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13. Sens et identités en construction : dynamiques des représentations : 2ème volet

Article
Publié : 30 juin 2014

« Le culot, tu sais ce que c’est ? » … : poétique du discours, dynamique des représentations, en milieu de réinsertion sociale


Mme Iphigénie MOULINOU, Docteur en sociolinguistique et Analyse du discours, Faculté des Lettres, Département d’Études Anglophones, Université d’Athènes, Grèce, imoulinou@hotmail.com

Résumé

Le présent article examine les fonctions interactionnelles de certains procédés discursifs et rhétoriques employés dans le discours de jeunes délinquants placés en milieu institutionnel, et leurs effets sur le positionnement identitaire des interactants. Lors d’une conversation ordinaire, entre trois délinquants et la chercheuse, le sujet qui surgit porte sur le travail que les jeunes pourraient faire après leur mise en liberté, à la suite de quoi, ils discutent s’ils vont récidiver ou pas. Au moyen d’une série de procédés discursifs et rhétoriques (discours rapporté fictif, scénarios hypothétiques, « format tying »), les jeunes projettent une attitude plutôt vacillante, s’alignant tantôt sur des représentations d’une identité déviante, tantôt sur des représentations de jeunes ‘intégrés’. Un des points culminants de l’interaction consiste en un tour de parole où un mineur récapitule le défi principal qu’ils doivent affronter, par le biais d’éléments poétiques du langage ordinaire (Jakobson 1960; Sherzer 1977). Il met en relief non seulement le contenu thématique de la conversation, mais, surtout, l’interrogation qui traverse toute la problématique du parcours potentiel de leur vie.

Abstract

The article explores the interactional functions of a number of discursive and rhetorical devices in the juvenile delinquents’ discourse in Greek rehabilitation centers, and their consequences on the participants’ identity positioning. During an ordinary conversation, between three minors and the researcher, the topic shifts to the jobs these young people can do after their release and they start talking about whether they will relapse after their release or not. By means of a number of discursive and rhetorical devices (virtual reported speech, hypothetical scenarios, “format tying”), these young people’s identity positioning vacillates between deviant and ‘integratable’ social dimensions. In a dense interactional moment, a turn uttered by one of the adolescents recapitulates and encapsulates the major challenges that have to be dealt, in a poetic patterning of ordinary talk (Jakobson 1960; Sherzer 1977). It is through this device that the participant brings to the fore not only the key topic of the conversation but also the major query about their future course of life.


Table des matières

Texte intégral

En mémoire de Jens Normann Jørgensen, pour tout son travail sur le parler jeune.

Le présent article puise dans mon étude sociolinguistique doctorale, concernant la construction identitaire des jeunes délinquants à travers leur discours, dans le cadre des centres éducatifs fermés (CEF) en Grèce. Ma recherche s’inscrit dans le courant théorique de la linguistique de Praxis, l’analyse du discours et l’analyse conversationnelle. Suivant les approches théoriques de Praxis, selon ce tournant sociolinguistique vers le langage en tant que processus et non plus en tant que système, l’interaction verbale est perçue dans son rôle constitutif des sens à partir des pratiques discursives des participants. L’identité tout comme les relations interpersonnelles et sociales, étant des dimensions du sens produit dans l’interaction, sont construites non pas individuellement mais en commun, négociées et réaménagées au cours de l’interaction et elles dépendent du contexte particulier à chaque fois (pour une récente présentation concise des théories de Praxis, voir Tsitsipis 2007; pour des comptes-rendus récents concernant les tournants en sciences du langage, voir Boutet et Maingueneau 2005; Boutet et Heller 2007 et ces mêmes numéros de Langage et Société en entier).

C’est cette perspective théorique plutôt « héraclitienne » qui met en relief la dynamique des aspects identitaires « profondément mouvants », en état de renouvellement perpétuel (Wagener & Bellachhab 2014), et ainsi, leurs éléments contingents et émergeants à partir de l’interaction, qui sera explorée dans les exemples étudiés du présent article. Dans cette logique, nous recherchons des dimensions déviantes ou intégrables qui émergent dans le discours des jeunes délinquants dans les centres éducatifs fermés. Nous employons les quasi-néologismes « intégrable, intégrabilité » dans le sens de capacité et de possibilité de se (ré-)intégrer. En effet, l’émergence d’une identité intégrable paraît mieux décrire la situation de ces jeunes par rapport à la référence à une projection d’aspects d’identité intégrée. Dans tous les cas, il faudrait souligner que lorsque l’on emploie des notions qui se réfèrent à des groupes sociaux ou à des catégorisations identitaires et sociales, en l’occurrence, des termes tels que « adolescents déviants, délinquants, intégrés, intégrables, ou l’adolescent moyen », on doit toujours garder à l’esprit l’hétérogénéité inhérente de chaque groupe (Le Page et Tabouret-Keller 1985). C’est pourquoi, d’ailleurs, il serait utile d’envisager les notions d’« identité déviante » et d’« identité intégrable » plutôt comme les deux pôles d’un continuum sur lequel évoluent plusieurs nuances de dimensions identitaires, projetées dans le discours et rencontrées dans l’analyse des interactions verbales des mineurs (pour la discussion sur les notions d’identités déviantes et intégrables, voir aussi Moulinou 2012 : 314-315).

