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9. La force des mots : les mécanismes sémantiques de production et l’interprétation des actes de parole "menaçants"

Article
Publié : 30 juillet 2012

Le débat d'idées en ligne : formes de la violence polémique sur Youtube


Sara Amadori, Titulaire d'un contrat de recherche, Département SITLEC, Université de Bologne, sara.amadori5@unibo.it

Résumé

Cette étude propose une analyse discursive des commentaires suivant une sélection de vidéos de Youtube concernant Michel Onfray. Les pratiques discursives des internautes, qui relèvent du genre du débat public en ligne, sont étudiées d'une part dans le cadre de l'analyse sociopragmatique des interactions verbales et de la sociologie relationnelle et, d'autre part, en s'appuyant sur les théories de l'argumentation basées sur l’orientation vers un objectif de persuasion. Le « flaming » sur Youtube, qui caractérise les échanges de la communauté discursive considérée, est envisagé dans une perspective argumentative et redéfini comme relevant du discours polémique. La nature problématique des argumentations polémiques pour les théories de la politesse et le ménagement des faces des internautes est également prise en compte. Après avoir décrit de façon synthétique les marques de la violence verbale et de la violence polémique que nous avons relevées dans notre corpus, nous exemplifions les dynamiques interactionnelles et argumentatives qui caractérisent les échanges polémiques des membres de cette communauté discursive de Youtube. Nous concluons ainsi qu'il existe un éthos du polémiste ressenti comme standard par les internautes, et présentons quelques perspectives de recherche future.

Abstract

This research aims at studying in a discursive perspective the comments following a selection of Youtube videos about the French philosopher Michel Onfray. The discursive practices of Youtube users are defined as belonging to the genre of online public debate. The theoretic frame of our research is on the one hand that of socio-pragmatic analysis of verbal interactions and relational sociology and on the other hand that of persuasion-based theories of argumentation. Flaming on Youtube, which is a characteristic feature of exchanges for the discursive community we have studied, is defined as a form of polemical discourse. The problematic nature of polemical arguments for politeness theories and face-work is also taken into consideration. After offering a sum up of the marks of verbal and polemic violence that we have found in our corpus, we study some examples which allow us to show some of the interactional and argumentative dynamics which characterize polemic exchanges in this Youtube community. We conclude that flaming is quite a normative discursive behaviour on Youtube and we advance some hypothesis for future research.


Table des matières

Texte intégral

Cette recherche se situe dans le cadre de l'analyse des « discours de l'Internet » (Mourlhon-Dallies et al. 2004), et se focalise sur les pratiques discursives des Internautes sur Youtube. Ce site, créé en 2005 et considéré aujourd'hui comme l'un des plus populaires, se présente comme une plateforme de partage de vidéos. Il s'agit d'un espace de communication multimodal grâce auquel on peut charger des vidéos qui sont indexées par des tags et puis associées par des liens hypertextuels à d'autres vidéos ; ce qui en fait aussi bien une base de données qu'une nouvelle forme d'archives pour les chercheurs en sciences de l'information et de la communication (désignés sous l'acronyme S.I.C que nous utiliserons désormais). Tout internaute peut en outre créer sa « chaîne », à savoir sa page personnelle, et charger ses vidéos (autoproduites ou hétéro-produites, par exemple les extraits d'une émission télévisée) : Youtube est donc de ce point de vue un support qui rend également possible le video-blogging. D'autres chercheurs ont mis l'accent sur les potentialités relationnelles du site, en le définissant comme un véritable réseau social (Snickars et Vondereau 2009). La possibilité de poster des commentaires ou des vidéos de réponse, voire de créer un véritable débat avec les autres internautes, permet enfin de comparer Youtube à un forum de discussion. Une analyse linguistique des commentaires, visant à étudier le rapport intrinsèque entre ce medium et les pratiques discursives nouvelles qu'il détermine, permet aussi bien d'intégrer que de compléter les études réalisées par les chercheurs en S.I.C. et en psychologie sociale.

Nous avons choisi de considérer les commentaires aux vidéos comme une reconfiguration électronique du genre « débat argumenté ». Youtube, comme Usenet auparavant, constitue en effet une nouvelle agora, où les internautes se confrontent librement sur les questions qui sont au cœur des débats de la société. Nous faisons référence dans cette étude à l'idée de la « représentation » du genre « débat public », que Rakotonoelina développe (2002 : 187-9). À l'en croire, un genre est toujours perçu par une communauté comme un ensemble de ressources à partir desquelles la production des textes se fait. Ce sont donc les textes, dans la diversité des pratiques discursives et sociales qui les caractérisent et dans la pluralité de leurs manifestations empiriques, qui représentent des genres. Ce positionnement théorique permet de concevoir l'étude des formes discursives des commentaires de Youtube d'une part en tant qu'expression d'une continuité avec le genre du débat public dans ses formes traditionnelles (radiophonique ou télévisuel), et d'autre part comme un renouveau de ces pratiques discursives.

