler, et la capacité à avoir des sentiments. Selon Lakoff et Johnson,  la personnification nous permet de « donner un sens aux phénomènes du monde. Cette saisie se fait en termes humains : ces aspects humains, nous les comprenons à partir de nos propres motivations, des objectifs que nous nous fixons, de nos actions et particularités. » (Lakoff et Johnson : 43).

Dans le débat qui précède le sommet de Copenhague, on peut noter que le climat peut être exprimé dans des termes se rattachant à la métaphore de la personne.  Ainsi, le climat est doté de vertus, et plus particulièrement de patience. Dans son intervention inaugurale, le président en exercice du Conseil demande au Parlement d’agir au plus vite, car « le climat de la Terre attend depuis trop longtemps » (Andreas Carlgren, président en exercice du Conseil, Suède 24.11.2009). Dans ce même débat, un parlementaire affirme que la patience a ses limites et que le climat ne souhaite plus attendre, qu’il faut agir maintenant : «notre climat ne souffrira aucun retard» (Bas Eickhout, Verts/ALE, Hollande, 24.11.2009). De plus, le climat semble être doté de raison, comme le montre l’usage par un parlementaire français de l’adjectif « absurde » dans cet exemple : « Ce n’est pas seulement absurde pour le climat, quand les scientifiques nous disent qu’il faut atteindre 40 %, mais c’est absurde pour notre économie » (Yannick Jadot, Verts/ALE, France, 24.11.2009). Le Trésor de la langue française informatisé limite en effet l’usage de cet adjectif à une manifestation de l’activité humaine, tels que la parole, le jugement, la croyance, le comportement ou l’action.

En plus du climat, la planète est aussi  perçue comme une personne à qui il est possible de parler, et avec qui il est possible de négocier le moment de l’action. Une parlementaire des Verts explique ainsi qu’on ne peut plus discuter avec la Terre :

 «Je voudrais rappeler à ceux qui sont désireux de remettre en question toute la notion de protection climatique que la planète n’attendra pas. Vous ne pouvez pas dire à la planète: «Pourrais-tu, s’il te plaît, nous donner un an ou deux de plus, nous sommes en pleine récession», ou «Les climato-sceptiques nous ont fait hésiter» (Satu Hassi,  Verts/ALE, Finlande, 24.11.2009).

A travers ces quelques exemples, on peut voir que le climat est ainsi doté d’attributs humains tels que la patience et la raison. Il est intéressant aussi de noter, d’une part, que cette métaphore conceptuelle n’apparaît que dans le premier débat au Parlement européen, et d’autre part, qu’elle est toujours utilisée par des fervents défenseurs de la cause climatique, que ce soit par Carlgren, qui souhaitait la mise en place d’un accord ambitieux et contraignant à Copenhague, ou les membres du parti écologique, les Verts. Il sera judicieux de revenir sur ces remarques dans l’analyse.

D’autres expressions métaphoriques concernant la nature du climat sont présentes dans les deux débats. Le climat est alors perçu comme un objet dont l’homme peut disposer à sa guise. Ainsi, pour un parlementaire polonais, le climat et la nature sont perçus comme des objets physiques, et, d’une certaine façon, morcelables entre les différents membres d’une communauté :

 «le climat, et aussi la nature qui nous entoure, appartiennent à tout le monde, y compris aux générations à venir» (Mirosław Piotrowski, ECR, Pologne, 20.01.2010).

Une autre manifestation de cette métaphore est proposée par un parlementaire qui semble comparer le climat à un objet physique fragile- un vase ou une tasse, peut-être, comme le montre cet exemple : « Une fois que le climat sera cassé, il le sera pour toujours et nous ne serons pas en mesure de le réparer. » (Jo Leinen,  S&D, Allemagne, 24.11.2009). Cette métaphore conceptuelle montre ainsi que le climat peut être conçu comme une entité physique, qui peut être divisée et partagée entre différents acteurs. Ces derniers deviennent alors propriétaires de cette entité, de cet objet, et peuvent l’exploiter à leur guise. Cette idée rejoint l’idéologie appelée «Mastery of nature» développée par Mike Hulme. Il s’agit d’une vision du monde dans laquelle d’une part, le climat est un élément de la nature que l’on peut contrôler, et d’autre part, que les humains ont le droit, le pouvoir et les moyens de contrôler.