Dans la situation de communication étudiée se pose explicitement comme sujet de conversation la réflexion des jeunes participants sur leurs conduites déviantes. Celles-ci paraissent comme présupposées dans la mesure où les jeunes commencent à se demander s’ils vont récidiver ou pas. Ce qui n’est ni présupposé ni donné, c’est le degré de gravité de la déviance, le « plus » ou « moins » déviant qui est tout autant important et négociable, implicitement ou explicitement, dans le discours de ces adolescents, placés dans une institution intermédiaire, qui se situe entre des sanctions disciplinaires plus légères et la peine, plus grave, d’emprisonnement. Au moyen de procédés discursifs et rhétoriques tels que divers types de répétition, des scénarios hypothétiques, et des éléments poétiques du discours, ces jeunes projettent une attitude plutôt vacillante, entre des dimensions identitaires intégrables et déviantes, et non pas une position stable ou sans ambigüités. Un des points culminants de l’interaction consiste en un tour de parole où un mineur récapitule le défi principal qu’ils doivent affronter en employant une série de reprises poétiquement construites (schéma ternaire, parallélismes lexicaux et syntaxiques, rimes, etc.).

 La poétique du discours est un mécanisme par excellence réflexif en ce sens que le discours se tourne vers lui-même et se met en exergue dans la communication (Baumann et Briggs 1990 : 73). Dès lors, le travail de production de sens discursif est mis en lumière et s’ouvre à l’observation et à l’évaluation de l’auditoire. La particularité des usages linguistiques donne l’occasion de retravailler des éléments du discours ordinaire et d’autre part, elle incite les interlocuteurs à y chercher plus d’interprétations. L’art verbal dans la vie sociale a un rôle socialement constitutif et non pas secondaire (Baumann et Briggs 1990 : 79).

Dans le CEF pour garçons, après le déjeuner, à l’heure du repos, lors d’une conversation ordinaire entre trois jeunes délinquants et la chercheuse, le sujet qui surgit porte sur le travail que les jeunes pourraient faire après leur mise en liberté. Bientôt se pose la question de l’intention de travailler et de leur difficulté à travailler, à la suite de quoi, ils s’interrogent sur leur capacité à ne plus récidiver. Deux d’entre eux projettent une image plus sceptique et moins optimiste tandis que le troisième se construit une image moins déviante pour l’avenir. Néanmoins, au moyen d’une série de procédés discursifs et rhétoriques, comme des scénarios hypothétiques, dont certains prennent la forme de challenges lancés entre les jeunes, tous les trois projettent une attitude plutôt vacillante, s’alignant tantôt sur des représentations d’une identité déviante, tantôt sur des représentations de jeunes ‘intégrés’.

Compte tenu des limites d’espace, des extraits représentatifs de séquences de challenge seront d’abord cités en guise d’exemples servant également à la meilleure contextualisation des extraits à étudier en détail. Ensuite, un extrait de séquence de challenge, plus long, sera analysé. En dernier lieu, nous ferons l’analyse de la configuration poétique (patterning) de la parole d’un participant, qui met en avant-plan (Matoesian et Coldren 2001) la quête de passage de ces jeunes, de la déviance à l’intégrabilité.

Les extraits étudiés font partie de données recueillies au cours d’une recherche ethnographique de terrain, effectuée pendant trois ans et demi, dans des centres éducatifs fermés grecs, pour garçons et pour filles, séparément, avec observation participative et enregistrement du discours des mineurs durant leurs activités quotidiennes. Suivant le cadre théorique retenu, cité ci-dessus, la méthodologie d’analyse des extraits suit l’analyse interactionnelle et conversationnelle liées à l’anthropologie linguistique, et se focalise sur la confluence de l’organisation séquentielle de l’interaction, de l’alternance des tours de paroles (Sacks, Schegloff, Jefferson 1974) et des structures linguistiques de tous les niveaux d’analyse (de la prosodie et de la syntaxe jusqu’au mécanisme de la répétition) qui émergent comme les plus pertinents à chaque fois pour la construction du sens, moment par moment, dans l’interaction (Schegloff, Ochs, Thomson 1996 : 1-51).

Dans les extraits, tous les noms sont changés. J’emploie le terme « chercheuse » (Ch.) pour toute référence à mon rôle de participante à l’interaction. En traduisant la parole des participants, j’ai opté pour une version proche de la langue d’origine et, donc, du discours original, ce qui pourrait aider le lecteur à se rendre compte plus clairement du langage utilisé et des termes repris, d’autant que l’analyse porte amplement sur le mécanisme des reprises et répétitions. Les conventions de transcription figurent en annexe.