Il y a donc un élément de « stabilité » qui coexiste avec un facteur de « déformabilité » de la notion de genre. C'est précisément cet espace du « déformable » qui nous intéresse et qui nous demande de problématiser le rapport entre de nouvelles pratiques discursives et le medium qui les supporte. Notre corpus est constitué de quelques vidéos de Youtube concernant Michel Onfray assorties des commentaires qui leur font suite. Dans cette étude, nous montrerons que les pratiques discursives des internautes qui appartiennent à cette communauté relèvent du débat d'idées argumenté. Plus précisément, elles relèvent du discours polémique, à savoir d'un discours à forte composante réfutative, où des Proposants et des Opposants se confrontent en exprimant des positions antagonistes et inconciliables face à un Tiers (la communauté des internautes). La structure du dispositif technique supporte et incite à ce genre de débat, marqué par des échanges vifs où la politesse n'est pas de mise, le but des échanges étant celui de discréditer l'adversaire et d'imposer un point de vue ou une idée. Après avoir présenté le cadre participatif des échanges sur Youtube, nous allons d'abord synthétiser les marques de la violence verbale et de la violence polémique que nous avons relevées dans notre corpus. Ensuite, nous étudierons quelques extraits afin d'exemplifier les formes de ce discours polémique en ligne. Les modalités interactionnelles qui caractérisent les échanges de cette communauté discursive seront également envisagées.

Notre corpus se compose d'une sélection de vidéos de Youtube concernant Michel Onfray, regroupées en trois séquences distinctes :

  1. La première vidéo est un extrait de "Vous aurez le dernier mot", l'émission culturelle présentée par Franz-Olivier Giesbert sur France2, pendant laquelle ce dernier interviewe M. Onfray à propos de son livre sur Freud : Le crépuscule d'une idole. L'affabulation freudienne. La vidéo a été divisée en trois parties par la personne qui l'a chargée. 246 commentaires au total ont été publiés pour ce groupe de vidéos1 ;

  2. Le deuxième groupe se compose de deux vidéos concernant un débat, modéré par le même journaliste F. O. Giesbert, entre Michel Onfray et Alain Finkielkraut. Les deux auteurs sont interviewés à propos de leurs livres : Le recours aux forêts. La tentation de Démocrite et Un cœur intelligent. L'extrait a été divisé en deux parties. 487 commentaires au total ont été publiés pour ce groupe de vidéos2 ;

  3. Une seule vidéo, qui compte au total 808 commentaires, constitue le dernier groupe. Il s'agit d'une interview de Michel Onfray (peut-être radiophonique, mais le chargeur de la vidéo ne nous donne pas d'autres indications) autour de l'affaire Dieudonné et de la question sioniste3.

Notre corpus compte donc 1541 commentaires, mais comme il s'agit d'un corpus tiré de l'Internet, ce chiffre est susceptible d'augmenter. Sa clôture n'a pu se faire que de manière arbitraire, en choisissant une date et un nombre de messages. La pensée d'Onfray, très médiatisée ces dernières années, continue de susciter en France de vives controverses. Les vidéos de Youtube agissent donc constamment sur les internautes comme des « stimuli » qui alimentent le débat en ligne. L'intérêt d'un corpus de ce genre est précisément de rester ouvert dans le cadre d'une recherche en cours. Cette étude n'est en effet que le résultat d'une analyse qui s'insère dans un projet de recherche plus vaste financé par l'Université de Bologne, qui se fixe pour objectif d'étudier le développement de nouvelles formes discursives sur Youtube. D'autres pratiques pourraient donc se révéler au fur et à mesure que notre corpus s'étend à d'autres vidéos concernant ce même philosophe ou que d'autres commentaires sont ajoutés.

Un tel corpus demande en outre d'appréhender la discursivité indépendamment des cadres théoriques produits pour d'autres objets d'analyse. On a souvent défini les forums de discussion comme des conversations en ligne, dont on a souligné le caractère hybride, entre écrit et oral4. Les études relevant de l'analyse conversationnelle ont insisté à plusieurs reprises sur la proximité de ces formes discursives avec celles de l'oral (voir par exemple Mondada 1999 ; Marcoccia 2004a). Cependant, quelques traits des conversations en ligne révèlent les limites d'une approche exclusivement conversationnelle et demandent de l'intégrer à d'autres modalités d'analyse. Notre corpus nous a confirmé cette nécessité. On ne peut en effet étudier les formes de la violence verbale et polémique sur Youtube sans concevoir une intégration entre le cadre théorique de l'analyse conversationnelle et celui de l'analyse du discours, et plus précisément des théories de l'argumentation. Notre travail prend donc appui d'une part sur l'analyse socio-pragmatique des interactions verbales, et notamment sur les théories de la politesse (Brown et Levinson 1987 ; Kerbrat-Orecchioni 2005) et de l'impolitesse (Kerbrat-Orecchioni 2010), ainsi que sur le rôle du face-work (ou travail de figuration) dans les interactions verbales (Goffman 1973).