On retrouve aussi cette idée dans l’exemple suivant, où une parlementaire allemande évoque l’exploitation de la Terre et de ses ressources :

«L’objectif doit cependant être – et je parle d’un objectif pour l’humanité – d’exploiter notre Terre et ses ressources de manière durable et judicieuse». (Angelika Werthmann, NI, Allemagne, 24.11.2009).  

Une autre métaphore conceptuelle sur la nature du climat se dessine dans les débats.

D’une part, le climat est perçu comme un phénomène naturel en mouvement. L’usage du  domaine source «mouvement»  dans le cas du changement- et de ce fait du changement climatique- est assez conventionnel, comme en témoigne la présence de la métaphore conceptuelle CHANGE IS MOTION dans Master Metaphor List (LAKOFF alii, 1989)  la liste des métaphores conventionnelles établie par le groupe de linguistique cognitive de l’université de Berkeley. On note par exemple des expressions métaphoriques telles que « le changement climatique progresse » (Satu Hassi, Verts/ALE, Finlande, 24.11.2009), ou encore «le climat est en train de changer» (Adam Gierek, S&D, Pologne, 24.11.2009). Il est cependant important de mentionner que dans la métaphore conventionnelle CHANGE IS MOTION, il y a l’idée sous-jacente que le  progrès est associé au mouvement en avant et que la détérioration est associée au mouvement en arrière. Dans le cas du changement climatique, le mouvement est contraire. Aller de l’avant mène à la catastrophe. Il faut ainsi éviter que le changement climatique ne progresse, il faut le limiter. Olli Rehn, le membre de la Commission présent durant le débat de janvier 2010 souhaite même « inverser » le changement climatique, ce qui peut sembler étrange :

«C’est une amère déception pour nous tous qui nous sommes battus pendant des années afin que des décisions concrètes soient prises pour inverser le changement climatique» (Olli Rehn, membre de la Commission, Angleterre, 20.01.2010)

Le changement climatique est par ailleurs formulé en  des concepts métonymiques, où l’on se réfère à l’effet pour parler de la cause. Selon Lakoff et Johnson, dans le cas de la métonymie, «  la partie que nous retenons détermine l’aspect du tout sur lequel nous nous concentrons.» (id : 45). De plus,  

«Comme les métaphores, les concepts métonymiques ne structurent pas uniquement notre langage, mais aussi nos pensées, nos attitudes et nos actions. Et, comme les concepts métaphoriques, les concepts métonymiques sont fondés sur notre expérience. En fait, le fondement de ces concepts est en général plus immédiat que dans le cas des concepts métaphoriques, parce qu’il met normalement en jeu des associations physiques ou causales directes» (id : 48).

Ainsi, le changement climatique, qui est une cause, est formulé dans des termes qui rappellent la catastrophe naturelle, tels que l’inondation ou l’ouragan,  qui peuvent être des effets du changement climatique. L’expression métaphorique «le changement climatique progresse» se comprend alors de façon plus dramatique, telle une vague qui nous happe. Dans cette vision du changement climatique, on comprend alors l’urgence à agir, avant qu’il ne soit trop tard,  «avant que les effets du changement climatique nous touchent réellement» (Dan Jørgensen, S&D, Danemark, 24.11.2009). Les conséquences évoquées par les effets du changement climatique sont alors terribles  puisque « dans le monde, plusieurs centaines de millions d’êtres humains vont devenir ce que l’on peut appeler des «sinistrés climatiques » (Gilles Pargneaux, S&D, France, 24.11.2009). Dans cet exemple, on voit bien que les effets du changement climatique sont décrits dans des termes qui relèvent de la catastrophe naturelle, qui peuvent être dus au dérèglement climatique.

Enfin, tout comme un événement naturel, le changement climatique est incontrôlable. De ce fait, l’homme doit vivre avec et développer sa capacité d’adaptation et de résilience, comme le montrent ces deux exemples, tirés du débat de novembre 2009 :

 «nous devons nous adapter aux changements inévitables du climat» (Holger Krahmer, ALDE, Allemagne, 24.11.2009)

et

«Nous devons renforcer notre résilience aux effets du changement climatique» (Nessa Childers, S&D, Angleterre, 24.11.2009).