Ces premiers extraits cités suivent des séquences où les jeunes ont parlé de la difficulté à travailler ou à ne plus commettre de bévues. Ils ont aussi avancé que le CEF était leur dernière chance pour éviter la prison mais que certains en profitent, d’autres non ; de plus, ils ont parlé des mauvaises fréquentations dans le centre qui peuvent les amener jusqu’à la peine de prison. Ensuite, un des participants, Haris, insiste sur le fait qu’il ne va plus recommencer et donc qu’il ne va plus revenir au centre. Du coup, les deux autres jeunes développent des scénarios hypothétiques de vols d’argent pour défier leur interlocuteur.

85. Alexis: ((s)) Et si on te dit allons dans ce magasin y a quinze ou vingt mille balles? ((s))

86. Haris : Je m’en fous.

[…]

90. Achilleas: Regarde, tu passes maintenant, avec un gars, en bas, maintenant, et il y a une bagnole,

et c’est baissé la vitre et y a du fric dedans, [tu feras quoi, re*?] [Tu ne Ø, tu le laisseras tomber?]

91. Alexis: [Tu vas pas le prendre, Haris?] [Si tu vois une valise], trois, six mile balles dedans, tu vas pas

la prendre?

92. Achilleas : Dis alors!

93. Haris: Ça dépend d’où la bagnole sera.

[…]

98. Haris : Disons que tu trouves du fric dans la RUE:: re, c’est comme ça l’argent que tu vois toi, disons

que que tu tr-trouves un sac pareil avec du fric dedans, bourré de fric, tu ne: tu vas pas le prendre?

*re : interjection en grec, employée quand on s’adresse à quelqu’un ou accompagnant souvent le nom de l’interlocuteur, qui donne un ton familier, amical.

En se limitant à une analyse de contenu, pour ce premier exemple, ce qui est intéressant à remarquer, c’est que, bien que les jeunes participants aient commencé cette séquence de challenges afin de mettre en cause les assertions du troisième participant, Haris, quant à la facilité d’éviter les vols et les autres actes déviants, au fur et à mesure de la séquence, se tissent des variations de scénarios de vols dans lesquelles les circonstances imaginées réduisent progressivement le caractère déviant de l’acte et, par conséquent, la responsabilité de l’auteur de l’acte. Or, ces variations ne peuvent pas être expliquées seulement par une stratégie d’allègement de la gravité de l’acte afin que l’interlocuteur soit plus porté à consentir qu’on ne puisse pas facilement éviter les actes déviants. En effet, tous les trois continuent à proposer des moutures de scénarios moins déviants même après que ce participant, Haris, répond qu’il prendrait l’argent retrouvé, qu’il agirait, donc, de façon plutôt déviante, ne fût-ce que sous certaines conditions. Ce qui émerge plutôt, c’est l’interrogation implicite de ces jeunes sur la nature et la définition d’un comportement déviant et son association à leur identité de mineurs. Autant ils remettent en question la facilité d’arrêter les comportements qui les ont amenés au CEF, autant ils ne paraissent pas prêts à s’identifier entièrement à des actes qui les projettent comme délinquants. Mais cette oscillation des jeunes entre positionnement déviant et positionnement intégrable sera mieux illustrée en étudiant la construction discursive de dimensions identitaires par des procédés linguistiques concrets, dans les exemples qui suivent.

Dans l’extrait 2, la séquence de challenge est initiée et entreprise seulement par l’un des deux participants qui, avant, dans l’interaction, avaient contesté la facilité de changer de mode de vie prétendue par le troisième participant, Haris. Dans cette séquence, ce dernier est mis à l’épreuve face à l’usage de drogue.

128. Alexis: ((s)) Si je t’apporte maintenant ici (xx) un joint, on va pas le fumer le joint? Hein? Si je t’apporte un joint on va pas le fumer? ((s)) Oui ou non? Dis!

129. Haris: Si?

130. Alexis: Si j’apporte maintenant un joint ici, le roulage on va pas le faire?

131. Haris: Là dedans?

132. Alexis: Deho:rs, allons (+++++) allons j’ai du shit sur moi, on va pas le fumer?

133. Haris: Tu vas le fumer ((sic, sans mise en relief))

134. Alexis: /+++ +++/ je vais le fumer je vais te dire prends une taffe, tu seras à côté, j’vais t’dire prends une taffe, tu vas pas la prendre?

135. Haris: Pourquoi tu crois toi tu vas pas la prendre?

136. Alexis: tu vas pas la prendre?

137. Haris: tu crois toi tu vas pas la pren- prendre? (.) ((toi)) qui as dit tu en finiras avec le shit, tu crois toi tu vas pas la prendre?

