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8. La force des mots : valeurs et violence dans les interactions verbales

Article
Publié : 30 janvier 2012

Violence dans un discours catholique


Laetitia BOURMALO, Docteur en sciences du langage, Enseignante à l'Institut français de formation en design et communication de Rennes, et CoDire, Université de Nantes (France), laetitia.bourmalo@gmail.com

Résumé

Le but de cet article est d’examiner les rapports discursifs entre le système de valeurs catholiques et la violence ou comment s’exerce la violence dans un discours catholique, discours où a priori la violence n’a pas de place.

L'analyse porte sur les commentaires qui suivent un article paru sur un blog créé par le groupe des évêques sur la bioéthique. L'article et surtout les commentaires ont pour thème la gestation pour autrui. C’est dans les articles qu’apparaît la violence verbale.

L'étude sémantique est réalisée avec le modèle de la sémantique des possibles argumentatifs qui relève d'une approche à la fois argumentative et modale. Elle met au jour différents points : notamment la tension entre valeurs individuelles et valeurs collectives et les conditions discursives qui autorisent la violence verbale.

Abstract

This article aims to study the links built in discourse between verbal abuse and the catholic value framework. In other ways, how can verbal abuse be observed in a catholic discourse when it seems to be paradoxical?

The analysis is resting on comments which follow an article posted on a blog created by the task group of bishops on bioethics. Article and more particularly comments are about surrogacy. Verbal abuse appears in the comments.

This semantic study uses the semantics of argumentative probabilities, a model of lexical meaning relevant of an argumentative and modal approach. It reveals notably the tension between individual and collective values, and discursive conditions that allow the presence of verbal abuse.


Table des matières

Texte intégral

Je m'intéresse dans cet article à la violence dans un discours de catholiques. Mon but est d'examiner les rapports discursifs entre le système de valeurs catholiques et la violence ou comment la violence s'exerce dans un discours où, a priori, elle n'a pas de place.

J'ai choisi de me pencher sur les commentaires qui suivent un article intitulé « De la bioéthique à l'anthropologie » publié sur le Blog bioéthique1. Ce blog est celui du groupe de travail des évêques sur la bioéthique, une commission présidée par l'archevêque de Rennes. Le discours que j'analyse n'émane donc pas directement de l'église catholique, mais il est contrôlé par elle – on relève notamment des interventions de la rédaction du blog qui recadrent les propos.

L'article et les commentaires portent sur la gestation sur autrui (GPA). En incluant les réponses de l'auteur, et les interventions de la rédaction, on peut compter 26 interventions. La violence verbale est sensible dans les interventions 8 à 17. Tout commence avec le commentaire d'une femme, Dominique, qui ne peut pas avoir d'enfant car elle a une aplasie Mullérienne, c'est-à-dire une malformation de l'utérus qui entraîne des fausses couches. Ce commentaire suscite diverses réactions, notamment celles du rédacteur du billet et d'une autre femme qui, suite à une intervention, est elle aussi dans l'incapacité de mener à terme une grossesse.

L'analyse sémantique que je propose s'inscrit dans le cadre de la sémantique des possibles argumentatifs (SPA), un modèle de la signification lexicale et du sens conçu par O. Galatanu (1999a, 1999b, 2004). Ce modèle repose sur trois hypothèses.

(1) Dans la filiation de la sémantique argumentative, le modèle postule que le sens des énoncés est essentiellement argumentatif, et que cette dimension argumentative est inscrite dans la signification lexicale.

(2) Le potentiel argumentatif des entités lexicales se traduit par la présence de modalités dans la signification même des entités.

(3) Dans la filiation de la proposition de Putnam (1975, 1990), la signification lexicale est conçue comme étant organisée selon trois strates articulées entre elles et une forme de manifestation, donc quatre niveaux :

  • le noyau ou la partie stable de la signification de l'entité ;

  • le stéréotype ou la partie évolutive de la signification, qui est l'ensemble ouvert des associations d'éléments de l'invariant sémantique avec d'autres représentations du monde ;

  • les possibles argumentatifs qui représentent les associations potentielles de l'entité avec les éléments de son stéréotype ;

  • les déploiements argumentatifs « qui sont les séquences argumentatives réalisées par les occurrences discursives (Galatanu 2008).

La SPA, qui permet d'appréhender la signification lexicale autant que le sens des énoncés, prend en compte les modalités d'énoncé (modalités de dicto et de re), les modalités d'énonciation (les modalités illocutionnaires) et les modalités métadiscursives. Conséquence du second postulat sur lequel il s'appuie, ce modèle ajoute aux modalités de re traditionnellement prises en compte (les qualifiants du nom et les caractérisants du verbe) les prédicats nominaux et verbaux comme crime, pleurer, rire, porteurs de par leur signification d'une valeur modale et qui « modalisent » l'énoncé par leur seule présence (Galatanu 2005 : 158). Les valeurs modales prises en compte sont :

  • les valeurs existentielles qui renvoient à la loi naturelle (les valeurs aléthiques organisées autour du concept du nécessaire) et à la loi sociale (les valeurs déontiques organisées autour du concept de l'obligatoire) ;

  • les valeurs de jugement de vérité qui renvoient aux savoirs (valeurs épistémiques) et aux croyances (valeurs doxologiques) ;

  • les valeurs axiologiques qui marquent l'évaluation de l'énonciateur dans les champs de l'éthique, de l'esthétique, du pragmatique, de l'intellectuel, et de l'affectif-hédonique ;

  • enfin, les valeurs finalisantes avec lesquelles l'énonciateur exprime sa volonté (valeurs volitives) ou son désir (valeurs désidératives).