Cette perception du changement climatique, sauvage et incontrôlable,  est radicalement différente de la métaphore conceptuelle précédente, où l’homme avait le contrôle sur le climat.

Ainsi, l’étude des expressions métaphoriques relatives au climat ont permis de montrer trois façons de concevoir la nature du climat, comme une personne, comme un objet, ou  comme un phénomène incontrôlable. Les expressions métaphoriques relatives au rôle que joue le climat par rapport à l’homme sont plus nombreuses encore dans les débats, comme le montrent les deux métaphores conceptuelles qui vont suivre.

Pour certains MPE, le climat est métaphoriquement exprimé comme un ennemi qui maltraite l’homme. Dans les débats au Parlement, on trouve ainsi quelques allusions à la difficulté à être en compagnie de ce dernier. Par exemple, à la question d’un parlementaire qui demande à Godfrey Bloom, un parlementaire anglais, de définir le climat, ce dernier répond : «Le climat, Monsieur Davies, c’est ce que nous devons tous subir» (Godfrey Bloom, EFD, Angleterre, 20.01.2011). Le climat serait donc une entité que l’on supporte contre son gré et avec peine. Plus loin dans ce même débat, une autre parlementaire parle des «réfugiés climatiques», un groupe de  population qui a été forcé de fuir son pays d’origine à cause des difficultés climatiques. Le climat serait donc, au même titre que des raisons politiques, raciales ou religieuses, une raison pour laquelle on peut fuir son pays. Il se construit métaphoriquement comme un bourreau qui s’acharne contre la population. Dans son intervention, une parlementaire des Verts évoque ainsi la souffrance des peuples autochtones :

«En matière d’environnement, de pauvreté, de santé, ils sont les premiers à souffrir du changement climatique.» (Catherine Greze, Verts/ALE, France, 24.11.2009).

Le climat se structure métaphoriquement ainsi comme un ennemi de l’homme et il faut, de ce fait, le combattre. Les expressions métaphoriques se référant à la lutte ou au combat sont assez nombreuses dans les deux débats. Dans le débat qui précède COP15, le mot lutte, sous sa forme verbale ou nominale, apparaît 25 fois. Bien souvent, lorsque le terme est utilisé, il apparaît à plusieurs reprises dans une intervention. Le parlementaire Sonik par exemple, l’emploie trois fois dans son unique intervention :

«La lutte contre le changement climatique ne doit pas être considérée comme un caprice des pays riches… Car nous sommes en train de parler de lutte contre le changement climatique – changement qui pourrait mener à une véritable catastrophe écologique… Une dernière chose – les coûts de la création d’un fonds spécial de soutien à la lutte contre le changement climatique devraient être répartis de manière égale entre les États membres en fonction du niveau de leurs richesses.» (Bogusław Sonik, PPE, Pologne, 24.11.2009).

Après la Conférence de Copenhague, le terme « lutte » apparaît à 11 reprises. Encore une fois, il est intéressant de noter que les MPE qui utilisent ce mot l’emploient souvent à plusieurs reprises dans leur intervention. La parlementaire Francoise Grossetête l’emploie ainsi deux fois dans son intervention, Rachida Dati deux fois aussi, ainsi qu’Elena Espinosa Mangana, présidente en exercice du Conseil.

L’expression métaphorique «  combattre le changement climatique » est seulement présente dans le premier débat, où elle apparaît à sept reprises et où le substantif « combat » apparaît trois fois. A nouveau, on peut noter une répétition de l’expression métaphorique par les mêmes parlementaires, comme le montre l’exemple de Tarabella. A propos de l’agriculture, il dit :

«Je voudrais évidemment l’affirmer en disant qu’on ne doit pas la considérer comme une contrainte, mais comme un outil potentiel pour combattre le réchauffement climatique à l’avenir » et plus loin, « qu’elle a un énorme potentiel pour combattre le réchauffement climatique» (Marc Tarabella, S&D, France, 24.11.2009).

Par ailleurs, des expressions métaphoriques plus créatives ont été identifiées sur le climat et sa position d’ennemi par rapport à l’homme. Une parlementaire suédoise emploie le mot « bataille », une variante de lutte et de combat dans son intervention : 

«Enfin, permettez-moi d’être clair, nous avons besoin de réduire de 30 % les émissions de CO2 si nous voulons gagner … la bataille contre le changement climatique» (Lena Ek, ALDE, Suède, 24.11.2009).