138. Alexis: Si je dis nOn je vais pas la prendre.

139. Haris: Moi je te dis que tu vas la prendre, re Alexis! ((il ne l’appelle pas par son prénom – Alexis - mais utilise son surnom))

140. Ch.: Le mieux c’est ce qu’on dit, être à côté de quelqu’un qui va pas vous en offri:r!

141. Haris: La taffe tu vas la prENdre la taffe. A coup sûr.

142. Alexis: ºJe vais pas la prendreº.

143. Haris: Tu vas la prendre Alexis ((encore le surnom)), c’est moi qui te le dis.

144. Alexis: ºJe vais pas la prendreº.

  • Format tying et positionnement identitaire

L’extrait est composé de divers scénarios hypothétiques très brefs dont la longueur n’excède pas l’étendue d’une question ainsi que d’énoncés de discours direct virtuel1. Il comporte également une série de tours de parole formant ce que Goodwin & Goodwin (1987) appellent « format tying », à savoir des « mouvements argumentatifs d’orientation rétrospective » (Goodwin & Goodwin 1987: 216, Goodwin 2006 : 449-461), qui reposent sur la répétition d’éléments précis que l’interlocuteur a utilisés dans le(les) tour(s) de parole précédent(s). Il s’agit de tours de parole densément liés où chaque réplique est une réponse à la précédente, surtout dans un cadre de désaccord. Le format tying consiste en une espèce d’hétéro-répétition ayant les caractéristiques suivantes : le locuteur lie, attache son tour de parole à celui de son interlocuteur, en utilisant une répétition lexicologique et/ou syntaxique d’une phrase brève qui constitue le point de négociation ou de désaccord (Goodwin & Goodwin 1987: 205-248). D’habitude, cette phrase est répétée par l’interlocuteur (on peut donc aussi parler d’autorépétition) et c’est ainsi que les tours de parole acquièrent une forme de « duel verbal » ou bien, selon les termes de Goodwin (2006: 449), chaque énoncé ressemble à un geste « de karaté », dans la mesure où le locuteur emploie les moyens lexicaux de son adversaire afin de le contredire. Vu les limites d’espace, nous allons nous centrer sur ce procédé et sur certains énoncés représentatifs du processus de positionnement identitaire de ces mineurs - l’analyse en détail de la cooccurrence de divers moyens linguistiques qui contribuent à façonner les représentations particulières dépassant les objectifs de cet article. Dans l’analyse de cet échange verbal composé de brèves répliques, j’emploie les prénoms des deux jeunes locuteurs plus systématiquement pour des raisons de clarté.

Au début de cette séquence (tour 128), le locuteur Alexis prononce le scénario hypothétique de mise à l’épreuve, ayant pour protagonistes les deux adolescents (lui-même et Haris) et invite son interlocuteur à y répondre. Il fait aussi une autorépétition intérieure (i.e. dans le même énoncé) des deux parties du scénario : si Alexis apporte du haschisch, ils ne vont pas en fumer, tous les deux ? L’autorépétition a avant tout une fonction d’insistance; le locuteur met en exergue le scénario de défi et souligne ainsi qu’il souhaite avoir une réponse – ce qu’il exige, par ailleurs, explicitement dans la partie finale du même tour de parole (« Oui ou non ? » « dis !/dis-le !»).

Jusqu’au tour 133, Haris ne répond pas à la question du défi amenant son interlocuteur à rendre son scénario encore plus dramatique (marques de proximité spatiale, « sur moi », discours direct virtuel qui transporte l’acte déviant au présent de l’énonciation, en rendant l’acte imminent, tour 132). Haris répond au tour 133 de la façon suivante : alors que son pair lui posait la question de challenge en employant le « nous » inclusif (« on va pas le fumer? », tours 128, 130, 132), lui, il ne répond pas à la même personne ou à la première personne, comme attendu, mais il réoriente la deixis personnelle et du coup l’agentivité de l’acte déviant vers son interlocuteur (« tu vas le fumer »). Ainsi, il procède à un premier positionnement plutôt non déviant par contraste avec son pair à qui est attribué l’acte déviant, dans cet énoncé. L’autre mineur, quant à lui, l’admet et réplique qu’il va fumer le joint, son objectif interactionnel étant d’aligner son interlocuteur à l’idée qu’ils ne peuvent pas éviter l’usage de drogue. Il enchaîne alors, en continuant le format tying, en adressant à son interlocuteur toujours la même question sur le même scénario hypothétique, avec rajout des marques de proximité spatiale («tu seras à côté », tour 134) qui le rapprochent encore plus du présent de l’interaction. À l’aide du même procédé, Haris inverse les rôles discursifs des deux participants et pose à nouveau la question du défi à Alexis («toi, tu ne vas pas le prendre? », tours 135, 137). Or, Alexis a déjà répondu affirmativement à la question du défi, en assumant l’acte déviant (tour 134). Par conséquent, ce renversement des rôles et de l’acte illocutoire de challenge, en faisant de ce dernier, dès lors, le protagoniste du scénario de l’épreuve, sert essentiellement à détourner l’agentivité délinquante de Haris. En réalité, dans cet échange, qui continue de pareille façon, l’un des deux interactants, Haris, profite du procédé discursif du format tying pour ne pas répondre à la question du défi posé par son interlocuteur. Cependant, ni le renversement du défi, ni la réponse « tu vas en fumer » (tour 133) n’excluent que ce mineur ne fera pas l’acte déviant : il ne nie pas expressément qu’il fera l’acte déviant potentiel, il détourne provisoirement l’attention vers son « adversaire » discursif. Quant à l’autre mineur, sous la pression interactionnelle de ce « duel verbal », au moment où son interlocuteur paraît l’emporter (tour 137), il change de point de vue et nie sa réponse précédente (tours 138, 142, 144). De ce fait, en prenant en compte le continuum entre identité déviante et identité intégrable (voir introduction), ce qui semble émerger dans cette séquence aussi, c’est que les jeunes se placent entre les deux pôles du continuum, sans se forger un positionnement spécifique et stable. On peut aussi observer le rôle constitutif de la contingence interactionnelle dans l’oscillation ostentatoire de l’un des deux mineurs qui prend deux positions opposées en envisageant l’usage de drogue. D’autre part, l’analyse plus détaillée du discours de l’autre interactant a montré des positionnements plutôt non déviants qu’intégrables, malgré une orientation apparente vers l’intégrabilité tout au long de l’événement de communication.