Les valeurs axiologiques et finalisantes s'organisent selon une logique binaire oppositive positif / négatif ou accompli / inaccompli.

Je me réfère également à la théorie des actes de langage (Searle 1972) et plus particulièrement à la classification de ces actes proposée par Galatanu (1984 : 79) qui relève elle aussi d'une approche modale.

Je montrerai comment le discours s'appuie sur le système de valeurs catholiques. Puis, je mettrai à jour les différents aspects de la violence verbale. Enfin, je montrerai comment les interlocuteurs arrivent à concilier ces deux aspects discursifs apparemment contradictoires.

Dominique expose d'abord son cas puis elle se pose en victime. Elle développe dans un premier temps une représentation d'elle-même en victime d'une injustice.

1. Si j’étais née en Angleterre ou en Israël par exemple, je pourrais faire appel à la gestation pour autrui avec mes propres ovocytes, mais en France, c’est encore interdit. Cette injustice est très difficile à vivre pour moi et mon mari.

Un peu plus loin, elle construit une autre représentation : celle d'une victime d'inégalité.

5. Pour moi, il n’existe rien dans mon pays parce que certaines personnes, des gens qui n’ont sûrement pas de problème pour avoir des enfants, prétendent que la gestation pour autrui ne serait pas éthique. Je trouve que cette situation est d’une profonde inégalité devant l’infertilité.

Or, la justice est l'une des quatre vertus cardinales du catholicisme2. Et l'égalité une valeur républicaine. Dominique associe donc dans son discours valeurs laïques et valeurs religieuses. La représentation de la justice qu'elle développe repose justement sur ce mélange inédit.

2. En effet, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dit en son article 16 que chacun a le droit de fonder une famille, et que l’homme et la femme sont égaux dans le mariage.

3. Il me semble que cet article reprend l’enseignement du Christ.

4. Ceci ne me semble pas respecté en France, car si mon mari était infertile, il pourrait faire appel à un don de sperme, et devenir père sans aucun lien génétique.

Cette suite d'énoncés développe une chaîne argumentative qui tend vers une conclusion,

Refus de la GPA donc contraire au droit,

et qui s'appuie sur deux déploiements discursifs :

GPA donc conforme au droit et Droit donc conforme aux valeurs religieuses

Dominique développe également des représentations de l'altruisme. Elle en déploie le stéréotype dans l'énoncé :

6. J’ai deux amies qui, sensibles à ma souffrance, se sont proposées pour porter notre enfant.

Et le mot apparaît dans l'énoncé 7, où il est associé à la représentation de la GPA.

7. Les nombreux pays qui ont légalisé depuis longtemps la gestation pour autrui dans un cadre altruiste ne sont pas moins respectueux de l’éthique que la France.

L'altruisme est selon le TLFi une « disposition bienveillante à l'égard des autres, fondée sur la sympathie ». Cette représentation convoque donc des valeurs affectives positives et des valeurs éthiques positives - puisque la bienveillance est une vertu. En outre, l'altruisme est assez proche d'une autre représentation catholique, celle de la charité. La différence essentielle entre altruisme et charité étant que cette dernière est fondée sur l'amour de Dieu.

Dominique convoque encore des valeurs éthiques positives lorsqu'elle construit sa représentation.

29. Pour ma part, cela fait huit ans que je réfléchis à tout cela avec mon mari, et je n'ai pas cette crainte envers l'assistance médicale à la procréation

Elle pose ici une représentation d'elle-même comme réfléchie et sans crainte. Or, ne pas avoir de crainte est un élément de sens qui est lié à la signification de la force, une autre vertu chrétienne cardinale. En effet, il existe dans la langue un stéréotype

Force donc ne pas connaître la crainte

Dans son discours, Dominique convoque et lie des représentations laïques et catholiques.

En convoquant d'emblée la représentation de la justice, elle place son discours dans un système de valeurs catholiques. Mais, elle lie également les représentations catholiques porteuses de valeurs éthiques religieuses à des représentations laïques porteuses de valeurs éthiques ; elle justifie ainsi doublement ses positions. Quel que soit le point de vue adopté, laïc ou religieux, elle est une victime et la gestation pour autrui est une bonne chose. De plus, se poser en victime, lui permet de justifier ses attaques et sa violence verbales.

Pour justifier ses attaques verbales, Blanche, l'autre femme stérile qui intervient dans la discussion, utilise un procédé un peu différent. Blanche souffre d'un syndrome d'Asherman, qui est une maladie caractérisée par la formation d'adhérences utérines, et qui l'empêche de porter des enfants. Elle ne se pose pas en victime, mais évoque sa souffrance avant de fortement se valoriser :

20. La douleur physique et morale est difficile à exprimer. Mon mari et moi souffrons beaucoup de cette stérilité qui aurait pu être évitée. Nous rêvions d’une famille nombreuse.

Elle s'attribue les qualités d'humilité et de simplicité :

24. Si vous voulez un contre exemple, me voici, je vous propose, avec humilité, simplicité et dépouillement mon témoignage. Je fais partie d’une école de bioéthique et suis très sensibilisée aux enjeux actuels.

