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7. Représentations métaphoriques de l'univers environnant

Article
Publié : 15 juillet 2011

Pseudonymie et métaphore dans la re-identification des Chefs d’États africains


Claude Éric OWONO ZAMBO, Doctorant, Université de Bergen (Norvège), claude.zambo@yahoo.fr

Résumé

En Afrique, la fonction présidentielle se trouve être aliénée par une conception individualiste de son détenteur. La conséquence est qu’on assiste à une forme de longévité au pouvoir des dirigeants africains qui féodalisent leur règne politique et soi-disant démocratique. Pour comprendre cette tendance quasi systématique de la vision africaine du pouvoir, nous ferons une incursion dans l’examen du paysage onomastique que l’élite africaine s’est construit pour marquer la conscience des peuples sur le côté unique et exclusif de leurs potentialités et sagesses jugées infinies. Du simple homme au supra homme, les métaphores nominales choisies par les Présidents africains permettent de profiler le culte de l’individu messianique et éternel. Elles établissent, au-delà de l’hégémonie visée, le trait identitaire singulier du Président à l’adresse de la communauté (inter)nationale.

Abstract

In Africa, the presidential function happens to be alienated by an individualistic conception of its holder. The consequence is that we are witnessing a form of longevity in power because African leaders who own their reign put in practice a feodal politic, so-called democracy. To understand this trend, almost systematically the African vision of power, we will make a foray into consideration landscape onomastics that the African elite was built to mark people's consciousness about the uniqueness and exclusive to their potential and wisdom considered infinite. From simple man above man, the nominal metaphors chosen by the African Presidents used to profile the messianic cult of the individual and eternal. To establish, beyond hegemony under the singular President of identity relates to the address of the (inter) national community.


Table des matières

Texte intégral

Dire sans un enchaînement attendu de mots et de structures sémantiques intelligibles par eux-mêmes, telle peut être la raison d’être des procédés du langage, fils de la très ancienne appellation des figures de rhétorique. En effet, celles-ci postulent l’existence d’une sémantique implicite, sous-jacente et transversale par la voie du détournement sémantique justement. Il revient donc à l’esprit humain de construire cette forme de camouflage de sa pensée à l’altérité vers laquelle est adressé le dit. Le dit nouménique s’avère, dès lors, s’inscrire dans l’optique d’un lecteur/auditeur modèle dont la capacité de décryptage consiste à saisir non seulement la présence d’une « figure », mais aussi d’en mesurer la portée et le sémantisme afférent/pertinent. Les fameuses Figures du discours élaborées par Fontanier (1821) ont établi trois dimensions des « figures » : les figures de construction, de pensée et de mot. Et c’est précisément le cas de ces figures de mot ou trope qui nous intéressera dans le cadre de notre réflexion sur l’usage culturel particulier de la métaphore dans la société africaine de manière générale. En réalité, il se remarque un phénomène quasi répandu, mais pourtant pas assez questionné, où les milieux politiques africains, et particulièrement ceux de l’élite présidentielle constituée de Chefs d’États, se fondent sur des appellations fortement accentuées de pseudonymes métaphorisés. Chaque Président africain est pratiquement, en plus de son véritable nom de famille qui figure dans sa carte nationale d’identité, greffé d’une appellation métaphorique liée soit à la flore, la faune ou le (méta) cosmos. C’est ainsi qu’on aura eu « l’homme léopard » en ex-Zaïre (Congo démocratique aujourd’hui), « le guide » en Lybie, le « nnom ngii1» au Cameroun, « le sage » en Côte d’Ivoire, le « mzee2» au Kenya, etc. Une série de questions se pose donc : pourquoi ce recours aux métaphores pour les présidents africains ? Pourquoi le choix de celles-ci et comment ont-elles, curieusement, contribué à constituer l’identité des chefs d’États qui en sont/étaient porteurs ? Comment comprendre/interpréter cette envie de métaphoriser l’instance, et parfois même l’institution, présidentielle en Afrique ? Ces questions nous permettront de scruter l’univers intéressant et enrichissant de l’espace culturel noir et de ses lieux d’épanchement métaphorique sur la personnalité présidentielle au sommet pyramidal politique africain.

L’idée du « que dire encore sur la métaphore » nous oblige à ne revenir sur l’aspect définitionnel de ce trope que pour y relever le caractère implicite du construit sémantique qu’il profile. Nous ne nous proposons donc pas d’en faire un rendu historico-épistémologique en soi mais, plutôt, d’en dégager les éléments compositionnels qui problématisent la métaphore comme une figure du non-dit, de la surdétermination du signifié et, par conséquent, l’érigent, pour ce qui est de l’objet de notre article, comme figure de construction identitaire de la vraie psyché de nos dirigeants africains.

La métaphore se comprend sur la base de la méthode fonctionnelle de la comparaison. En effet, cette dernière est un mode d’expression qui vise à établir un rapprochement tenant son origine sur l’analogie entre deux entités/réalités/idées. La mise en relation analogique ambitionne de représenter/faire voir, avec acuité et pertinence, l’idée que l’on cherche à évoquer. Le mot évocation est ici important parce qu’il permet de faire rejaillir la valeur foncièrement suggestive et implicite de la figure d’analogie. Son dispositif compositionnel et sémantique n’est pas nécessairement apparent ; il est par essence même codifié et seul un décryptage à point permet d’en parcourir les intentionnalités construites en sourdine.