Dans ce tour de parole, par ailleurs cadencé de trois brefs silences sans hésitations, le jeune adolescent récapitule les grands enjeux du sujet de conversation représentant le défi principal que ces mineurs doivent affronter ainsi que l’interrogation qui traverse toute la problématique du parcours potentiel de leur vie : a) le défi d’arrêter les vols (tours 51-116) et b) celui d’éviter les mauvaises fréquentations (43-46, 116-125), deux enjeux qui sont explicitement et longuement discutés et négociés entre les jeunes avant ce tour de parole; c) l’enjeu de la drogue, évoqué plus implicitement jusque là, et qui fait l’objet d’une séquence de challenge immédiatement après ce tour de parole (tours 128-147).

126. Alexis : Le culot, tu sais ce que c’est?

En finir avec la dro:gue, (.) ça, c’est la con- la plus grosse connerie de notre vie,

en fini(r) avec les vols, [l'] autre plus grosse (sic) connerie de notre vie,

en finir avec les fréquentations les mauvaises (sic). Troisième connerie de la vie.

(..)

Avec ces trois-là, tu peux en finir? (..)

Avec ces trois-là, tu peux en finir, Haris?

Avec tous les trois?

126. Alexis: I magkia ksereis pia einai?

Na kopseis ta narkotika:, (.) afti einai i ma- i megalyteri malakia tis zoïs mas,

na kops(ei)s tis klopes, alli megalyteri malakia tis zoïs mas,

na kopseis tis parees tis kakes. Triti malakia tis zoïs.

(..)

Afta ta tria, mporeis na ta kopseis? (..)

Afta ta tria mporeis na ta kopseis, Hari?

Kai ta tria?*

* Afin que le lecteur puisse suivre les reprises et répétitions dans la langue originale aussi, pour la transcription de l’extrait en langue grecque, je n’utilise pas l’alphabet grec mais l’écriture latine.

  • Structure du tour – procédés poétiques

Figures d’insistance par accumulation :

Le tour est divisé en deux parties symétriques qui suivent une question rhétorique initiatrice (« le culot, tu sais c’que c’est? »), qui elle-même interpelle un positionnement aussi bien social (dimensions sociales de l’identité) que moral (dans le sens d’aspects de notre comportement susceptibles d’être jugés comme blâmables ou louables, Duranti 1994 : 165-166; Bamberg 1997 : 220, 221). Le « culot », par ailleurs, a des connotations positives surtout chez les adolescents (voir plus bas).

Le tour se construit sur un rythme ternaire avec répétition lexico-syntaxique et des anaphores. Le rythme ternaire consiste en trois éléments énoncés en série qui ont la même nature et/ou la même fonction dans la phrase; dans notre cas le parallélisme est lexico-syntaxique (même nature et même fonction). De plus, les deux parties du tour reprennent les mêmes mots en tête de chaque phrase (en finir avec ..., avec ces trois-là…).

En particulier, les trois notions-enjeux pour les mineurs sont emboîtées dans un cadre syntagmatique (Tannen 1989 : 56), cadre - matrice des notions sur lesquelles le locuteur cherche à faire le point. Elles retentissent, elles résonnent aussi par substitution (répétition sémantique) sur l’axe paradigmatique, dans l’anaphore de la deuxième partie de ce tour de parole densément poétique. Enfin, on peut distinguer un chiasme sémantique et syntaxique qui s’esquisse entre les premiers segments de la première partie du tour et la deuxième (en finir avec la drogue …. aves ces trois-là tu peux en finir?, figure ABBA), même s’il n’est pas très nettement formé.

En finir avec        la dro:gue, (.)               ça, c’est la con- la plus grosse connerie de notre vie,

en fini(r) avec     les vols,                        l'(sic) autre plus grosse connerie de notre vie,

en finir avec     les fréquentations les mauvaises (sic)      Troisième connerie de la vie.  (..)