Elle construit une représentation d'elle-même essentiellement associée à des valeurs éthiques positives. De plus, l'antonyme de l'humilité est l'orgueil, un des sept péchés capitaux, Blanche convoque donc des représentations typiquement catholiques.

Enfin, si l'on considère l'énoncé :

22. Je suis l’exemple parfait de la femme qui pourrait avoir recours à la GPA pour rêver mettre au monde un autre enfant biologique avec mon mari, et un frère ou une soeur à mon fils. Mais non, je ne peux l’envisager sans imaginer que cet enfant pourra souffrir de tout cela, et je préfère encore la douleur de la stérilité à la douleur de perdre tout repère, toute conscience et tout bon sens en bricolant avec la vie pour suivre mon simple désir d’être mère à nouveau.

On voit qu'elle se pose comme quelqu'un qui transcende sa douleur. On reconnaît ici un déploiement de la signification du sacrifice, qui est une représentation centrale du catholicisme.

Plus encore que Dominique, Blanche inscrit son discours dans l'idéologie catholique. En effet, non seulement elle convoque des représentations caractéristiques du catholicisme (humilité, sacrifice), mais elle appuie son discours sur des valeurs affectives-hédoniques, valeurs éthiques et des valeurs aléthiques. Or, ce mécanisme discursif est caractéristique du discours catholique. On le retrouve notamment dans la prière eucharistique (Bourmalo 2002).

Les divers intervenants convoquent des représentations spécifiquement catholiques et le discours active en priorité les zones modales privilégiées par le discours catholiques. Le discours étudié est donc bien un discours catholique, mais cela n'empêche pas les interlocuteurs de manifester de la violence verbale.

L’épineux problème des mères porteuses suscite des affrontements assez vifs. Si on entend par violence un « ensemble d’actes, d’attitudes qui manifestent l’hostilité, l’agressivité entre les individus » (TLFi), alors on peut relever dans le discours étudié des manifestations de violence verbale. Les interlocuteurs utilisent différentes stratégies.

Deux interlocuteurs ont recours à ce mécanisme : Dominique et Blanche.

Dominique dévalorise « ceux qui annoncent des tas de problèmes » auxquels elle associe des valeurs intellectuelles négatives – ils ont des « œillères » – et des valeurs épistémiques du domaine de l’incertain – ils n’ont pas « la moindre preuve ». Bien qu’il ne soit pas nommé, on reconnaît immédiatement dans le pronom démonstratif « ceux », Xavier Lacroix, l’auteur du billet.

8. Je trouve que ceux qui annoncent des tas de problèmes sans avancer la moindre preuve devraient prendre un peu de recul et ôter leurs œillères.

De même, Blanche, dans les énoncés 22 et 23, déconstruit de façon systématique la représentation de Dominique.

22. Je suis l’exemple parfait de la femme qui pourrait avoir recours à la GPA pour rêver mettre au monde un autre enfant biologique avec mon mari, et un frère ou une soeur à mon fils. Mais non, je ne peux l’envisager sans imaginer que cet enfant pourra souffrir de tout cela, et je préfère encore la douleur de la stérilité à la douleur de perdre tout repère, toute conscience et tout bon sens en bricolant avec la vie pour suivre mon simple désir d’être mère à nouveau.

23. Pour faire passer des lois de ce type, des exemples bien larmoyants servent toujours à convaincre le grand public, l’affect inhibant alors le raisonnement

Elle juge très négativement de l’attitude de Dominique qui selon elle a « perd[u] tout repère, toute conscience ». Elle oppose des représentations porteuses de valeurs affectives-hédoniques et désidératives, d’un côté (le désir d’enfant, la souffrance), et valeurs éthiques mais aussi aléthiques – notamment avec l’expression « bricoler avec la vie » –, de l’autre.

Les interlocteurs s’accusent également les uns les autres de subjectivité. Dominique, la première, dénonce la subjectivité de Xavier Lacroix.

16. Car si vous parlez de définition sociale et collective, la gestation pour autrui est reconnue dans la majorité des pays du monde occidental comme un moyen de lutte contre l’infertilité, et ne suscite pas de remise en question de la famille. La question de la gestation pour autrui me semble pour moi une question de conscience et non une définition collective de la maternité qui exclut ipso facto l’infertilité et l’adoption.

Elle infirme dans un premier temps l’explication qu’il a donnée en développant les stéréotypes discursifs suivants :

GPA donc non-remise en question de la famille (valeurs déontiques)
GPA donc moyen de lutte contre l’infertilité (valeurs aléthiques)
.

Puis, elle déploie une argumentation :

GPA donc problème religieux (et non problème social).

En proposant un stéréotype qui associe la GPA à des valeurs théologiques, Dominique aléthise le problème et dénonce la subjectivité de Xavier Lacroix. Dominique dénonce également la subjectivité de Blanche.

27. Le fait que vous justifiiez votre choix en expliquant avec emphase "Mais un enfant, né de PMA, de dons de gamètes, de GPA, comment peut il trouver un sens à sa vie ? Comment va-t-il gérer les difficultés identitaires qu’il va inévitablement rencontrer ?" me semble très passionnel

28. J’ai l’impression que vous n’avez pas totalement fait le deuil d’une famille nombreuse, car vous dites encore souffrir votre mari et vous de cette situation. Je pense que l’on ne peut pas avoir suffisamment de recul quand le traumatisme est si récent.

Elle attribue à l’opinion de Blanche des valeurs affectives-hédoniques : son choix est passionnel et elle « manque de recul ».