Enfin,  une parlementaire polonaise représente l’Union Européenne comme un « guerrier isolé » dans ce combat: 

«N’allons-nous pas nous retrouver, au bout du compte, comme un guerrier isolé, qui fera un effort énorme à un prix colossal, mais qui n’aura aucun effet sur le changement climatique ou sur la limitation des émissions de dioxyde de carbone?» (Elżbieta Katarzyna Łukacijewska, PPE, Pologne).

La métaphore conceptuelle LE CLIMAT EST UN ENNEMI semble donc assez productive. En effet, l’expression métaphorique «lutter contre le changement climatique» est reprise de nombreuses fois pendant les débats au Parlement. Il est toutefois intéressant de noter que cette expression apparaît deux fois plus dans le premier débat que dans le second. Par ailleurs, l’apparition d’expressions métaphoriques plus créatives, telles que «la bataille», «le combat» ou «le guerrier isolé» semble montrer que les locuteurs ont conscience de jouer sur cette métaphore. Enfin, il est intéressant de voir que cette créativité métaphorique disparaît dans le second débat et il sera pertinent d’essayer de comprendre pourquoi.

Une dernière métaphore conceptuelle a été identifiée dans le corpus, dont le sens est diamétralement opposé à la métaphore précédente. Ici, l’homme est celui qui  abîme et qui  détruit le climat. Il s’agit donc de défendre et de préserver le climat. On note ainsi que le substantif «protection» apparaît à de nombreuses reprises dans les deux débats, 9 fois dans le premier, 12 fois dans le second. Encore une fois, il y a une certaine consistance dans l’utilisation de ce terme, dans la mesure où les MPE qui l’utilisent le font souvent à plusieurs reprises, comme le montre l’exemple suivant, tiré d’une seule et même intervention :

«ces dernières années, le Parlement européen a été un moteur dans le débat sur la protection du climat, et nous avons aussi réalisé une part considérable du paquet de l’UE sur la protection du climat (…) Nous savons que la protection du climat mondial n’est pas possible sans financement»  ( Jo Leinen, S&D, Allemagne, 24.11.2009).

Il est important de voir par ailleurs que cette régularité s’applique aussi à la deuxième intervention de Jo Leinen en janvier 2010, puisqu’il utilise cette même expression métaphorique à deux reprises :

«Premièrement, nous devons reconquérir notre rôle de leader dans le domaine de la protection du climat mondial (…) Enfin, concernant la recherche de partenaires, j’espère que nous développerons une diplomatie de la protection du climat.» (Jo Leinen, S&D, Allemagne, 20.01.2010).

La préservation du climat est l’affaire de l’homme, qui en a donc la charge et la responsabilité. On trouve ainsi dans les deux débats de nombreuses occurrences de la notion de responsabilité de l’homme de réduire le changement climatique :

 « Notre responsabilité n’est pas seulement celle d’un codébiteur de la dette climatique, elle est celle de tout faire pour convaincre de la seule solution de bon sens et être un défenseur infatigable de l’effort collectif équitable et efficace. »(Corinne Lepage, ALDE, France, 24.11.2009)

ou encore l’intervention d’une parlementaire allemande, qui utilise à la fois l’expression métaphorique de «protection du climat» et celle de «responsabilité» :

«Ce compromis minimal est décevant pour nous, particulièrement parce qu’il appartient dorénavant à chaque État en particulier de décider si, oui ou non, il accepte l’accord en matière de protection du climat. Le temps presse. Il nous appartient de décider maintenant ce qu’il va se passer plus tard. Nous devrions promouvoir un développement durable, axé sur la protection climatique, nous permettant d’utiliser les ressources de notre planète de manière responsable, pour nous et pour les générations à venir» (Angelika Werthmann, NI, Allemagne, 20.01.2010).

Le climat semble donc être, pour certains parlementaires, une entité menacée dont on est responsable et qu’il faut préserver. Il est étonnant cependant de noter que les occurrences du verbe «protéger» ne s’appliquent que rarement au climat. Il s’agit ainsi, tour à tour, de protéger les «futures générations» (Mirosław Piotrowski, ECR, Pologne), «nos entreprises et nos emplois européens» (Rachida Dati, PPE, France, 20.01.2010).ou encore «l’intérêt général» (Elena Espinosa Mangana, présidente en exercice du Conseil, Espagne, 20.01.2010).