Dès lors, telle une véritable comparaison, la métaphore est un mode d’expression suggestif3 qui met en place une relation analogique entre deux entités/idées sans l’aide d’outils de rapprochement, d’évaluation ou de mesure, comme c’est le cas, systématiquement, avec la comparaison. La métaphore, de ce principe premier de figure sans mot introducteur à sa réalisation, suppose donc un critère d’inattendu dans la composition de son mode de mesure. Elle est fortement suggestive et par là renforce à l’extrême la possibilité à la fois de l’identifier ou de l’interpréter. La métaphore, tout comme la comparaison, procède d’un rapport entre éléments lexicalisés. Ainsi, ce sont les substantifs animés ou inanimés qui sont soumis à une évaluation soit verticale, soit horizontale (selon de degré axiologique subséquent à ce qu’on en dit). La comparaison prépare la mise en scène de ce rapprochement alors que la métaphore rend celle-ci subite et parfois insolite. C’est donc l’insolite de la coexistence/coprésence de ces substantifs qui crée l’effet métaphorique et la complexité interprétative associée.

La métaphore s’entend donc à ce niveau comme une figure associative de l’attendu (ou mot courant) et de l’inattendu (ou mot supposé impropre, et donc insolite) avec en toile de fond le souci de comparer les deux entités génériquement/constitutivement différentes en termes d’idée(s). De cet état de choc lexical qui résulte du heurt entre les entités comparées, la métaphore permet de construire une sémanticité complexe, figurée et particulière que seule la vigilance4 et la capacité de transposition du lecteur donneront la possibilité d’en profiler le(s) contenu(s) profond(s). Dans la métaphore, ce n’est pas le terme attendu ou courant qui importe, mais celui inattendu et insolite. Parce que c’est lui qui fait défaut dans la compréhension de l’organisation de l’énoncé, il a besoin de se charger du sens contextuel pour assumer tou(s)t le(s) non-dit(s) qu’il dessine subtilement. Ainsi, parler du contextuel suppose une possibilité réelle de perte du sens commun (ce qu’on appelle aussi le sens propre ou contenu dénoté) du mot/élément en construction métaphorique pour assumer celui de sens figuré (ou contenu connoté), dans l’activité de compréhension de l’énoncé par le lecteur-analyste. Dès lors, l’altération sémantique est le propre de la construction métaphorique et le devoir de réhabilitation sémantique ou symbolique impose au lecteur un effort de transposition des composantes dont l’origine peut parfois aller puiser son dosage conceptuel dans le culturel, l’idéologique ou le purement contextuel. D’où la complexité encore très large de l’effet métaphorisant de l’énoncé.

            L’effet métaphorisant de l’énoncé requiert du lecteur tant sa sensibilité que sa capacité d’imagination. En réalité, ces deux critères de décryptage du contenu métaphorique sont indispensables. Ils recommandent la patience dans la saisie de l’énoncé mais également la compétence culturelle dans la circonscription de l’ancrage sémantique de celui-ci. L’interprétation d’une métaphore est liée, certes, à la liberté de compréhension du lecteur mais aussi au degré de transposition suffisamment élevé et ouvert au potentiel imaginatif dont il dispose. Autrement dit, plus l’imagination du lecteur est grande, plus le degré de compréhension et d’interprétabilité de la métaphore s’améliore et ouvre le(s) contenu(s) de celle-ci à l’infinie signifiance. Une métaphore ne dit donc rien de fini ; elle ne clôture pas son contenu ; elle l’abandonne à la capacité de conception/compréhension du lecteur.

Par ailleurs, la métaphore est une figure qui dessine, aux yeux ou dans la mémoire du lecteur, l’image de l’analogie mobilisée. Elle permet donc le passage de l’abstrait au concret ou du concret au plus concret encore. La métaphore améliore le champ de vision et de compréhension de l’élément métaphorisé ou imagé. En contraignant le lecteur à la profondeur de l’imagination et de la pensée, la métaphore s’inscrit comme étant une figure dont l’angle d’appel majeur est à suffisance placé dans le sensoriel, le cognitif et l’affectif du lecteur-analyste. Dans ce processus de métaphorisation, on peut relever quelques allures de la métaphore à travers soit l’allusion à une abstraction par un mot/expression concret/ète, soit par l’allusion à une réalité concrète par une abstraction, soit le rappel à la mémoire de l’inanimé par l’animé, soit le renvoi aux traits moins humain à ceux plus humain (c’est ici que s’opère le jeu de la personnification), soit l’évocation de l’humain par l’animal5 (c’est le prototype même des clichés).