Xavier Lacroix utilise les mêmes procédés pour discréditer Dominique.

10. Je perçois bien, madame, votre souffrance. Mais il n’est pas dit que toute souffrance doive recevoir une réponse médicale.

11. Ce n’est pas seulement votre désir à vous qui est en jeu, mais une définition sociale, collective : celle de la maternité. S’engager sur la voie de la dissociation entre les deux dimensions originelles de la maternité, c’est s’engager sur la voie d ‘ une redéfinition non seulement de la maternité, mais de la famille. La principale agence qui, aux USA, commercialise sur le Net ce service (rémunéré) reconnaît que 80 % de sa clientèle est constituée de "couples" homosexuels masculins

Dans l’énoncé 10, il propose une argumentation :

souffrance pourtant on ne doit pas recourir à la médecine

qui oppose valeurs affectives-hédoniques et valeurs déontiques et aléthiques.

Et dans l’énoncé 11, l’auteur construit une argumentation :

GPA trop dangereuse donc vous devez accepter votre sort.

Il dénonce la subjectivité de Dominique et l’exhorte au sacrifice. La violence de l’argumentation repose ici sur l’opposition entre, d’une part, les valeurs désidératives et les valeurs affectives-hédoniques, qu’il convoque lorsqu’il mentionne le « désir et la souffrance » de Dominique, et, d’autre part, les valeurs déontiques.

Il oppose également valeurs affectives-hédoniques et valeurs éthiques.

13. [...] Il me serait plus facile ou agréable de suivre la seule compassion, mais moralement je ne puis.

Or, je l’ai dit plus haut, le discours catholique lie les zones du théologique, du déontique et de l’affectif-hédonique (Bourmalo 2002). Dans un discours catholique canonique, les zones du déontique et du théologique sont des abstractions de l’affectif-hédonique : le bien commun, le bien absolu et le bien personnel sont liés (Bourmalo 2002). Aussi, Xavier Lacroix développe une argumentation qui met en avant des valeurs éthiques, mais qui pourtant est contraire au système de pensée catholique.

Les interlocuteurs utilisent une autre stratégie pour marquer leur hostilité envers l’autre : ils déconstruisent les représentations que l’autre a forgées.

C’est ce que fait Xavier Lacroix en construisant une représentation négative de la gestation pour autrui. Il l’associe d’abord à des valeurs affectives-hédoniques négatives.

12. Des situations dramatiques en découlent aux USA (refus d’abandon ou d’adoption si l’enfant est malformé) ou en Belgique (enfant vendu aux enchères).

Il convoque encore des valeurs déontiques et éthiques :

13. Le "droit de fonder une famille" (les familles adoptives ou d’accueil existent) n’est absolument pas synonyme d’un droit à l’enfant, qui n’existe pas, ni en droit, ni en morale [...].

Clémentine déconstruit également la représentation de la GPA proposée par Dominique.

18. C’est difficile à vivre....mais je crois que le côté "mère porteuse" est très ambigü. Vous dites que deux de vos amies sont prêtes à le faire...C’est sympa.....mais là encore, il y a une ambigüité car l’une d’elle sera proche de vous, de votre mari, de ce bébé à venir : Il n’y a plus d’anonymat ; je crois qu’un tel vécu compliquerait les choses...déjà pas toujours simples de la vie. Et le recours à [une] "mère porteuse" me paraît malsain. Un enfant n’est pas une poupée que l’on s’offre, c’est un être en devenir qui aura besoin de ses deux parents pour grandir... et en même temps, renoncer à un enfant de votre couple est très douloureux... mais tant d’enfants de par le monde attendent des parents ; c’est aussi un chemin envisageable. Des couples en souffrance comme vous se sont réalisés de cette manière et ont fondé des familles heureuses.

Elle développe des associations :

GPA ambiguë et GPA malsain

qui sont porteuses de valeurs axiologiques négatives.

Elle reprend même l’argumentation de Dominique GPA donc altruisme et la transforme en GPA donc sympa. D’une valeur éthique, elle passe à une valeur affective-hédonique. L’argument est totalement faussé. Enfin, elle oppose des représentations porteuses de valeurs affectives-hédoniques - le plaisir d’avoir un enfant (« une poupée que l’on s’offre »), la souffrance de ne pas en avoir (« renoncer à un enfant est très douloureux ») – à des représentations porteuses de valeurs éthiques (« avoir recours à une mère porteuse est malsain »), et même à des valeurs aléthiques et déontiques (« un enfant a besoin de ses deux parents »).

En résumé, Clémentine fait la morale à Dominique. Elle oppose sa souffrance de ne pas avoir d’enfant aux lois de la morale et même aux lois de la nature. Comme Xavier Lacroix, elle dénonce la subjectivité de Dominique.

Le dernier mécanisme utilisé dans ce discours pour déconstruire les représentations de l’autre est la dévalorisation non pas de ses arguments mais de ses actes de parole.

Dans l’énoncé 9, Dominique évalue également négativement les actes de parole de Xavier Lacroix, l’auteur de l’article : il « critiqu[e] », « donn[e] des leçons ». Les valeurs convoquées ici sont éthiques et intellectuelles négatives.

9. Enfin, je trouve que c’est trop facile de critiquer des pratiques, d’imaginer des tas de problèmes quand on n’est pas concerné. C’est trop facile de donner des leçons aux autres quand on n’a pas soi-même à les appliquer et qu’on ne vit pas dans sa chair et son âme l’infertilité.