D'autre part, comme toute argumentation est problématique du point de vue du ménagement des faces, notre recherche sur les formes du débat argumenté sur Youtube a également dû s'appuyer sur les théories de l'argumentation à visée persuasive (Perelman et Olbrechts Tyteca 1970), et notamment sur la réflexion d'Amossy (2010). Cette étude s'insère plus précisément dans le cadre théorique de l'argumentation polémique (Angenot 2008 ; Amossy 2011). C'est la définition de discours polémique d'Amossy que nous avons retenue (Amossy 2011) :

1) Une première caractéristique est l’opposition marquée des discours : la parole polémique « suppose un contre-discours antagoniste [...] lequel vise dès lors une double stratégie : démonstration de la thèse et réfutation-disqualification d’une thèse adverse » (Angenot 1982 : 34). (2) Cette opposition de discours prend souvent l’aspect d’une forte polarisation où deux positions s’affirment de façon dichotomique, en s’excluant l’une l’autre […]. (3) Dans ces conditions, on a nécessairement affaire à un dialogisme marqué par un usage massif et diversifié du discours rapporté et de la polyphonie, à travers lesquels le discours polémique tente de s’emparer de la parole de l’autre pour mieux l’attaquer. (4) On a surtout affaire à un rapport à l’autre fondé sur une tentative de disqualification […] (5) Les actants du débat polémique incluent non seulement un proposant et un opposant (fonctions que peuvent remplir différents acteurs), mais aussi un tiers, face auquel et souvent pour lequel, se joue la confrontation des discours […] On en arrive ainsi au cœur de la notion de polémique : il s’agit bien d’un mode de gestion des conflits par la polarisation extrême et la confrontation radicale des positions antagonistes.

Nous envisageons en outre l'argumentation polémique comme un processus interactionnel. Les études sur la violence polémique dans la Communication Médiatisée par Ordinateur (CMO) ont retenu notre attention, notamment celle de Moïse et Romain, qui définissent l'argumentation comme un processus de co-construction entre les interlocuteurs

[qui] s’actualise dans un va-et-vient nécessaire (arguments contre arguments, attitudes contre attitudes, rapports de face contre rapports de face). […] [L]es interactions polémiques jouent sur la négociation entre interactants, dans une perspective d’échanges argumentatifs où se jouent gestion des faces (entre attaque et préservation) et guerre de positions (Moïse et Romain 2010/2011 : 116).

Or, Youtube, comme tout forum de discussion, est un lieu de débat virtuel où les internautes argumentent de façon passionnée à propos des questions culturelles, économiques, sociales ou politiques les plus actuelles. Les discussions donnent lieu souvent à des échanges conflictuels même très violents, qui ont attiré l'attention des chercheurs de plusieurs disciplines. Le « flaming » a été d'abord défini dans la perspective socio-psychologique des sciences sociales comme un comportement désinhibé et ouvertement hostile, que certains ont voulu expliquer comme étant la conséquence de la nature anonyme des échanges dans la CMO (Lea et al. 1992 : 92-3). Par contre, dans cette étude nous entendons par « flaming », en retenant la définition d'Amossy (2011), toutes sortes de « manifestations d’hostilité sous forme de remarques incendiaires au sein d’un échange agonique […] qui font l’ordinaire des forums électroniques ». Les « flames » sont donc des formes du discours polémique que l'on peut considérer comme un trait caractéristique des conversations en ligne, et dont nous avons pu constater une fréquence très élevée dans notre corpus.

Avant de procéder à l'analyse du corpus, il faut envisager quels sont les traits spécifiques de la communication sur Youtube et interroger la façon dont le support favorise la participation au débat.

La notion de cadre participatif (Goffman 1987) permet de mettre au point une première définition des échanges sur Youtube. En ce qui concerne le contrat de communication, les normes interactionnelles qui régissent le débat ne sont pas explicitées, puisqu'il n'y a pas d'équivalent d'une charte du forum. Toute vidéo est liée à une chaîne, à savoir à la page personnelle de la personne qui l'a chargée. Cet internaute peut décider de prendre dans le débat une position dominante : c'est lui en effet qui peut poster le premier commentaire à la vidéo et donc lancer le débat, ou décider de supprimer certains commentaires que d'autres ont publiés. Youtube est toutefois ressenti par les internautes comme un environnement de communication symétrique. Dans notre corpus, diezelle57, qui a chargé les vidéos du groupe b, essaie d'établir un rapport hiérarchique avec les autres internautes, qui est toutefois systématiquement rejeté par les membres de la communauté.

La vidéo, dont la réception est en libre accès dès qu'on entre dans le site et qui est consultable à tout moment, reste le « stimulus » essentiel du débat. Les internautes, après l'avoir visionnée, peuvent décider de ne laisser aucun commentaire, et donc de rester des membres « invisibles » qui assistent aux débats de la communauté. Au cas où ils décident de participer aux débats, ils peuvent choisir entre poster tout simplement un commentaire à la vidéo (commentaire monogal, qui pourrait éventuellement devenir un commentaire suscitant un fil de discussion) ou répondre à un commentaire déjà présent sur le site (commentaire dialogal). Dans notre corpus nous avons relevé la présence de fils de discussion formés par deux commentaires ainsi que de fils formés par plusieurs commentaires. Dans ce deuxième cas, nous avons distingué les échanges dialogaux (impliquant la présence de deux internautes dans le débat) des échanges polylogaux (impliquant la participation de trois ou plusieurs internautes).