Avec ces trois-là, tu peux en finir? (..)

Avec ces trois-là, tu peux en finir, Haris?

Avec tous les trois?

Une dernière remarque, pour laquelle on doit avoir recours à l’énoncé original, concerne les rimes dans le tour : na kops(ei)s tis klopès / na kopseis tis paréés tis kakès.

« Vols, klopès » rime avec « mauvaises, kakès ». C’est éventuellement pour cela que le locuteur inverse la syntaxe de « les mauvaises fréquentations » où, en grec comme en français, l’adjectif épithète devait être placé avant le substantif, d’autant qu’en grec aussi « les mauvaises fréquentations » forment plutôt une collocation (oi kakès paréés).

En dernier lieu, on doit noter la mise en relief et la thématisation des enjeux dans les trois parties du tour, y compris la question rhétorique : a) par une anacoluthe, une dislocation à gauche (Pekarek Doehler 2001) du terme « culot, magkia » qui fait partie du c.o.d du verbe « tu sais » et qui devait donc être placé après le verbe, dans la syntaxe courante de type SVO, en grec; b) par une construction elliptique, puisque les segments « en finir avec (la drogue, les vols…)» sont les attributs-réponses à la question « le culot, tu sais c’que c’est? », « Le culot, c’est en finir avec… »; c) par une deuxième anacoluthe, une dislocation à gauche du c.o.i. anteposé dans la dernière partie du tour de parole (« avec ces trois-là, tu peux en finir? »).

  • Fonctions interactionnelles du discours poétique et positionnement identitaire

Selon Pekarek Doehler (2001 : 187, 190), à part la mise en relief et le fait d’attribuer à un élément le statut de topic, la dislocation à gauche sert aussi à « coordonner l’orientation réciproque des interactants vers un segment thématique et/ou interactif nouveau, mais rattaché au précédent ». Effectivement, cette construction syntaxique en synergie avec le discours poétique et les autorépétitions du locuteur contribue à introduire un point de vue différent voire inverse de ce qu’est le « culot » pour ces mineurs.

Le « culot », cette attitude entre bravoure et bravade, l’audace dans les deux sens, à connotations positives et négatives, fait partie des représentations sociales voire des stéréotypes sociaux faits pour la jeunesse mais c’est aussi une attitude qui émerge souvent dans les narrations et le discours des jeunes eux-mêmes. En effet, malgré la diversité des attitudes des jeunes à l’égard des normes et des valeurs sociales dominantes (Androutsopoulos et Georgakopoulou 2003 : 3, 17-21), la recherche fait souvent apparaître des leitmotivs de contestation de l’autorité des adultes et des valeurs et normes établies, parfois de façon provocante ou déviante, concernant les pratiques des jeunes dans leur ensemble (Androutsopoulos et Georgakopoulou 2003 : 4, Archakis et Tzanne 2009 : 344-345). Dans le cas des mineurs que nous étudions, le « culot » a le plus souvent des connotations positives et il est associé à la témérité, à l’audace de prendre des risques et de résister aux contraintes sociales et institutionnelles dominantes, mais aussi la capacité à se débrouiller dans le monde de la rue. Néanmoins, ils attribuent à la notion des connotations négatives aussi, quand ils l’associent aux « mauvaises gueules » (moures), à savoir à des mineurs qui sont, à leurs yeux, vus comme « plus déviants », d’une mentalité déviante plus consistante, impliqués ou susceptibles d’être impliqués dans des délits plus sérieux en collaboration avec des bandes d’adultes délinquants. L’usage de la notion est alors souvent contesté, dans des commentaires métalinguistiques et métapragmatiques, témoignant d’un travail réflexif sur des représentations morales et identitaires qu’ils se forgent discursivement pour eux et pour le groupe des pairs (par ex. « ce ne sont pas des mangkes, ce sont des canailles», ou discours rapporté virtuel d’un pair qui affirme qu’il va récidiver, énoncé d’un ton « magkiko » et « je-m’en-foutiste » - extraits des données recueillies). Dans l’extrait analysé, le positionnement des mineurs à travers la notion évaluative de « culot » s’effectue par la mise en contraste des mineurs déviants du CEF avec le monde intégré. Le locuteur met en jeu les connotations positives de la notion mais en les attribuant à la conduite opposée à la leur. Les procédés poétiques employés construisent l’environnement évaluatif et mettent en relief ce « travail identitaire ».

Les rimes ainsi que les types de reprises (anaphores, autorépétitions, parallélisme syntaxique), ces usages poétiques du langage, servent à attirer l’attention sur eux-mêmes et mettent en avant-plan les énoncés ainsi formés (Matoesian et Coldren 2001 : 403-404). Avec le tempo rythmé qui en résulte, ils instaurent un cadre de discours moins ordinaire, évoquant plus le discours des rituels (Tannen 1989 : 47) et « confèrent aux mots du locuteur une aura d’autorité persuasive et d’intensité émotionnelle » (Matoesian et Coldren 2001: 408); ainsi, ils impliquent les participants et renforcent le caractère évaluatif des paroles (Tannen 1989 : 67-68, 85).