De même, dans l’énoncé 19, elle évalue négativement l’intervention précédente. Elle la pose comme une « leçon inutilement blessante » (valeur affective-hédonique), déplacée (valeur éthique négative) et infondée (valeur aléthique).

19. Plusieurs me disent comprendre ma souffrance et j’en suis au départ touchée. Mais pourquoi me dire qu’un enfant n’est pas une poupée ? Ai-je dit une seule fois quelque chose qui laisse penser cela ? C’est bien le problème pour les couples infertiles ; on reçoit des leçons inutilement blessantes, souvent déplacées, et bien souvent infondées.

Notons que l’emploi de la formule toute faite « un enfant n’est pas une poupée » est perçue comme particulièrement violente et insultante par Dominique.

Le discours que j’ai choisi d’étudier est un discours ancré dans le catholicisme, il reprend ses représentations spécifiques et la plupart du temps s’appuie sur son système de valeurs. Pourtant, ce discours présente des attaques parfois très violentes de l’autre. Dire à une femme stérile qu’elle doit se sacrifier pour le bien commun ou qu’elle larmoie, est-ce bien chrétien ? Les interlocuteurs développent différentes stratégies discursives pour concilier violence verbale et système de valeurs catholiques.

Dominique recourt à la technique du commentaire qui essaie de « composer entre des exigences apparemment contraires : faire valoir son point de vue, mais se garder de créer une situation ouvertement conflictuelle » (Viaud-Gayet 2008 : 161). Elle dévalorise ses « adversaires » mais sans les nommer, et sans s’adresser à eux directement.

8. Je trouve que ceux qui annoncent des tas de problèmes sans avancer la moindre preuve devraient prendre un peu de recul et ôter leurs œillères.

9. Enfin, je trouve que c’est trop facile de critiquer des pratiques, d’imaginer des tas de problèmes quand on n’est pas concerné. C’est trop facile de donner des leçons aux autres quand on n’a pas soi-même à les appliquer et qu’on ne vit pas dans sa chair et son âme l’infertilité.

19. Plusieurs me disent comprendre ma souffrance et j’en suis au départ touchée. Mais pourquoi me dire qu’un enfant n’ est pas une poupée ? Ai-je dit une seule fois quelque chose qui laisse penser cela ? C’est bien le problème pour les couples infertiles ; on reçoit des leçons inutilement blessantes, souvent déplacées, et bien souvent infondées.

La même stratégie discursive est utilisée par Blanche, pour déconstruire la représentation de Dominique

23. Pour faire passer des lois de ce type, des exemples bien larmoyants servent toujours à convaincre le grand public, l’affect inhibant alors le raisonnement.

Ce dernier énoncé montre que le commentaire permet d’éviter le conflit et la violence directe mais, la déconstruction de l’autre peut être très poussée. La violence demeure, mais la technique du commentaire permet de la masquer.

Afin d’éviter toute coercition et donc de se placer hors d’un rapport de force, Dominique modalise des énoncés. Ainsi, dans l’énoncé 14,

14. J’ai l’impression que vous ne répondez pas à mon billet,

la modalisation de dicto permet d’éviter un ordre tel que « Répondez-moi » pour réaliser un acte simplement véridictif. De même, dans l’énoncé 15, Dominique demande une explication, elle ne l’exige pas.

15. C’est pourquoi j’aurais bien voulu que vous m’expliquiez la différence d’interprétation entre catholiques et juifs (voirr anglicans) sur le sujet de la gestation pour autrui. Je reste sur ma fin spirituelle.

Dans les deux cas, la modalisation permet d’éviter la coercition. Les actes accomplis n’ont pas la forme de la violence verbale.

Pour désamorcer l’affrontement, certains interlocuteurs convoquent les représentations de la compréhension et du respect.

Les premiers mots de Clémentine lorsqu’elle s’adresse à Dominique sont les suivants:

17. J’ai envie de répondre à Dominique dont je comprends la souffrance..

Elle développe une représentation de la compassion qui n’est pas une vertu chrétienne mais qui a un sens particulier dans les représentations chrétiennes, puisqu’il s’agit d’une fête célébrée en mémoire des douleurs de la Vierge. Il s’agit en fait d’une simple formule qui semble autoriser par la suite des déconstructions violentes de l’autre, comme on peut le voir si l’on considère l’énoncé 18.

18. C’est difficile à vivre... mais je crois que le côté "mère porteuse" est très ambigu. Vous dites que deux de vos amies sont prêtes à le faire... C’est sympa... mais là encore, il y a une ambiguïté car l’une d’elle sera proche de vous, de votre mari, de ce bébé à venir : Il n’y a plus d’anonymat ; je crois qu’un tel vécu compliquerait les choses... déjà pas toujours simples de la vie. Et le recours à une "mère porteuse" me paraît malsain : un enfant n’est pas une poupée que l’on s’offre, c’est un être en devenir qui aura besoin de ses deux parents pour grandir... [...].

La même stratégie discursive est utilisée par Dominique lorsqu’elle répond aux attaques de Blanche.

25. Je comprends votre parcours d’infertilité et je respecte votre choix. Il me semble légitime de respecter ceux qui pour d’autres raisons en font d’autres.

Elle convoque les représentations de la compréhension et du respect qui portent respectivement des valeurs intellectuelles et éthiques positives, avant de dévaloriser son interlocutrice.