Le contenu de la vidéo reste souvent présent dans la mémoire discursive des internautes, qui n'hésitent pas à en citer des parties dans leurs commentaires pour soutenir leurs thèses. Le dispositif technique stimule donc le débat, tout en incitant les internautes à y prendre part. Ils peuvent en effet soit s'insérer dans un fil de discussion existant, soit adresser un commentaire à quelqu'un en rendant cet adressage explicite dans des conditions de séquentialité confuse (une arobase suivie par le pseudonyme de la personne adressée est alors visualisée). Les commentaires sont ordonnés suivant un ordre chronologique. Le système explicite toujours à qui les commentaires réactifs sont adressés (par la phrase "x [pseudonyme] en réponse à y [pseudonyme]" à la fin de tout commentaire réactif). Tout internaute a en outre la possibilité de demander au dispositif de réorganiser les commentaires afin de rendre visibles les fils de discussion par un enchâssement des messages liés. Cela facilite l'interprétation des conversations et incite à prendre part au débat5.

En ce qui concerne le format de réception, Youtube, comme tout forum de discussion, prévoit une lecture « à l’insu », car les messages sont toujours adressés à la cantonade. À en croire Marcoccia (2004b), « la catégorie de participant ratifié pose problème dans la mesure où le dispositif technique rend possible et normale la position de celui qui "écoute aux portes" ». L'internaute sait donc que tout autre internaute est un destinataire ratifié dont il ne peut pas connaître l'identité, et qui peut devenir un potentiel Opposant dans le débat.

L'absence de face-à-face et le manque d'identité sociale rendent le ménagement des faces problématique. Or, s'il a été prouvé que les comportements agressifs ne sont pas plus fréquents dans la CMO que dans les interactions en face-à-face (Lea et al. 1992 : 96), il reste que la cristallisation par l'écrit d'échanges pseudo-oraux est un facteur problématique. La conversation asynchrone en ligne, dont les débats sur Youtube sont un exemple, est donc un terrain « dangereux » du point de vue interactionnel. Le temps différé alimente l'aspect agressif des échanges polémiques (Moïse 2011 : 129) et rend plus difficile la tentative d'arriver à un consensus (Hert 1999 : 213). Les rapports symétriques entre les membres de la communauté intensifient en outre le caractère agonal et impoli de la discussion.

Pour Amossy (2011) la confrontation violente et la polarisation des positions sont un trait caractéristique des débats polémiques en ligne, tandis que la violence verbale est un attribut fréquent mais non obligé. Nos analyses montrent non seulement une coprésence, mais également une synergie entre violence polémique et violence verbale. Moïse et Romain (2010/2011) ont d'ailleurs montré que ces genres interactionnels ne sont pas hermétiques mais s'alimentent réciproquement.

Nous avons donc relevé d'une part la présence de marques typiques de la violence polémique (Amossy 2011 ; Moïse 2012, 2011 ; Moïse et Romain 2010/2011), à savoir la pratique fréquente de la réfutation (par l'utilisation de contre-arguments et d'arguments ad hominem) ou le recours aux topoï. La présence de figures rhétoriques tels que l'ironie ou la définition polémique, et de toutes sortes de figures phatiques (comme la question oratoire) et pathémiques (comme l'hyperbole) est de même fréquente. Le recours au discours rapporté et à l'argument d'autorité est usuel, parce qu'il permet au locuteur de s'octroyer une position de supériorité dans le débat. Nous avons enfin constaté la présence des marques de l'agressivité, comme le sarcasme ou l'injure.

La tentative de discréditer l'adversaire détermine d'autre part des montées en tension qui débouchent souvent sur la violence verbale fulgurante, à savoir sur des actes de langage à visée de domination tels que l'insulte, la provocation ou le mépris. De ce point de vue nous avons distingué d'une part les actes de condamnation du faire et d'autre part, les actes de condamnation de l'être (Moïse 2011).

Ces marques caractérisent aussi bien les commentaires monologaux que les échanges dialogaux/polylogaux. Dans ce deuxième cas, nous sommes en présence de ce qu'Amossy (2011) appelle des « échanges polémiques », à savoir des interactions entre deux ou plusieurs internautes qui « s’engagent dans un débat enflammé en tentant de l’emporter l’un sur l’autre ». Ces interactions sont bien évidemment problématiques du point de vue du ménagement des faces et des règles de politesse. Les argumentations polémiques sont en effet utilisées par les internautes pour déstabiliser les rapports de place et gagner une position de supériorité dans le débat. Voilà pourquoi dans certains échanges on assiste à une montée en tension qui ne peut que déboucher sur la violence verbale.

Notre corpus a été traité essentiellement de façon qualitative, même si la fréquence des phénomènes récurrents a été prise en compte dans l'interprétation des résultats. Nous allons maintenant proposer une étude argumentative de quelques exemples de commentaires monologaux et d'échanges polémiques présents dans notre corpus. Nous expliquerons également pourquoi de tels échanges ne peuvent être que problématiques du point de vue interactionnel.