Du domaine de la rhétorique, la métaphore se range dans la catégorie des tropes. Elle est « une figure qui consiste à présenter une idée sous le signe d’une autre plus frappante, qui d’ailleurs ne tient à la première par aucun lien que celui d’une certaine conformité ou analogie.» (Fontanier 1977 : 99). La métaphore fonctionne donc sous le principe d’une sorte de supposée rupture logique entre les entités soumises à un rapport identitaire dont la pertinence apparaît seulement au niveau sémantique. C’est sous le signe de la « conformité », dont parle Fontanier, que la « pertinence » de la métaphore s’établit. La métaphore s’affiche, de ce fait, être un trope où l’exigence de décryptage et d’interprétation est renforcée. Ce d’autant plus que « dans le premier cas, [la] métaphore marque la relation qui s’instaure entre deux éléments de l’énoncé et s’applique de ce fait à la configuration entière. Dans un second cas, seule la signification ‘interne’ d’un mot est concernée. Ainsi découvre-t-on la dualité de la notion de métaphore, qui recouvre deux types de signification analogique : l’un résulte d’une construction discursive et dépend de relations sémantiques, synchroniques et syntagmatiques ; l’autre est lié à l’histoire d’un vocable et se laisse appréhender comme un changement de sens diachronique.» (Tamba-Mecz 1981 : 33). Ainsi, la métaphore permet de rentrer dans une relation d’identité entre deux objets du discours, même s’ils sont substantiellement disjoints du point de vue de leur sémantique et logique constitutive, dont la mise en commun augure une expressivité particulièrement profonde. Dès lors, on dira de la métaphore qu’elle est un trope qui en appelle à la compétence compréhensive du lecteur ; c’est d’ailleurs ce que relève M. Bonhomme (2005 : 137) pour qui la métaphore, au même titre que la comparaison, disposent d’une « dimension préconstruite […] faible et […] laissent à leurs récepteurs toute latitude pour conjecturer leurs potentiels d’information.» Bonhomme (2005 : 17), pour mieux clarifier la fonction de la métaphore, note qu’elle est « comme une intention énonciative implicitée que le récepteur doit reconnaître (et le contexte lui en donne les moyens), le détour énonciatif apportant en outre des informations supplémentaires à la signification de l’énoncé.»

C’est donc en tant que figure de transfert de contenus/sens que la métaphore se constitue dans son processus de mise en scène de ce que Robert Martin (1983) appelle la vérité possible ou floue. En réalité, si la métaphore déploie du sens dans son mécanisme, il est tout aussi vrai que ce sens recherche à établir une certaine vérité sur le rapport comparant/comparé qui est effectué. Il s’agit, pour ce théoricien, de dire que si l’on reconnaît à un énoncé donné une valeur sémantique spécifique, il faudrait tout aussi être capable de lui reconnaître les conditions dans lesquelles cet énoncé est (potentiellement) vrai ou faux. Autrement dit, il n’y a pas de sens sans qu’il n’y ait en contrepartie une valeur de vérité. Cela vaut aussi pour le mécanisme de la métaphore. Elle opère un transfert de sèmes génériques et spécifiques pour faire sens et pour dessiner une certaine vérité. C’est cette caractéristique, entre autres, que nous tenterons de vérifier dans l’examen des métaphores nominales des dirigeants africains. En effet, le contenu énonciatif, où ce trope apparaît, est marqué par un symbolisme6 fort dont l’aptitude à l’interpréter requiert, chez le lecteur/auditeur, un effort de pensée et d’analyse. C’est en l’absence de cette compétence interprétative, ou en présence d’elle, qu’en Afrique, bien des Chefs d’États se sont érigés de nouvelles identités pour construire, au niveau de l’opinion publique (inter)nationale, une certaine personnalité dont les tréfonds découlent parfois de la métaphore de leur pseudonyme.

Un parcours rapide, d’un pays à un autre en Afrique, montre que bien des dirigeants de ce continent se sont dotés d’appellations parallèles pour construire non seulement une identité nouvelle à l’intérieur de l’État, mais aussi signaler au monde alentour leurs aspirations idéologiques. Ainsi, nous allons procéder à un recensement de ces figures centrales de la politique africaine à travers leurs identités complexes pour comprendre la place signifiante qu’occupe justement l’outil métaphorique de leurs dénominations.

Commençons donc par l’ancien Zaïre, aujourd’hui nommé Congo démocratique. Depuis 1971, un homme règne sans partage dans ce pays. Son nom de départ est Joseph-Désiré Mobutu. Celui-ci optera pour une appellation bien plus singulière encore : « le léopard de Kinshasa ». Kinshasa représente la capitale du pays et, en tant que complément du nom, permet de préciser le lieu de règne du léopard. Sous cette métaphore, qui prend son ancrage dans la peau d’un animal, il ressort quelques traits forts. Le léopard est un félin qui vit presqu’exclusivement en Asie et en Afrique. Bien plus, le léopard, reconnu comme étant un animal solitaire, dessine nettement la solitude avouée de Mobutu. Ce dernier est perçu comme l’unique entité qui compte. Ses différentes autres appellations7 prêteront à l’homme fort du Zaïre le statut d’Absolu en tout. En outre, le léopard, perçu comme tueur idéal, a la capacité de tuer, avec une facilité redoutable, ses proies. C’est donc un animal craint, pour sa bravoure et sa férocité, mais aussi un animal rusé par sa sournoiserie caractéristique. Tant de transferts génériques/caractériels que Mobutu a voulu cristalliser dans la conscience de son peuple et du monde entier pour que ceux-ci voient en lui l’attribut même de l’invincibilité et de la puissance subséquente. D’où la très profonde métaphore filée qui découle de son nom d’intronisation culturelle : « Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Wa Za Banga » et qui signifie « Mobutu le guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne ne puisse l’arrêter ». Le dirigeant zaïrois avait donc voulu, par la métaphore, définir l’image d’un conquérant inlassable et invincible, à la limite, dont la volonté de vaincre et de régner ne soufrait d’aucun épuisement. Tel était le message qu’il avait toujours passé à tous les détracteurs potentiels ou avérés à son régime.