La fin du passage que j’ai choisi d’analyser est marquée par la réconciliation de Blanche et Dominique et l’abandon de toute violence entre interlocuteurs.

Pour marquer la fin de l’affrontement, Blanche combine deux stratégies : elle revalorise son interlocutrice et attaque un tiers.

Sans crainte de se contredire, Blanche stoppe l’affrontement en revalorisant Dominique. Elle ne décrit plus son adversaire comme un cas larmoyant, mais en fait un portrait parfait en lui associant des représentations porteuses de valeurs doxologiques et éthiques positives (la « clairvoyance »), intellectuelles (la « réflexion ») pragmatique (la « capacité à gérer ») et affectives hédoniques positives (« accueillir à bras ouverts »).

30. Vous décrivez le cas idéal. Je ne doute pas de votre clairvoyance, de votre réflexion sur tout ça et de votre capacité à gérer l ‘ arrivée d ‘ un enfant que vous n ‘ auriez pas porté, de même que je suis sûre vous accueilleriez à bras et coeur ouverts un enfant à adopter.

Pour mieux se réconcilier avec Dominique, Blanche développe de nouvelles dévalorisations, mais la violence est cette fois dirigée contre les homosexuels.

31. [...] On le sait, par PMA et GPA, des couples homosexuels « fondent » une famille. Cela revient selon moi à bricoler avec la vie et à volontairement « fabriquer » des enfants qui n’auront jamais de maman…c’est un vrai danger pour notre société et une vraie déshumanisation, cette idée m’est insupportable, vous savez comme moi que chaque enfant à besoin d’une maman et d’un papa [...].

Elle dévalorise les homosexuels en construisant des argumentations :

Homosexuels avoir des enfants Donc bricoler avec la vie (pragmatique négatif)
Homosexuels avoir des enfants Donc danger (aléthique et affectif-hédonique)

Homosexuels avoir des enfants Donc déshumanisation (aléthique et éthique négatif)
Homosexuels avoir des enfants Donc insupportable (affectif-hédonique négatif)

On remarque que cette fois, la violence n’est pas masquée et elle est véritablement utilisée pour faire cesser l’affrontement. En effet, cette argumentation n’a absolument rien à voir avec ce qui était dit précédemment.

Le discours que j’ai choisi d’étudier n’est pas seulement un discours de catholiques, mais il est bien un discours catholique. En effet, on retrouve des représentations de la justice, de la force, et de la compassion qui sont caractéristiques. De même, le discours active les zones modales privilégiées dans le discours catholique : les zones du déontique et de l’affectif-hédonique.

Toutefois, on a une différence notable avec le discours catholique canonique, ici le rapport entre déontique et affectif-hédonique peut être porteur de violence verbale : on signifie clairement à Dominique, que sa souffrance ne compte pas au regard de la collectivité. La présence de cette argumentation violente dans un discours catholique semble paradoxale et pourtant elle correspond à la représentation du sacrifice qui est centrale dans le catholicisme.

En fait, dans ce discours, la violence verbale est fortement codifiée :

  • La violence doit être justifiée, comme le montrent les interventions de Dominique et Blanche ;

  • Elle doit être masquée, soit par des modalisations, soit par la technique du commentaire, ou atténuée par des formules faisant intervenir les représentations du respect, de la compassion ;

  • Enfin, quand la violence est dirigée vers des personnes extérieures à la communauté, comme les homosexuels, alors il n’y a plus besoin de justifier la violence, elle permet même la réconciliation.


Annexe : Extraits des interventions


Intervention 8. Dominique

1. Si j’étais née en Angleterre ou en Israël par exemple, je pourrais faire appel à la gestation pour autrui avec mes propres ovocytes, mais en France, c’est encore interdit. Cette injustice est très difficile à vivre pour moi et mon mari.

2. En effet, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dit en son article 16 que chacun a le droit de fonder une famille, et que l’homme et la femme sont égaux dans le mariage.

3. Il me semble que cet article reprend l’enseignement du Christ.

4. Ceci ne me semble pas respecté en France, car si mon mari était infertile, il pourrait faire appel à un don de sperme, et devenir père sans aucun lien génétique.

5. D’autres femmes qui ont un problème d’ovaires peuvent elles aussi faire appel à un don d’ovocytes. Pour moi, il n’existe rien dans mon pays parce que certaines personnes, des gens qui n’ont sûrement pas de problème pour avoir des enfants, prétendent que la gestation pour autrui ne serait pas éthique. Je trouve que cette situation est d’une profonde inégalité devant l’infertilité […].

6. J’ai deux amies qui, sensibles à ma souffrance, se sont proposées pour porter notre enfant. Elles sont mères et connaissent toutes les deux mon mari. Elles pensent que nous serions de bons parents. Mais c’est interdit à l’heure actuelle en France. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi.

7. Les nombreux pays qui ont légalisé depuis longtemps la gestation pour autrui dans un cadre altruiste ne sont pas moins respectueux de l’éthique que la France, et tout ce que je peux lire indique que cela se passe bien.

8. Je trouve que ceux qui annoncent des tas de problèmes sans avancer la moindre preuve devraient prendre un peu de recul et ôter leurs œillères.

9. Enfin, je trouve que c’est trop facile de critiquer des pratiques, d’imaginer des tas de problèmes quand on n’est pas concerné. C’est trop facile de donner des leçons aux autres quand on n’a pas soi-même à les appliquer et qu’on ne vit pas dans sa chair et son âme l’infertilité. J’espère que la loi va changer en France et autoriser la gestation pour autrui dans un cadre altruiste qui respecte la dignité de chacun.