Dans les commentaires monologaux, l'internaute argumente sa thèse sans s'adresser directement aux autres internautes. Il attaque souvent de façon polémique les personnages qu'il voit dans la vidéo. La communauté de Youtube est le public implicitement destiné à assister à cette attaque. Le premier commentaire que nous analysons suit la première vidéo du groupe a. Son auteur est yoyohan1, comme l'indique le pseudonyme à la fin du commentaire. Il va de soi que sur Youtube les internautes ne se soucient pas des règles grammaticales ou orthographiques. Nous n'avons pas apporté de corrections aux commentaires, que l'on peut lire ici dans leur version originale.

on voit ici le "brillant" sens de la mesure de ce onfray, son adogmatisme intellectuel et sa capacité de pondération sur l'objet de ses sujets... (à lire avec ironie bien sur) mais bon on a l 'habitude avec lui. Enfin, il grandira lui aussi...

yoyohan1 il y a 11 mois

Nous avons dans ce cas un exemple d'argument ad hominem. L'internaute, après avoir regardé la vidéo, reproche à Onfray son dogmatisme et sa démesure sur le mode de l'ironie, signalée dès le début par les guillemets : « brillant ». Un tel dogmatisme serait selon yoyohan1 tout à fait incohérent pour l'auteur du Traité d'athéologie, un livre publié en 2005 chez Grasset qui a eu un grand succès médiatique. L'argument de cet internaute s'ancre donc dans l'interdiscours, car le mot adogmatisme renvoie précisément à cet événement éditorial présent dans la mémoire collective. Nous constatons également l'utilisation du pronom indéfini « on », qui signale la présence d'énoncés dans lesquels se manifestent « des lieux communs, des idées reçues comme évidentes et "allant de soi", dans une idéologie du consensus » (Peytard et Moirand 1992 : 69). L'argumentation de yoyohan1 peut donc être résumée ainsi : comme tout le monde sait, Onfray se veut un penseur libéral et contraire à toute idéologie, mais en fait il est complètement dogmatique, comme il le montre dans ce débat. Voilà pourquoi (conclusion signalée par l'adverbe « enfin ») il faut attendre qu'il grandisse et que sa réflexion mûrisse afin de ne pas le voir se contredire.

Le commentaire suivant est tiré de la première vidéo du groupe b :

Finky (2:27) : « Les grands romans sont des modalités de la connaissance... » Belle évidence puisque TOUT est une modalité de la connaissance, même les blockbusters américains, la porno sur Internet et les chants de gorge inuits : tout nous renseigne sur nous-mêmes, il suffit d'adopter le bon point de vue. Bref, du vide et encore du vide masturbatoire intellectuel, et après on se demande pourquoi le commun des mortels ne s'intéresse pas aux « grandes » questions. Bouh à Finky, péteux de broue!

HalfFullYeah il y a 9 mois

L'internaute reprend ce qu'affirme Finkielkraut (par la citation de ce qu'il dit ainsi que par l'indication du moment précis où il fait cette affirmation dans la vidéo) pour mieux la réfuter. Il utilise d'abord la stratégie de l'ironie (belle évidence) ; ensuite il introduit son contre-argument en se servant d'un TOUT en capitales, à savoir d'une forme graphique qui dans l'écriture en ligne signale une augmentation du ton de la voix (Marcoccia 2000a : 270). Un tel choix donnerait donc plus d'emphase à la thèse qu'il propose. Il se sert ensuite de l'énumération (les blockbusters, la porno, les chants de gorge inuits…) et, dans sa synthèse conclusive signalée par l'adverbe « bref », de la répétition (du vide et encore du vide masturbatoire). L'emphase augmente avec l'interrogation indirecte dont la valeur sarcastique est explicitée par les guillemets sur l'adjectif « grandes » (on se demande pourquoi le commun des mortels ne s'intéresse pas aux « grandes » questions). La tension polémique débouche finalement sur la violence verbale par l'insulte adressée directement à Finkielkraut (péteux de broue), un phénomène qui est d'ailleurs fréquent dans notre corpus.

Nous analysons maintenant un échange qui suit la vidéo du groupe c. Il s'agit d'un extrait d'un fil de discussion assez long (neuf commentaires), auquel trois internautes participent. Nous remplaçons les pseudonymes des auteurs à la fin des commentaires par une lettre de l'alphabet afin de faciliter la lecture de notre analyse.

on doit défendre l’état d israel et les palestiniens en même temps!!!!!!!!!!!! 'importe quoi comme défendre les esclavagistes et les esclaves en même temps,défendre les ouviers et les patrons en même temps,défendre les peuples et le FMI en même temps.

A

il s'agit de défendre les peuples, pas leur classe dirigeante. Chaque peuple a le droit a sa terre. Cela va de meme pour les palestiniens comme pour les israeliens.