S’agissant du Président de la Côte d’Ivoire, son nom d’origine est Dia8  Houphouët. Il le changera, par la suite pour devenir Félix Houphouët-Boigny9. Puis, viendront une série nouvelle d’appellations métaphoriques telles que « le vieux », pour son âge10  suffisamment avancé ; « le sage11 », pour avoir érigé la paix, l’entente et la solidarité du peuple ivoirien hétérogène en modèles d’intégration sous régionale ; « le paysan » pour avoir consacré toute sa vision du développement de son pays sur le rôle majeur du travail de la terre dans l’essor des peuples. Autant de titres qui ont suffi pour faire de lui, le baobab de la politique ivoirienne, « le père » de l’indépendance et de la nation, l’homme bon et vertueux qu’il aurait donc été injuste de désavouer, sous peine de déshonneur ou de conséquences ésotériques12.

Au Ghana, Francis Nwia Kofi Ngonloma est le nom de naissance de celui qui deviendra le Président et visionnaire du panafricanisme. Il se rebaptisera sous l’appellation de Kwamè Nkrumah. Pendant qu’il est en difficulté dans les années 1962-1964, où il échappe à deux tentatives d’assassinat, il décide de s’appeler « Osagyefo », c’est-à-dire « le Rédempteur ». Évidement, on peut aisément comprendre ce choix métaphorique dans l’appellation car Nkrumah veut se faire celui par qui le salut de la nation ghanéenne arrivera. Le nier, lui refuser ce pouvoir ou ce don de protection et de réparation serait plonger le pays tout entier dans l’abîme de l’abandon et du chaos. Nkrumah est le seul bon choix pour éviter le désastre ; ce d’autant plus qu’il se fait aussi appeler « Ahuna Bo Birim », en d’autres termes, personne dont la seule présence électrifie l’univers ambiant. Nkrumah ne s’arrêtera pas à ce niveau dans le processus marquant le culte de la personnalité qu’il (veut) incarne(r). C’est ainsi qu’il va multiplier une série d’appellations très métaphorisées dont il ressortira, à chaque fois, l’idée d’un dirigeant gracieux à qui la Providence a tout offert pour le bien d’une nation qui lui doit reconnaissance et obéissance. On aura tour  à tour « Kasapreko » (celui qui a le dernier mot), « Atenka Suro » (celui dont la réputation fait trembler le monde), « Oyeadieyie » (celui qui est le Rénovateur de toute chose), « Katamanto » (celui qui ne revient jamais sur sa parole), « Bre Nsem Ase » (celui qui est capable d’affronter les événements incontrôlables), etc. On le voit, ces choix métaphoriques dans les appellations de Nkrumah lui confèrent en réalité un statut non seulement de personne éclairée et puissante parce que dotée d’une aura divine à la limite, mais aussi celui de souverain au discours inattaquable parce qu’étant l’alpha et l’oméga. Nkrumah se perçoit donc comme étant un homme au-dessus des siens ; il est un surhomme dont la sagesse et l’autorité institutionnelle lui confèrent le droit au règne et à la pensée sans partage.

C’est cette même perception exceptionnelle de soi-même qui se dégage des métaphores identitaires de Täfäri Mäkonnen13. Tel est le véritable nom de celui qui deviendra Hailé Sélassié Ier dès son intronisation en tant que empereur d’Éthiopie en 1930. C’est justement en cette année qu’il prend cette suite époustouflante de traits devant caractériser sa personne et son pouvoir : « pouvoir de la Trinité », « Roi des Rois d'Éthiopie », « Seigneur des Seigneurs », « Lion conquérant de la tribu de Juda », « Lumière du Monde », « élu de Dieu », « Défenseur de la Foi ». Sélassié se définit donc comme un Absolu qui dérive de Dieu tout simplement. Il se considère comme messie qui a reçu l’onction de gouverner et de régner pour le salut du peuple éthiopien. C’est à se demander s’il ne se considérait pas lui-même comme un dieu incarné, vu cette fameuse conception chrétienne orthodoxe éthiopienne qui voyait en lui le légitime dirigeant de la terre parce qu’étant le dernier représentant de la descendance de David et Salomon.

En Lybie, le scénario est quasi identique. Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis 1969, se fait appeler « chef et guide de la Révolution de la Grande Jamahiriya14  arabe libyenne populaire et socialiste ». De ce titre glorieux, il ressort aisément l’idée que Kadhafi soit la boussole de son peuple ; celui sans qui rien de clairvoyant ne saurait être entrepris ou atteint. Il se conçoit comme éclairé et, de ce fait, se trouve l’obligation de toujours15  mener son peuple/pays vers sa destinée. Seul lui en est capable. Lors de son passage à la présidence de l’Union africaine en février 2009, Kadhafi se proclame « roi des rois traditionnels d'Afrique » comme pour marquer un retour global du continent dans une vision monarchique de l’institution politique.