Intervention 9. Réponse de Rédaction blog bioéthique (Xavier Lacroix, auteur du billet)

10. Je perçois bien, madame, votre souffrance. Mais il n’est pas dit que toute souffrance doive recevoir une réponse médicale.

11. Ce n’est pas seulement votre désir à vous qui est en jeu, mais une définition sociale, collective : celle de la maternité. S’engager sur la voie de la dissociation entre les deux dimensions originelles de la maternité, c’est s’engager sur la voie d’une redéfinition non seulement de la maternité, mais de la famille. La principale agence qui, aux USA, commercialise sur le Net ce service (rémunéré) reconnaît que 80 % de sa clientèle est constituée de "couples" homosexuels masculins.

12. Des situations dramatiques en découlent aux USA (refus d’abandon ou d’adoption si l’enfant est malformé) ou en Belgique (enfant vendu aux enchères).

13. Le "droit de fonder une famille" (les familles adoptives ou d’accueil existent) n’est absolument pas synonyme d’un "droit à l’enfant", qui n’existe pas, ni en droit, ni en morale. Répondre à une souffrance ne peut pas être une raison suffisante pour modifier des règles anthropologiques capitales. Il me serait plus facile ou agréable de suivre la seule compassion, mais moralement je ne puis.


Intervention 11. Dominique

14. J’ai l’impression que vous ne répondez pas à mon billet.

15. C’est pourquoi j’aurais bien voulu que vous m’expliquiez la différence d’interprétation entre catholiques et juifs (voir anglicans) sur le sujet de la gestation pour autrui. Je reste sur ma fin spirituelle.

16. Car si vous parlez de définition sociale et collective, la gestation pour autrui est reconnue dans la majorité des pays du monde occidental comme un moyen de lutte contre l’infertilité, et ne suscite pas de remise en question de la famille. La question de la gestation pour autrui me semble pour moi une question de conscience et non une définition collective de la maternité qui exclut ipso facto l’infertilité et l’adoption.


Intervention 12. Clémentine

17. J’ai envie de répondre à Dominique dont je comprends la souffrance.

18. C’est difficile à vivre... mais je crois que le côté "mère porteuse" est très ambigu. Vous dites que deux de vos amies sont prêtes à le faire... C’est sympa... mais là encore, il y a une ambiguïté car l’une d’elle sera proche de vous, de votre mari, de ce bébé à venir : Il n’y a plus d’anonymat ; je crois qu’un tel vécu compliquerait les choses... déjà pas toujours simples de la vie. Et le recours à une "mère porteuse" me paraît malsain : un enfant n’est pas une poupée que l’on s’offre, c’est un être en devenir qui aura besoin de ses deux parents pour grandir... et en même temps, renoncer à un enfant de votre couple est très douloureux... mais tant d’enfants de par le monde attendent des parents ; c’est aussi un chemin envisageable. Des couples en souffrance comme vous se sont réalisés de cette manière et ont fondé des familles heureuses.


Intervention 13. Dominique

19. Plusieurs me disent comprendre ma souffrance et j’en suis au départ touchée. Mais pourquoi me dire qu’un enfant n’est pas une poupée ? Ai-je dit une seule fois quelque chose qui laisse penser cela ? C’est bien le problème pour les couples infertiles ; on reçoit des leçons inutilement blessantes, souvent déplacées, et bien souvent infondées. Par exemple, je ne comprends pas du tout pourquoi l’anonymat serait indispensable. Quelqu’un aurait-il la gentillesse de me l’expliquer ? [...]


Intervention 15. Blanche

20. La douleur physique et morale est difficile à exprimer. Mon mari et moi souffrons beaucoup de cette stérilité qui aurait pu être évité. Nous rêvions d’une famille nombreuse.

21. Je suis prête à tout pour guérir. Mais je ne suis pas prête à tout pour avoir un enfant. En particulier, je rejette l’idée d’avoir recours à une mère porteuse, hypocritement intitulé "gestation pour autrui", actuellement tellement en vogue dans le cadre de la révision de lois de bioéthiques. C’est le but de mon courrier, je veux informer et témoigner que tous les couples en souffrance de stérilité ne sont pas forcement favorables à la GPA […].

22. Je suis l’exemple parfait de la femme qui pourrait avoir recours à la GPA pour rêver mettre au monde un autre enfant biologique avec mon mari, et un frère ou une sœur à mon fils. Mais non, je ne peux l’envisager sans imaginer que cet enfant pourra souffrir de tout cela, et je préfère encore la douleur de la stérilité à la douleur de perdre tout repère, toute conscience et tout bon sens en bricolant avec la vie pour suivre mon simple désir d’être mère à nouveau.

23. Pour faire passer des lois de ce type, des exemples bien larmoyants servent toujours à convaincre le grand public, l’affect inhibant alors le raisonnement […].

24. Si vous voulez un contre exemple, me voici, je vous propose, avec humilité, simplicité et dépouillement mon témoignage. Je fais partie d’une école de bioéthique et suis très sensibilisée aux enjeux actuels […].


Intervention 16. Dominique

25. Blanche, Je comprends votre parcours d’infertilité et je respecte votre choix. Il me semble légitime de respecter ceux qui pour d’autres raisons en font d’autres.