B en réponse à A

Depuis quand les israéliens forment ils un peuple ? La propagande qui t'as neutralisé ton bon sens ? Depuis quand les khazars, qui sont des caucasiens, sont sémites? tu n'as pas encore tilté? Depuis quand ces gens là sont juifs? Si par juif, on entend monothéisme pur et respect de la Loi et des messages transmis par les prophètes (en fait Islam, qui veut dire soumission à Dieu afin d'acquérir la Paix) La grande majorité de la population de l'entité faussement appelée Israël sont khazars

C en réponse à B

on en a rien a faire de ces histoires de religions, il s'agit d'un conflit geo-politique. Ce qu'il faut c la paix a tout prix. et cela passe par la reconaisance de l'etat paslestinien, ce qui ne veut pas dire qu'on est contre les israeliens. "sioniste", "anti-sioniste" moi je ne suis rien du tout , je souhaite seulement l'harmonie entre ces gens, independanment de leur religion. arretons la haine envers quiconque

B en réponse à C

Alors, c'est bien joli de dire on veut la paix, mais tant qu etu n'auras pas compris la manipulation, le dessein, la stratégie de tout ceci, c'est comme si tu essayais de passer dans une autre salle à travers le mur : tant que tu n'auras pas fait l'effort d’identifier la porte et de la pousser, cela ne marchera pas. "Israel" est l'anti Israël , kabbaliste, talmudiste, maçonnique, khazar, antisémite, bâti sur des mensonges et excroissance du NWO, voilà la réalité.

C en réponse à B

[…]

Le débat est ouvert par A, le premier Proposant. Son argument se fonde sur une variante du « topos du plus et du moins » (Amossy 2010 : 94-95): pour cet internaute ce qui est dû au politiquement moins important est également dû au politiquement plus important. La multiplication des points d'exclamation est un procédé qui permet de mettre en scène de l'oral à l'écrit et qui signale donc ici une intonation emphatique. B réfute la thèse de A en proposant un contre-argument qui se fonde sur « la règle de justice » : celle-ci « exige l’application d’un traitement identique à des êtres ou à des situations qu’on intègre à une même catégorie » (Perelman et Olbrechts-Tyteca 1970 : 294). Comme tout peuple a droit à la terre et qu'aussi bien les israéliens que les palestiniens forment un peuple, les deux ont également droit à leur terre pour B.

Si cet internaute est l'Opposant pour A, il devient à son tour le Proposant du fait que C réfute ce qu'il a affirmé. Cinq questions oratoires (qui réalisent la fonction phatique du discours polémique) ouvrent son commentaire. Trois d'entre elles (celles qui sont introduites par la répétition de depuis quand) contiennent des contre-arguments visant à réfuter la thèse de B. Les deux autres visent par contre à le discréditer : ce sont des actes de condamnation de l'être (Moïse 2011) qui essaient de rabaisser B en mettant en discussion ses capacités intellectuelles (ce qui est fréquent dans notre corpus). C soutient la thèse selon laquelle le peuple juif n'existerait pas, car les juifs seraient des descendants des Khazars, une tribu nomade turque qui se convertit au judaïsme et créa un empire dans le Caucase. Il n'y aurait donc pas eu de diaspora, ce qui rend toute revendication d'Israël illégitime. Le judaïsme est en outre comparé à l'Islam par une définition oratoire6 à valeur polémique (Si par juif, on entend monothéisme pur et respect de la Loi et des messages transmis par les prophètes (en fait Islam, qui veut dire soumission à Dieu afin d'acquérir la Paix)). Une telle définition permet à C de présenter la religion juive comme une forme d'intégrisme et donc le sionisme comme une forme de nationalisme.

B répond à l'attaque et réfute la thèse de son adversaire qui conteste la revendication de la terre par droit divin (on en a rien a faire de ces histoires de religions). Il réalise ensuite un recadrage du débat, par lequel il essaie d'imposer son point de vue (il s'agit d'un conflit geo-politique). Il réaffirme la nécessité d'une vision pacifiste et égalitaire pour résoudre le conflit, puis conteste la validité de l'opposition entre sionisme et anti-sionisme ("sioniste", "anti-sioniste" moi je ne suis rien du tout) par la modalisation autonymique d'emprunt (Authier-Revuz, 2001 : 201). En mettant en doute la validité de l'opposition entre les deux termes, il essaie d'annuler la validité de la thèse anti-sioniste de C. Après cette réfutation, qui est une menace pour la face de son adversaire, il utilise une forme de politesse négative (le minimisateur seulement), ayant pour but « de réduire, du moins en apparence, la menace du FTA » (Kerbrat-Orecchioni 2005 : 212). Il recherche donc une réconciliation avec son Opposant, comme le montre la présence d'un nous inclusif visant à rétablir un rapport symétrique et de proximité.

C reprend toutefois son attaque polémique. Le commentaire s'ouvre par l'ironie (c'est bien joli), qui introduit un acte menaçant pour la face positive de B. La stratégie de l'analogie (c'est comme si tu essayais de passer dans une autre salle à travers le mur…) vise en effet à ridiculiser sa position pacifiste. Après avoir terrassé l'adversaire, il relance avec l'énumération des raisons pour lesquelles les israéliens ne forment pas un peuple et Israël n'a pas droit d'exister, en fondant son argument sur le « lieu de l’existant » (voilà la réalité), selon lequel ce qui est réel est supérieur à ce qui est possible, éventuel ou impossible (Perelman et Olbrechts-Tyteca 1970 : 126). L'échange entre les deux internautes continue sans qu'ils arrivent à trouver un accord, comme c'est souvent le cas dans notre corpus.