L’identification des métaphores conceptuelles dans ce corpus nous permet d’apporter des éléments de réponse à notre problématique initiale, qui, rappelons-le, consistait à mettre en lumière la façon dont le défi climatique est pensé et compris dans le discours politique. Il s’agissait par ailleurs de comparer les deux débats du corpus afin de voir s’il était possible de distinguer une différence dans la manière de concevoir ce défi global, et, si c’était le cas, d’en déterminer les raisons possibles.

L’étude des métaphores conceptuelles utilisées dans les débats nous permet d’entrevoir la manière dont le climat et le changement climatique sont pensés. En effet, le choix d’un domaine cible est rarement neutre et il véhicule une certaine vision du domaine source. Lorsque Lakoff et Johnson développent l’exemple de la métaphore LA DISCUSSION, C’EST LA GUERRE, ils concluent ainsi :

«nous parlons de la sorte des discussions pace que nos les concevons ainsi, et nous agissons en accord avec la manière dont nous concevons les choses» (Lakoff et Johnson, 1985 : 15-16).

Semino en outre, explique que l’usage métaphorique influence nos représentations à court et à long termes. Dans une étude de l’usage métaphorique d’un prospectus anti-immigration du Parti National britannique, elle montre ainsi que les immigrés sont présentés métaphoriquement comme une inondation. Cette représentation à court terme peut influencer notre vision à long terme de l’immigration ; elle peut ainsi être perçue comme dangereuse, incontrôlable et destructrice. (Semino 2008: 118-124). Contrairement à ce prospectus, qui a clairement une ambition idéologique, il n’est pas possible d’affirmer de façon catégorique que les MPE expriment leur manière de percevoir et de structurer le changement climatique par l’usage des métaphores. En effet, les parlementaires utilisent souvent des métaphores conventionnelles dont ils n’ont pas forcément conscience. Ainsi, on ne peut pas affirmer que tous les parlementaires qui utilisent l’expression métaphorique «  lutter contre le changement climatique » pensent réellement que le climat est un ennemi. On peut toutefois imaginer que les expressions métaphoriques plus créatives, telles que «les sinistrés climatiques» ou «le guerrier solitaire» sont au contraire construites et pensées. Il y a donc une conscience de l’usage métaphorique, conscience d’autant plus importante qu’il s’agit là d’hommes politiques qui écrivent à l’avance leurs interventions et qui savent que leurs paroles seront écoutées, décortiquées et potentiellement étudiées. On peut ainsi dire que l’étude de l’usage métaphorique éclaire la problématique du climat, délie en quelque sorte les différentes visions du climat et explique en partie pourquoi il est si difficile d’arriver à une action politique commune.

Sans pour autant associer un parlementaire à une certaine idéologie, cette étude des métaphores permet de montrer qu’il existe différentes conceptions du climat, conceptions qui divergent en fonction de ses convictions, de sa culture et de ses valeurs. Cette idée se rapproche des « idéologies » développées par Mike Hulme. Dans son livre, il explique  qu’en fonction de nos valeurs, de nos croyances et de notre culture, on perçoit le climat différemment. Il distingue quatre ideologies majeures: «Racism, Mastery of Nature, The Wildness of Nature, System (in-) stability» (Hulme, 2009: 25). L’idéologie du racisme se fonde sur l’idée que le climat détermine le caractère et la constitution de certaines races. Il s’agit d’une idéologie déjà présente chez les Grecs et reprise ensuite par Montesquieu, entre autres. L’idée de la maîtrise de la nature consiste à penser que l’homme dispose de la Nature à sa guise et peut de ce fait l’user et l’utiliser comme bon lui semble. Dans l’idéologie de la nature sauvage, au contraire,  la nature, pure et innocente, doit être hors de la portée des humains. Le climat doit donc être protégé ou sauvé. Enfin, la dernière idéologie repose sur l’idée que le climat est un système dont il faut impérativement maintenir la stabilité ; son changement est synonyme de chaos. Les trois dernières idéologies peuvent se retrouver dans les métaphores climatiques étudiées dans les débats au Parlement européen.