26. […] Je suis un peu choquée de lire[...].

27. Le fait que vous justifiiez votre choix en expliquant avec emphase "Mais un enfant, né de PMA, de dons de gamètes, de GPA, comment peut il trouver un sens à sa vie ? Comment va-t-il gérer les difficultés identitaires qu’il va inévitablement rencontrer ?" me semble très passionnel [...].

28. J’ai l’impression que vous n’avez pas totalement fait le deuil d’une famille nombreuse, car vous dites encore souffrir votre mari et vous de cette situation. Je pense que l’on ne peut pas avoir suffisamment de recul quant le traumatisme est si récent.

29. Pour ma part, cela fait huit ans que je réfléchis à tout cela avec mon mari, et je n’ai pas cette crainte envers l’assistance médicale à la procréation.


Intervention 17. Blanche

30. […] Vous décrivez le cas idéal. Je ne doute pas de votre clairvoyance, de votre réflexion sur tout ça et de votre capacité à gérer l’arrivée d’un enfant que vous n’auriez pas porté, de même que je suis sûre vous accueilleriez à bras et cœur ouverts un enfant à adopter.

31. Mais voilà, nous savons que ce cas là serait idéal, et rare. Là où la GPA est légalisée, il y a de graves dérives qui en sont faites. On le sait, par PMA et GPA, des couples homosexuels "fondent" une famille. Cela revient selon moi à bricoler avec la vie et à volontairement "fabriquer" des enfants qui n’auront jamais de maman… c’est un vrai danger pour notre société et une vraie déshumanisation, cette idée m’est insupportable, vous savez comme moi que chaque enfant a besoin d’une maman et d’un papa. C’est en ce sens que je dis que je supporte mieux la souffrance de ma stérilité plutôt que voir notre société dériver en ce sens, et je refuse que la douleur de la stérilité de couples "chez qui la GPA serait une solution acceptable" servir de cheval de Troie […].

32. Mais voilà, je pense que le risque de créer des situations difficiles et douloureuses est réel, qu’il ne faut pas prendre ce risque, car la valeur de la vie d’un enfant qui naîtrait sans maman serait la même que celle de l’enfant que nous rêvons d’avoir […].


Liste des références bibliographiques

ATILF : Trésor de la langue française informatisé, http://atilf.atilf.fr/.

BOURMALO, L. (2002) : Analyse linguistique du discours de la prière eucharistique, Mémoire de DEA, Université de Nantes

GALATANU, O. (1984) : Actes de langage et didactique des langues, Bucarest, Presses Universitaires de Bucarest.

GALATANU, O. (1999a) : « Argumentation et Analyse du discours », in Y. Gambier, E. Suomela-Salmi (éds.), Jalons, n° 2, Turku, Université de Turku, 41-54.

GALATANU, O. (1999b) : « Le phénomène sémantico-discursif de déconstruction-reconstruction des topoï dans une sémantique argumentative intégrée », Sémantique du stéréotype, Langue française, n° 123, Paris, Larousse, 41-51.

GALATANU, O. (2004) : « La sémantique des possibles argumentatifs et ses enjeux pour l’analyse du discours », in M. Jesus Salinero Cascant, I. Inarea Las Heras (éds.), El Texto como Encrucijada. Estudios Franceses y Francofonod, Volumen II, Universidad La Rioja, Lograno, 213–225.

GALATANU, O. (2005) : « La sémantique des modalités et ses enjeux théoriques et épistémologiques dans l’analyse des textes » in J.-M. Gouvard (éd.), De la langue au style, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 157-170.

GALATANU, O. (2008) : « Les incidences sémantiques des déploiements argumentatifs dépendants du co-(n)texte de production du discours. De l’argumentativité de la situation », in Pré-actes du Colloque "Représentation du sens linguistique IV", Helsinki : http://www.helsinki.fi/romaanisetkielet/congres/RSL/RSLpreactes/Galatanu.doc.

LACROIX, X. (2009) : « De la bioéthique à l’anthropologie », http://bioethique.catholique.fr/index.php?post/2009/03/05/De-la-bio%C3%A9thique-%C3%A0-l%E2%80%99anthropologie.

PUTNAM, H. (1975) : “The meaning of meaning”, in Philosophical paper, vol 2, Cambridge, Cambridge University Press.

PUTNAM, H. (1990) : Représentation et réalité, Paris, Gallimard.

SEARLE, J. (1972) : Les actes de langage, Paris, Hermann.

VIAUD-GAYET, C. (2008) : « Les disputes de politesse dans l’espace urbain : quand la politesse tourne à la violence », in N. Auger, B. Fracchiolla, C. Moïse, C. Schultz-Romain (éds.), De l’impolitesse à la violence verbale, Paris, L’Harmattan, 147-181.

Notes de bas de page


1 http://bioethique.catholique.fr/
2 Les autres vertus cardinales sont la force, la prudence et la tempérance.



Pour citer cet article


BOURMALO Laetitia. Violence dans un discours catholique. Signes, Discours et Sociétés [en ligne], 8. La force des mots : valeurs et violence dans les interactions verbales, 30 janvier 2012. Disponible sur Internet : http://www.revue-signes.info/document.php?id=2642. ISSN 1308-8378.




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Revue électronique internationale publiée par quatre universités partenaires : Galatasaray (Istanbul, Turquie), Ovidius (Constanta, Roumanie), Turku (Finlande) et Nantes (France) avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
ISSN 1308-8378