Le dernier échange que nous prenons en considération est un extrait d'un fil de discussion formé par neuf commentaires suivant la première vidéo du groupe b. Six internautes participent au débat :

un débat entre un homme qui patauge dans le vide, et l'autre sioniste raciste islamophobe...des titans quoi

A

Onfray raciste et islamophobe? T'as rien compris à sa philosophie toi.

B en réponse à A

Je pense que Onfray est islamophobe. En effet, il dit dans une de ses interventions que "ce n'est pas la bourka le problème mais l'islam". Mais ce qui est important c'est que son combat englobe toutes les religions en tant que danger pour la liberté et pour la vie elle-même. Il propose de s'en libérer totalement pour envisager une nouvelle morale centrée sur l'amour de la vie.

C en réponse à B

[…]

J'ai une forte envie de supprimer vos messages, mon bouffit de farines religieuses :)

D en réponse à A

Je ne m'attend pas à une attitude "voltairienne" de la part d'un cerveau infra-humain qui pense que l'homme se suffit à lui-même, condamné à l'immanence...c'est très triste et pathétique

A en réponse à D

Confirmez-vous l'accusation selon laquelle vous seriez un bouffit de farines religieuses atteint de la tremblante du croyant ?

D en réponse à A

CONCOURS D'ATTAQUES D'AD HOMINEM. LES PARIS SONT OUVERTS

E en réponse à D

A ouvre le fil de discussion en critiquant aussi bien Onfray que Finkielkraut. B, son Opposant, conteste ce qu'il dit d'Onfray par une question oratoire et attaque par un acte de condamnation (accusation) la face positive de A. C s'insère dans le débat en s'opposant à son tour à B. Il propose sa thèse (Je pense que Onfray est islamophobe) et se sert, comme moyen de preuve, d'un argument d'autorité, à savoir de ce qu'il présente comme une citation des mots d'Onfray7 ("ce n'est pas la bourka le problème mais l'islam"). Ensuite, en recourant au discours rapporté, et plus précisément au discours indirect, il résume la pensée d'Onfray pour confirmer la validité de sa thèse et pour s'octroyer une position haute dans l'échange. Nous soulignons au passage qu'un tel choix est emblématique du caractère hétérogène et dialogique – au sens du dialogisme de Bakhtine - qui caractérise les débats qui forment notre corpus.

D intervient ensuite dans la discussion avec son agressivité usuelle. Il menace les autres participants de supprimer leurs commentaires : il a en effet le pouvoir de le faire, puisque c'est lui qui a chargé la vidéo. Il renforce même ce FTA par une insulte, à savoir un marqueur de l'impolitesse positive qui fait basculer l'échange dans la violence verbale. Le visage électronique, qu'il utilise d'habitude pour conclure ses attaques, n'a pas sa fonction fréquente en CMO de « procédé de politesse, [visant à] désamorcer le caractère offensant d'un message » (Marcoccia 2000a : 269). Il s'agit plutôt dans ce contexte d'un « pseudo-adoucisseur » (Kerbrat-Orecchioni 2010 : 45), qui intensifie la force de l'acte de parole menaçant en simulant à l'écrit une sorte de sourire sarcastique.

A contre-attaque avec la même violence en insultant à son tour D. L'insulte lui permet de garder la face, puisque c'est à cet internaute en tant qu'auteur du commentaire de lancement que D a adressé le sien. Par l'insulte A essaie également de rabaisser D et de rejeter la position dominante que D s'est octroyé. La possibilité de tout échange interactionnel est toutefois désormais compromise : D répond en effet par une autre insulte, tandis que E cherche une sorte de pacification humoristique qui signale la fin du fil de discussion.

Il est intéressant de constater que E ne semble pas du tout déconcerté par l'échange violent entre D et A, au point qu'il plaisante même à ce propos. Les internautes qui visitent un site comme Youtube sont en effet tout à fait accoutumés à ce genre d'interactions et au fait que souvent de tels débats n'aboutissent pas à un accord. La polarisation et la confrontation agonale transforment souvent les interactions en un véritable « dialogue de sourds » (Angenot 2008), condition qui favorise la montée en tension et l'explosion de la violence verbale. Nous constatons ainsi que l'éthos standard de l'internaute de cette communauté discursive est celui du polémiste, qui accepte et valorise, comme le dirait Amossy (2011), une « coexistence dans le dissensus ».