En outre, les procédés poétiques de l’oralité basés sur les reprises partagent des fonctions interactionnelles avec l’autorépétition, puisqu’ils constituent un type très élaboré de celle-ci. L’autorépétition, elle aussi, a comme fonction fondamentale la mise en relief des paroles, et ainsi, un effet de renforcement de leur importance auprès des interlocuteurs (Perrin et al. 2003: 1848; Kakridi 1998: 108, 138). En effet, selon Sperber et Wilson (1986) (comme cités par Knox 1994 : 197-8), l’autorépétition est liée à la pertinence (relevance) dans le discours, en ce sens qu’à force d’être répété, l’énoncé acquiert une pertinence maximale. Ou bien, selon les propos de Vincent (2005 :171), la reprise lexico-sémantique a pour effet « d'augmenter l'espace discursif accordé à un point de vue pour s'imprégner dans l'imaginaire des auditeurs ». Ces mécanismes discursifs incitent les interlocuteurs à mieux écouter (implication interactionnelle, Tannen 1989 : 175-178) et à interpréter l’énoncé différemment par rapport aux énoncés précédents, à y chercher davantage de significations et d’interprétations (Knox 2005 : 197-198).

Grâce au discours poétique, rythmé, à travers ces configurations (patterns) répétées de son, syntaxe, sens, le jeune locuteur met en évidence l’importance de son point de vue, pour lui tout comme pour les autres jeunes : le culot, c’est prendre le tournant, c’est résister non plus aux valeurs et aux normes communes de la société, mais aux « bévues » déviant de la norme. Ainsi, dans ce tour de parole qui constitue un point culminant de l’interaction et qui condense les enjeux auxquels les jeunes sont confrontés, l’adolescent « se positionne vis-à-vis des actes envisagés, vis-à-vis de ce genre de vie, et, en même temps, vis-à-vis de la situation de communication concrète » (O’Connor 1995 : 435). Dans le même tour de parole, le locuteur projette les mineurs en tant qu’auteurs actuels de conduites déviantes et en même temps, par le biais des questions et des réponses du tour de parole, il construit discursivement deux versions morales des mineurs pour l’avenir : une version de jeune intégré évaluée positivement (c’est lui qui a du « culot »), une autre de jeune qui continuera d’être déviant, évalué négativement (celui-ci n’a pas le culot d’arrêter). Ce qui semble émerger dans ce tour de parole, si l’on pense au continuum entre identité déviante et identité intégrable (voir introduction), ce serait encore comme dans les autres exemples présentés, une oscillation entre les deux pôles de l’axe, néanmoins avec une tendance vers le côté intégrable : le locuteur récapitule et condense le scepticisme qu’il émet tout au long de l’évènement de communication par rapport à la difficulté de ne pas récidiver, en réaction aux propos de son interlocuteur Harris. Or, en même temps, moyennant le discours évaluatif, il paraît adhérer à un modèle de vie différent, moyennant le discours anticipatoire du futur (inclus dans les modalités déontique et conditionnelle de l’action considérée « en finir avec »), il se donne la perspective d’intégration. D’autre part, il assume des aspects d’identité déviants (la prise de conscience de ceux-ci contribuerait à un changement d’optique). Cependant, la formulation verbale « connerie » employée pour désigner les actes déviants de vol et de drogue, dans ce contexte, plus qu’à émousser la gravité des actes, servirait à la mise à distance par rapport à une représentation entièrement déviante.

Le locuteur est-il écouté par ses interlocuteurs? Cette stratégie implicite d’implication des participants et de quête d’alignement éventuel avec l’attitude avancée a-t-elle l’impact interactionnel recherché? Bien que les deux autres jeunes ne réagissent pas à ce tour de parole et qu’ils ne s’alignent pas avec le positionnement construit par Alexis, du moins expressément, la pesanteur des propos de l’adolescent est bien prise en compte par les interactants : c’est justement la non-réaction des adolescents pendant ce tour de parole d’Alexis, et surtout pendant les pauses silencieuses de celui-ci, qui l’indique. Le tour est scandé par trois pauses silencieuses sans hésitation ou autre marque du discours qui montrerait que le locuteur cherche à formuler sa pensée. La pause silencieuse sans hésitation, de durée sensible aux interactants, est un moyen rhétorique qui « met en relief le discours qui va suivre et permet d’homogénéiser ce qui a précédé » (Morel & Danon-Boileau 1998 : 13); ce procédé d’art verbal apporte aux mots du locuteur « une aura d’autorité persuasive et d’intensité émotionnelle » (cf. ci-dessus, Matoesian et Coldren 2001: 408)2. Ces pauses ne sont ni interrompues ni chevauchées par les autres interlocuteurs (comme le sont fréquemment d’autres pauses dans leurs interactions), ce qui magnifie l’effet silencieux et témoigne de la participation tacite des interactants à la problématique sur les enjeux de leur vie formulée par leur pair.