En Guinée Conakry, Sékou Touré se fait appeler « le guide clairvoyant », « le grand Syli16 ». La même vision de super homme doté de qualités uniques est reprise ici pour justifier le statut de guide que Sékou Touré se fixe. De toute évidence, le guide est celui vers/à qui le peuple tout entier doit se tourner/se référer puisque c’est au guide de tracer la voie à suivre.

Au Cameroun, la tradition du recours à la métaphore identitaire est aussi honorée. En effet, Paul Biya, Chef de l’État depuis 1982, a multiplié une suite d’appellations aussi précises que suggestives du cercle du pouvoir qui est le sien. Ainsi, pendant les périodes troubles du début des années 90, suite aux phénomènes de « villes mortes » et de fragilisation du pouvoir politique central, Biya se fera alors appeler « l’homme lion ». En effet, s’il est reconnu à cet animal d’être à la fois le roi et le dompteur magistral de la faune, il lui est tout aussi reconnu le pouvoir de vie ou de mort sur ses proies qui se démultiplient à l’infini. Voilà le profil que l’attitude de Biya, dans le contexte des années troubles 1991-1992, autorisait à avoir. Il lui fallait un courage de fauve, pour affronter les zones de résistance les plus farouches contre son régime situées à Douala17, puis dans l’espace anglophone et l’Ouest du pays. Biya n’est donc pas un homme comme tout le reste, ainsi que sa métaphore nominale le suggère. Il est un lion en puissance ; doté de courage et d’intrépidité, il ne lâche jamais sa proie sans obtenir d’elle le résultat de son ambition. Biya le démontre bien si l’on s’en tient aux résultats glorieux qui militent en sa faveur depuis l’époque du monopartisme jusqu’à l’ère actuelle du multipartisme, soit-il de façade, comme le lui reproche l’arrière-garde18 de l’opposition.

Biya, tel un lion dans son territoire, maîtrise son environnement et ne recule devant aucun obstacle. Il fait face à ses détracteurs et sait obtenir d’eux allégeances et respect. C’est le parfait homme de la situation. Il sait tirer profit des rixes politiques, ce d’autant plus qu’entre-temps, il s’est fait introniser « Grand maître de la science et de la sagesse millénaire », en janvier 2011 dans son village natal. C’est donc d’un homme futé qu’il s’agit ici. Le « nnom ngii19 », puisqu’il s’agit de lui, se réclame désormais des attributs de « maître suprême protecteur », comme la symbolique de son nouveau nom le suggère. En effet, selon les valeurs prônées par la cosmogonie beti, le « ngii », en tant que divinité, est censé être celui qui assure à sa communauté, la santé, à travers son don de guérison, la protection/sécurité, parce qu’il luttait contre toute force contraire à la stabilité ou cohésion sociale. Les ennemis du peuple protégé par le « ngii » se devaient donc d’être identifiés pour ainsi être traqués avec r(v)igueur. On peut donc se demander si, à l’approche des élections d’octobre 2011 à venir, l’élite traditionnelle de la région d’origine de Biya a voulu conférer à son digne fils le pouvoir d’identification de ses possibles vrais adversaires politiques avoués ou inavoués afin de rechercher la stratégie idoine qui lui permette de sortir victorieux de la joute électorale. A-t-on voulu donner à Biya le pouvoir obscur dont il aura besoin pour dénouer les ficelles assez complexes et délicates des prochaines présidentielles en faisant de lui le guide protecteur des régions du Centre et du Sud, reconnues pour être acquises (identitairement) à sa charge ? En tout cas, la conjecture est grande sur la question. Le fait évident est que Biya a bel et bien enrichi son patrimoine d’appellations avec, entre autres encore, celles du genre, « le sphinx », « le Fon des Fons20 », etc. Si l’on scrute bien toutes ces appellations, dont la métaphore est toujours assez marquée, on est en droit de se rendre à l’évidence que les différents Présidents – porteurs de ces pseudonymes – se dotent d’une compétence unique et indétrônable : d’où le besoin de tenter une analyse sur la symbolique de cette onomastique particulière.

De ce parcours rapide et ciblé de quelques dénominations métaphorisées des personnalités politiques africaines, il ressort un fait récurrent : toutes recourent à l’article défini « le » dans la formation de leur nouvelle identité. En réalité, le nom métaphorisé que s’attribue le dirigeant politique est toujours précédé, sur le plan syntactique, de l’article « le ». Cela permet, à coup sûr, de mettre en évidence l’unicité de la personne dépositaire du pouvoir pressenti. C’est le cas, par exemple, d’Omar Bongo Ondimba qui se faisait appeler « le21 sage de l’Afrique », ou de Idi Amin Dada qui appréciait bien qu’on le nomme « Son Excellence le Président à vie ». L’article défini exclut l’existence de toute autre entité mise à part celle du détenteur courant/actuel. C’est donc un article, en lien étroit avec le nom métaphorisé, qui a la vocation de confirmer l’aura du Chef de l’État qui le porte mais aussi d’exclure toute autre personne dont la même caractéristique pourrait lui être reconnue.