On peut par ailleurs se demander s’il y a une différence dans la manière de concevoir le climat entre les deux débats. L’étude montre qu’il n’y a pas, en soi, de manière radicalement différente de penser le climat. Par contre, ce dernier est exprimé de façon plus métaphorique dans le premier débat. Par ailleurs, la personnification est seulement utilisée dans le premier débat, essentiellement par les membres du parti Les Verts. La créativité métaphorique, de plus, est seulement présente dans le débat précédant le sommet de Copenhague. Rappelons que le débat de novembre avait pour but de convaincre les parlementaires et les autres institutions de l’Union Européenne d’avancer avec un but commun, celui de trouver un accord ambitieux et contraignant qui serait signé à Copenhague. Le but était donc de persuader les MPE et la métaphore est un outil efficace de persuasion (Semino, 2008 : 85-86). Cette étude permet ainsi de voir que les métaphores conceptuelles jouent deux  rôles majeurs dans le discours politique. D’une part, l’usage métaphorique permet d’évoquer un concept complexe et abstrait en des termes concrets, tangibles et familiers. C’est clairement le cas ici, où le changement climatique paraît plus matériel grâce à l’usage métaphorique. D’autre part, la mise en scène métaphorique du climat, montré comme un ennemi permet de « dramatiser » (Semino, 2008 :31) les événements et de pousser à l’action. On peut aisément comprendre que les Verts, en parlant du climat comme s’il s’agissait d’une personne, souhaitent attirer l’attention sur l’aspect humain, fragile et proche du climat, essayant ainsi de convaincre les autres MPE d’agir au plus vite.

Les interventions des parlementaires dans le second débat sont plus centrées sur le résultat du sommet. L’Union européenne n’a non seulement pas réussi à convaincre les autres puissances de signer un accord ambitieux et contraignant, mais a en plus perdu son rôle de leader dans les négociations climatiques. Le scandale du «Climategate» a par ailleurs  jeté un discrédit sur les recherches du GIEC.

L’article avait pour objet d’identifier et d’analyser les métaphores conceptuelles sur le climat et le changement climatique dans les discours des membres du Parlement européen. L’étude a montré que les métaphores utilisées pour parler de ce sujet sont nombreuses et permettent de mettre en lumière différentes conceptions du climat et du changement climatique. Ces derniers sont structurés tour à tour comme une personne, un objet ou un phénomène incontrôlable. Par ailleurs, le changement climatique est pensé comme un ennemi de l’homme ou, au contraire, comme sa victime. Ces métaphores conceptuelles, sont, dans une certaine mesure, le reflet d’idées du climat plus profondes, partiellement influencées par notre culture, nos valeurs et nos croyances. L’analyse montre aussi que l’usage métaphorique dans le discours politique sert à persuader l’auditoire et il a pu être remarqué une différence dans l’usage métaphorique entre les deux débats examinés. Cette étude pourra contribuer à une analyse plus systématique et plus complète des métaphores conceptuelles du climat et du changement climatique dans le discours politique, que ce soit au niveau des institutions européennes ou au niveau national, voire local. Il serait par ailleurs intéressant d’étudier les métaphores conceptuelles utilisées par les différents partis politiques, afin de voir s’il est possible de détecter des visions communes du défi climatique. Enfin, cette étude pourrait contribuer à une réflexion plus générale, sur le rôle et l’efficacité de l’usage des métaphores dans la communication du changement climatique, que ce soit dans le discours politique, scientifique ou quotidien.



Liste des références bibliographiques

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Références du corpus :

PARLEMENT EUROPEEN: informations et débats disponibles sur le Web

http://www.europarl.europa.eu/fr/headlines/



Pour citer cet article


Ly Annelise. Combattre le changement climatique: réflexions sur les métaphores du climat au Parlement européen. Signes, Discours et Sociétés [en ligne], 7. Représentations métaphoriques de l'univers environnant, 15 juillet 2011. Disponible sur Internet : http://www.revue-signes.info/document.php?id=2291. ISSN 1308-8378.




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Revue électronique internationale publiée par quatre universités partenaires : Galatasaray (Istanbul, Turquie), Ovidius (Constanta, Roumanie), Turku (Finlande) et Nantes (France) avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
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