En dernier lieu, lors de ce travail de positionnement identitaire, ces configurations poétiques symétriques avec le son rythmique ne serviraient-elles pas implicitement à restituer de façon iconique (Peirce 1994) et prosodique un sens d’harmonie pendant la réflexion sur les enjeux créant la dysharmonie dans les vies de ces jeunes? (Haviland 1996 : 178-179, 190, pour la représentation iconique d’ordre et d’harmonie dans le discours de règlement des disputes, à travers des procédés poétiques).

Dans l’évènement de communication analysé, le sujet de conversation qui émerge, portant essentiellement sur le mode de vie des mineurs après leur mise en liberté, entame chez les jeunes délinquants détenus dans le milieu institutionnel des centres éducatifs fermés un travail de positionnements identitaires. Ce processus prend deux directions, une en amont envisageant leurs actions déviantes et une en aval vers leur mode de vie potentiel dans l’avenir. Les positionnements qui se construisent témoignent du scepticisme et du questionnement de ces jeunes vis-à-vis de leur avenir mais aussi de la déviance et des dimensions déviantes d’identité. Ils ne sont pas prêts à assumer une identité déviante même quand ils reconnaissent des actes déviants qu’ils ont commis. Ils voient une grande difficulté pour s’intégrer même quand ils se donnent à travers leur discours des perspectives d’intégration. En somme, ils oscillent entre positionnements déviants et intégrables. Leurs positionnements se construisent au moyen de procédés linguistiques et discursifs variés et ingénieux. Parmi ceux-ci, un tour de parole par excellence poétique condense les deux voies de questionnement et de cette attitude vacillante, en amont et en aval du continuum entre déviance et intégrabilité.

« La créativité des locuteurs, les qualités esthétiques de certaines des énonciations verbales…, le pouvoir des formes langagières » (Masquelier et Trimaille 2012 : 12) peuvent s’avérer une voie d’analyse très fructueuse pour le travail dynamique de construction de représentations identitaires. En outre, ces mêmes compétences langagières deviennent une marque sémiotique d’identité des mineurs délinquants, développée dans la dynamique des interactions, et rompent avec le stéréotype de déficit linguistique qu’on leur attribue souvent. Car si les études sociolinguistiques essaient, depuis quelques décennies, d’enrayer certaines de ces idées établies, on ne devrait pas perdre de vue que celles-ci demeurent influentes dans la société (Jørgensen 2010 : 120). Les travaux ethnographiques et linguistiques de terrain constituent une méthode privilégiée afin de mettre en évidence la voix propre des groupes peu écoutés dans le contexte naturel de sa production.


Annexe : conventions de transcription

(.) Pause d’une seconde ou moins. Plus de points indiquent une pause plus longue

[  ] : début et fin de chevauchement de paroles

Maintenant : segment accentué

prENdre : majuscules marquant un fort volume de la voix

, intonation montante/ descendante

ºJe vaisº : mot ou phrase prononcés à voix basse

:::  = allongement vocalique

f(ou)rrer : les parenthèses dans un mot indiquent que le segment n’a pas été bien articulé

(avoir) : essai de transcription d'un segment difficile à identifier

(+++) : segment inaudible

(xx) : segment inaudible car mal articulé

((s)) ((s)) : segment rapidement prononcé

l- : troncation et continuation du tour de parole

ø : phrase inachevée

((surnom)) : remarques sur la transcription


Liste des références bibliographiques

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Notes de bas de page


1 Type de discours rapporté où l’on attribue un discours direct à un locuteur virtuel (Norén 2004 : 99). A la différence de Norén (2004 : 99-101), j’inclus le discours direct du futur et le discours direct hypothétique dans le terme virtuel.
2 Il est intéressant de mentionner les fonctions de ces pauses silencieuses relevées dans l’ouvrage de Martens (1986 : 55), comme cité par Candea (2000 : 392) : « Les silences sont particulièrement à leur place avant un début solennel, avant un récit important, avant une précision délicate, et de même après l’expression d’une grande pensée, après l’évocation d’une vision, après une déclaration de nature à étonner, à faire réfléchir. » Nous pourrions reconnaître certaines de ces fonctions dans l’exemple étudié.



Pour citer cet article


MOULINOU Iphigénie. « Le culot, tu sais ce que c’est ? » … : poétique du discours, dynamique des représentations, en milieu de réinsertion sociale. Signes, Discours et Sociétés [en ligne], 13. Sens et identités en construction : dynamiques des représentations : 2ème volet, 30 juin 2014. Disponible sur Internet : http://www.revue-signes.info/document.php?id=3400. ISSN 1308-8378.




GSU   Ovidius   Turku   Nantes   Agence universitaire de la Francophonie
Revue électronique internationale publiée par quatre universités partenaires : Galatasaray (Istanbul, Turquie), Ovidius (Constanta, Roumanie), Turku (Finlande) et Nantes (France) avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
ISSN 1308-8378