 À cet article défini, s’associe très souvent l’usage du superlatif de hiérarchisation statutaire. En effet, s’il est possible d’avoir plusieurs chefs dans la structure administrative ou traditionnelle, la nuance est levée à travers la formule du genre « x supérieur à y » ou alors « (le) x des x ». L’article  « des » marque bien le cas où effectivement plusieurs identités peuvent détenir une partie plus ou moins consistante du pouvoir. Le besoin de stratifier et d’établir l’horizontalité22  de telles instances s’opère dans des expressions du genre : « Paul Biya, le Fon des23  Fons » ou alors « Sélassié, le Rois des Rois ». En d’autres termes, cette formule permet de préciser que l’unique commandant, et le seul qui vaille la peine d’être mis en exergue, c’est bien Biya, Sélassié. Pas la peine donc de lui faire/porter ombrage car il est au-dessus de tous. Un adage courant dans les milieux politiques en Afrique stipule que « parmi les grands24, il y en a qui sont plus grands encore. » Ainsi, le dirigeant africain a une posture haute, très haute par rapport aux collaborateurs qui lui sont plus ou moins rapprochés. Il détient de la nature et de sa fonction, le pouvoir total qui lui confère les secrets de la vie. Cette capacité, supposée ou réelle, d’agir sur autrui et de dompter l’alentour ne peut qu’attirer en lui la crainte et l’allégeance des siens. De ce fait, son pouvoir va au-delà de la simple institution : c’est un pouvoir étendu et qui a la main (très) longue. Il est composite en ceci qu’il prend en compte les énergies issues de la nature, de l’animal, de l’homme et se concentre ainsi sur un seul individu choisi pour être le bénéficiaire admis.

Dès lors, dans le rapport comparant/comparé25, le Président africain, à travers sa nouvelle appellation, affiche bien le (bon) profil psycho-mystique qui est le sien. L’animal qu’il choisit ou le titre honorifique qu’il adopte lui confèrent, effectivement, les caractéristiques qu’ils revêtent sur le plan physique ou métaphysique. Le comparant devient donc le symbole représentatif de la puissance acquise ou de la notoriété à lui reconnaître en tant que dirigeant. Le rapport métaphorique du Président au nom qu’il adopte peut ainsi être ressenti comme relevant d’une dimension mystique où le pouvoir qu’il détient tire ses origines réelles. L’on ne détient pas forcément son pouvoir des urnes, si oui, on comprendrait le devoir de rotation et de soumission aux choix des électeurs ; le pouvoir vient d’un ailleurs, et tant que cet ailleurs n’a pas décidé autrement, le dirigeant peut s’éterniser dans ses fonctions aussi longtemps que cela lui sera possible.

Si on est le « sage », « le lion », « le guide », alors nul ne devrait être, ou prétendre être, au-dessus de celui ainsi auto désigné. De facto, aussi longtemps que le détenteur d’un tel pouvoir vivra, son exercice ne devra souffrir d’aucune entrave. On comprend la longévité au pouvoir de nos dirigeants car ils se constituent, à eux seuls, comme l’alpha et l’oméga de leur nation. Ils sont les numéros1 de leurs pays respectifs et n’entendent pas cesser de l’être. Dès lors, la métaphore que construisent leurs nouveaux noms se précise être la raison avouée en filigrane de leur ambition de fond de se positionner comme socle indéboulonnable de leur régime. La métaphore nominale érige en fait un véritable culte de la personnalité, de l’individu et participe à cristalliser dans la conscience collective l’idée d’un seul point de départ, de clôture et de consécration du destin national. Le Chef de l’État cesse d’être perçu comme un dirigeant doté d’un pouvoir encadré par les articulations officielles de la loi constitutionnelle pour être désormais conçu comme Le pouvoir-en-soi dont on ne peut se défaire. Le décalage entre l’individu et la fonction présidentielle n’est plus opéré. L’un et l’autre se recoupent au point qu’on puisse assister à l’« éternisation26 » de l’individu au pouvoir. Les métaphores des dirigeants africains ne sont donc ni vaines, ni hasardeusement définies. Leur visée est de siéger dans la conscience du peuple, très souvent endormie par le flegme de l’aveuglement et de la pauvreté morale.

De l’impersonnalité du pouvoir à la personnalisation du pouvoir, le pont est très vite jeté. On gouverne pour son propre compte et non forcément pour celui de la masse dont on détient pourtant les suffrages. L’on est donc capable, pour assouvir cette ambition égoïste, de régner en maître absolu, de multiplier des manœuvres, même si elles sont anticonstitutionnelles, visant le maintien aux affaires. Il ressort de ces différentes métaphores ou images que les dirigeants africains accordent à leurs nouvelles identités, une sorte de fanfaronnade dont l’objectif est de maquiller en fait leurs déchéances et  incapacités à résorber les taux de chômage sans cesse croissants, et l’inexistence de la classe médiane entre riches et pauvres pour garantir un équilibre social et une condition de développement moral assuré. Le peuple est resté berné et tout ce qu’il a su faire, c’est de reprendre en cœur la métaphore nominale de son Président comme un vulgaire chant d’attentisme et de ralliement sans raison à une politique commune d’inertie et de claustration.