Le respect de la netiquette, qui propose un idéal de conversation qui « se fonde sur une valorisation du consensus et une dévalorisation du débat » (Marcoccia 2000b : 165) est une nécessité négligeable pour les internautes. La violence des argumentations polémiques et les attaques visant à discréditer les adversaires sont en effet des pratiques impolies routinières sur Youtube. Le « flaming » dans les commentaires crée un environnement de communication hostile qui pousse les internautes à répondre à la violence verbale par la violence verbale. Notre analyse discursive arrive donc à des conclusions semblables à celles qui ont été avancées dans le domaine des sciences sociales. En effet, selon Lea, O'Shea, Fung et Spears (1992 : 103) la présence du « flaming » est liée à l'existence de normes interactionnelles qui incitent à un tel comportement et qui sont reconnues et acceptées par le groupe. Dans sa recherche consacrée à Youtube, Moor (2008 : 31) confirme que « YouTube users may indeed, after seeing lots of flaming, think that flaming is normative behavior and conform to this norm ». Or, que le « flaming » soit adressé à l'un des personnages de la vidéo de Youtube, et donc à un Opposant « silencieux » qui n'a aucun droit de réponse aux attaques, ou qu'il soit adressé à un autre internaute qui devient par contre un Opposant réel dans le débat polémique, il reste un trait distinctif des échanges que nous avons analysés.

D'autres aspects restent cependant à problématiser. Dans les commentaires aux vidéos du groupe b, la violence verbale est beaucoup plus fréquente que dans les deux autres groupes. Diezelle57 (le locuteur D dans le dernier extrait étudié) semble en effet inciter à des échanges très agressifs et polémiques sur sa chaîne : c'est lui qui souvent menace et insulte le premier les autres internautes, ce qui détermine inévitablement des réactions violentes de la part des membres de la communauté. Il faudrait alors s'interroger sur la capacité de la personne qui poste la vidéo de déterminer un environnement de communication plus ou moins favorable à l'émergence du « flaming ». Cela exigerait d'ouvrir notre corpus à d'autres vidéos concernant Michel Onfray et de comparer les pratiques discursives et interactionnelles de plusieurs internautes qui postent des vidéos. La façon dont ces derniers manipulent la vidéo et essaient, par leurs commentaires de présentation, d'influencer les autres membres de la communauté (c'est ce qui se produit avec la vidéo du groupe c de notre corpus) est un autre aspect qui reste à étudier.

Une autre perspective de recherche intéressante pourrait être la comparaison entre les pratiques discursives relevées dans notre corpus et celles qui caractérisent des chaînes où les internautes chargent des vidéos autoproduites, dont ils sont les protagonistes. Dans ce cas, les commentaires monologaux ne s'adressent pas à un Opposant « silencieux » (comme le sont Onfray ou Finkielkraut), mais à quelqu'un qui se trouve en mesure de répondre aux attaques qui lui sont adressées. Il serait de même intéressant de s'interroger sur la fonction d'exutoire de Youtube en comparant les pratiques discursives des internautes sur ce site avec celles d'autres communautés, comme par exemple celles de Facebook. La popularité croissante de sites d'échanges tels que Youtube, la variété des usages discursifs sur les réseaux sociaux en ligne ouvrent des pistes de recherche stimulantes. En effet, la complexité des dynamiques relationnelles, les différents rôles et postures d'internautes qui évoluent dans plusieurs communautés sont une invitation à réaliser des études discursives en mesure d'appréhender de plus en plus en profondeur les dynamiques communicatives qui animent ces nouvelles agoras postmodernes.



Liste des références bibliographiques

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Notes de bas de page


1 Michel Onfray vs Freud 1/3 | Le crépuscule d'une idole. L'affabulation freudienne (192 commentaires) : http://www.youtube.com/watch?v=zFCMjZ9-HUg (dernière consultation : 16/05/12) ;
2 Michel Onfray vs Alain Finkielkraut 1/2 (372 commentaires) :
3 Michel Onfray : "Je suis sioniste" (808 commentaires) :
4 Voir, pour une synthèse de ces travaux, Marcoccia et Gauducheau (2007 : 41).
5 Ce qui ne signifie pas d'ailleurs que les échanges sur Youtube, comme dans tout forum de discussion, sont ordonnés et ne souffrent pas d'un éparpillement à la fois thématique (Marcoccia 2004b) et structurel (Marcoccia 2004c).
6 La définition oratoire « utilise la structure de la définition, non pour fournir le sens d’un mot, mais pour mettre en vedette certains aspects d’une réalité » (Perelman et Olbrechts-Tyteca 1970 : 233).
7 Il s'agit en effet d'une citation imprécise de la phrase prononcée par Onfray : « C'est l'Islam qui donne problème, c'est pas la burka » (à la minute 0.12/13 de la vidéo suivante : http://www.youtube.com/watch?v=raaMi_iYPLs).



Pour citer cet article


Amadori Sara. Le débat d'idées en ligne : formes de la violence polémique sur Youtube. Signes, Discours et Sociétés [en ligne], 9. La force des mots : les mécanismes sémantiques de production et l’interprétation des actes de parole "menaçants", 30 juillet 2012. Disponible sur Internet : http://www.revue-signes.info/document.php?id=2853. ISSN 1308-8378.




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Revue électronique internationale publiée par quatre universités partenaires : Galatasaray (Istanbul, Turquie), Ovidius (Constanta, Roumanie), Turku (Finlande) et Nantes (France) avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
ISSN 1308-8378