Le peuple absent ne peut que constater qu’à la tête de l’État, trône toujours le même individu depuis des décennies, sans jamais se demander comment ni pourquoi cela. Aussi, peut-on passer aisément 42, 32, 30, 29, 28, 25, 24 ans 27 au pouvoir sans que cela n’émeuve, radicalement, personne. En Afrique, on n’accède pas au pouvoir pour quelque temps, comme le définit la constitution. L’idée du règne illimité28 du chef ou du roi est restée ancrée dans les mentalités au point qu’on conçoit mal une rotation, au sommet de l’État, de la fonction présidentielle. En réalité, on a muté, dans le début des années 90 marquant la démocratisation du continent africain, de la gestion du pouvoir autocentré dans le parti unique à un multipartisme à la gestion toujours autocentrée du pouvoir. En fait, rien n’a changé ; l’on a tout simplement rebrodé le manteau de l’assassin.

Dès lors, nous posons qu’entre la métaphore construite dans l’identité corrigée des dirigeants africains et l’action politique qu’ils ont mise en place, il y a bien un rapport étroit où il ressort que c’est l’instance individuelle qui a presque toujours pris le dessus sur celle collective. Le fait qu’on se considère comme étant « le seul » capable de x ou de y amène à penser qu’on devrait s’imposer le plus durablement possible à la tête du pouvoir central. L’exercice du pouvoir s’achève donc avec la cessation effective de la vie de celui qui le détient. Le nombre de Présidents africains morts au pouvoir, malgré l’âge avancé et la santé précaire, suffit à le démontrer pour s’en convaincre. On ne quitte pas le pouvoir tant qu’on vit. Voilà comment le pouvoir se pense/conçoit en Afrique. Il est un don qui appartient au bénéficiaire. Celui-ci s’en approprie coûte que vaille. Si telle est la vision personnifiée du pouvoir en Afrique, par le biais d’une reconstruction identitaire métaphorique, il ressort qu’ailleurs, un procédé pareil a aussi été observé. C’est le cas, par exemple, d’Hitler qui affectionnait l’appellation « le Führer », de Winston Churchill encore appelé « le vieux lion », de Kim Jong II intronisé « le président à vie ».



Liste des références bibliographiques

BONHOMME, M. (2005) : Pragmatique des figures du discours, Honoré Champion, Paris.

FONTANIER, P. (1977) : Les figures du discours, Flammarion, Paris.

TAMBA-MECZ, I. (1981) : Le sens figuré, P.U.F., Paris.

Références webographiques

SONNIELLE-DIONINGA, C. (2011), « Le secret du pouvoir politique en Afrique » in Journal Chrétien [en ligne] : http://journalchretien.net/20795-Le-secret-du-pouvoir-politique-en-Afrique [article consulté le 28 avril 2011].

http://angazamag.com/international/afrique/top-dix-des-presidents-africains-actuels-restes-les-plus-longtemps-au-pouvoir/1663/ [article consulté le 27 avril 2011].

http://tecfa.unige.ch/tecfa/teaching/bachelor_74111/Cours_2005-6/08_Seance_12/metaphore.pdf [article consulté le 2 mars 2011].

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mobutu_Sese_Seko [article consulté le 19 mars 2011].

http://www.malijet.com/lettres_ouvertes_mali/contribution_les_sages_africains.html [article consulté le 23 avril 2011].

http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A9lix_Houphou%C3%ABt-Boigny

[Article consulté le 12 avril 2011].

http://fr.wikipedia.org/wiki/Kwame_Nkrumah [article consulté le 11 avril 2011]

http://fr.wikipedia.org/wiki/Hail%C3%A9_S%C3%A9lassi%C3%A9_Ier

[Article consulté le 7 avril 2011].

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mouammar_Kadhafi [article consulté le 30 avril 2011].

http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Biya [article consulté le 15 avril 2011]

Notes de bas de page


1 Le chimpanzé mâle, en traduction de la langue bene
2 Le vieux.
3 En fait, la métaphore suggère alors que la comparaison indique la réalité représentée.
4 C’est cette vigilance du lecteur qui favorise le transport conceptuel lié à l’évolution de la métaphore. Ainsi, la métaphore-figure est remplacée par la métaphore-processus, elle n’est plus l’énigme mais la solution de l’énigme. Voir ce lien consulté le 06/04/2011 http://tecfa.unige.ch/tecfa/teaching/bachelor_74111/Cours_2005-6/08_Seance_12/metaphore.pdf
5 C’est surtout ce cas que nous allons exploiter dans le cadre de notre article sur les noms métaphorisés des Présidents africains. En effet, elle nous permettra de mieux comprendre le lien onomastique de ceux-ci avec la faune ou la flore.
6 C’est aussi cette symbolique de la métaphore qui construit le profil identitaire de l’instance comparée qui s’en approprie.
7 Le Génie de Gbadolite, le léopard du Zaïre, le Grand Timonier,  l’Aigle de Kawele, le Guide suprême de la Révolution, le Maréchal du Zaïre. Nous ferons le constat qu’à chaque appellation, il y a utilisation systématique de l’article défini « le » qui sous-entend l’unicité du garant du titre.
8 C’est un prénom en tribu Akouès dont est originaire le défunt Président et qui signifie ‘prophète’.
9 Boigny signifie, en langue Baoulé, le bélier.
10 Rappelons qu’il décède en 1993 alors qu’il a approximativement 88 ans. L’on n’est pas très fixé sur l’exactitude de son âge du fait qu’en 1935, supposée être son année de naissance, l’acte civil n’existait pas encore chez les Baoulés, son ethnie.
11 En Afrique, est considéré comme sage, celui qui, par la diversité des expériences faites sur la vie et les hommes, a la capacité d’en dégager des raisonnements/jugements crédibles et soumis à approbation générale. Le sage est donc un éclairé et un doyen dans le chantier de la réflexion philosophique et coutumière africaine. Il est le garant de la tradition humaine et socioculturelle, le repère et le patrimoine de la communauté sociale dont il a la charge. Ce sont ces attributs cardinaux qui ont fait dire à Amadou Hampâté Bâ qu’en Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brule. Pour mieux comprendre les notions de « sage » et de « vieux » en Afrique, se référer à ce site
12 Puisqu’en Afrique, déshonorer un père, un patriarche ou un aîné tout simplement s’accompagne très souvent de malédictions plus ou moins prononcées.
13 Qui signifie d’ailleurs en langue locale du pays « celui qui est craint, grand et noble ».
14 Elle est une forme de démocratie directe où le pouvoir est reconnu pour être « la chose de la masse » telle que le suggère la traduction littérale du mot. La Jamahiriya tient son existence sur la doctrine du Coran et l’idéologie socialiste.
15 Nous utilisons cet adverbe, dont la valeur sémantique se fixe dans la durée, la continuité ininterrompue et la permanence, pour montrer que, pour Kadhafi, la responsabilité qu’il se donne de conduire son peuple ne s’éteindra qu’avec sa mort. Tant qu’il est en vie, il demeure l’unique garant crédible de cette charge.
16 Syli veut dire « éléphant ». La métaphore est suffisante pour suggérer la posture imposante que veut instaurer Sékou Touré aux yeux de l’opinion publique (inter)nationale. C’est un homme robuste qui écrase tout sur son passage.
17 L’on se souvient de sa fameuse phrase prononcée à Douala, comme pour narguer ses détracteurs qui étaient persuadés de ce qu’il ne se donnera jamais le risque de séjourner dans cette métropole : « Me voici donc à Douala ! ».
18 Nous la taxons ainsi parce qu’elle-même n’a jamais su jouer le rôle qui est le sien, c’est-à-dire construire une puissance conceptuelle forte pour appuyer l’action gouvernementale en la mettant soit en difficulté, soit en l’améliorant. Cela n’est possible que si les partis politiques dits de l’opposition se constituent en forces de proposition alternatives.
19 En langue Bene, il se traduit ainsi : « chimpanzé mâle ». L’idée qui apparaît ici est le sexe et la position dominante du mâle dans le groupe animal ; puisque les chimpanzés forment toujours des communautés d’individus au sein de territoires dont l’équivalent humain serait entendu comme société.
20 Dans la région du Nord-Ouest du Cameroun, ce titre signifie « Chef des chefs ». Remarquons déjà ici que c’est un ressortissant du Sud francophone du pays qui est désigné chef des chefs dans le Nord-Ouest anglophone. Dans un contexte où le pouvoir se lègue de manière héréditaire, doit-on y percevoir comme une violation de la procédure coutumière ? Ou alors doit-on convenir du caractère fortement tentaculaire et expansif de l’hégémonie de Biya qui, même sur le plan coutumier, marque sa présence ?
21 C’est nous qui soulignons.
22 Par rapport à la verticalité qui les oppose au grand chef.
23 C’est nous qui soulignons. Rappelons aussi au passage que le ‘Fon’ est un chef supérieur dans la zone anglophone du Cameroun.
24 « Grands » ici signifie personnes haut placées dans les arcanes du pouvoir et les cercles de décisions du pays. Ce sont donc les cadres de la Républiques, à savoir : hommes d’affaires, gouverneurs de régions, directeurs généraux, ministres, etc.
25 Ces deux entités fonctionnent à l’identique parce qu’elles se livrent aux transpositions/transferts sémantiques de leurs traits respectif et constitutif.
26 Le néologisme est de nous. Nous le construisons à partir du verbe pronominal « s’éterniser ».
28 Charles Sonnielle-Dioninga le souligne bien lorsqu’il affirme que « Depuis les ancêtres le pouvoir politique en Afrique, commençait d’abord par le chef de clan qui ne perdait le pouvoir que par le décès. Ainsi, un autre pouvait lui succéder. Ensuite le chef de tribu qui dirigeait beaucoup de clans. Enfin le Rois qui dirigeait les tribus. » in http://journalchretien.net/20795-Le-secret-du-pouvoir-politique-en-Afrique consulté le 28 avril 2011. Pareil donc, par transposition analogique, pour le Président de la République. Voilà où peut aussi être comprise la longévité aux affaires en Afrique.



Pour citer cet article


OWONO ZAMBO Claude Éric. Pseudonymie et métaphore dans la re-identification des Chefs d’États africains. Signes, Discours et Sociétés [en ligne], 7. Représentations métaphoriques de l'univers environnant, 15 juillet 2011. Disponible sur Internet : http://www.revue-signes.info/document.php?id=2355. ISSN 1308-8378.




GSU   Ovidius   Turku   Nantes   Agence universitaire de la Francophonie
Revue électronique internationale publiée par quatre universités partenaires : Galatasaray (Istanbul, Turquie), Ovidius (Constanta, Roumanie), Turku (Finlande) et Nantes (France) avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
ISSN 1308-8378