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13. Sens et identités en construction : dynamiques des représentations : 2ème volet

Article
Publié : 30 juin 2014

Éléments discursifs et résonance subjective


M. Augustin GIVORD-BARTOLI, Psychologue, Psychanalyste, Membre Adhérent de la Société de Psychanalyse Freudienne, a.givordbartoli@gmail.com

Résumé

Nous nous efforçons, au sein d’environnements multiples, de nous représenter formellement, de faire sens dans l’existence grâce à la forme adoptée. Le sens – pourtant présent – ne se livre pas d’office et entretient le flou identitaire, c’est pourquoi nous élaborons individuellement et collectivement des modes d’être au monde. Étant donné que celui qui parle se produit en tant que sujet, le concept d’identité se consolide à partir du sens trouvé dans les réalisations linguistiques. À nous de poser les bases des mécanismes opérationnels à l’origine d’un mouvement actualisé plus tard, perpétuellement ; considérant le sujet toujours à la croisée des chemins, des rencontres de Soi et de l’autre, car le sujet dont nous parlons n’est pas total, il n’existe pas sans autre.

À partir du lieu du lien entre l’étranger et l’intime va prendre forme toute une organisation, un système complexe de cheminements internes, un réseau de communications. Ensemble les interactants travaillent à l’édification d’un refuge, un havre de paix. Il s’agit de maintenir l’angoisse à distance. Ainsi tout pacte social se fonde sur un ajustement des langues, des correspondances, des désirs. Les échanges entre sujets en fonction du groupe dans lequel ils évoluent pérennisent le réseau de sens commun indispensable à chacun. Et les opportunités de représentation se font jour par le biais du discours, dans la mesure où celui-ci détermine, assujettit même… le sujet.

Abstract

We try, from multiple environments, to formally represent ourselves, to make sense in the existence through the form adopted. Meaning – although present – does not give itself up automatically and maintains identity blur. This is why we devise individually and collectively ways to be to the world. Insofar as the speaker produces her/himself as a subject, identity concept strengthens itself from the meaning found in linguistic realisations. Upon us to lay the foundation of the operational mechanisms which trigger a motion actualized later, perpetually; the subject remaining at the crossroad of Self and other’s encounters, because the subject we are talking about is not total, it does not exist without another.

At the intersection of the unfamiliar and intimacy, an organisation will take shape, a complex system of internal courses, a network of communications. The interactors build together a refuge, a haven of peace.  To keep anguish at a distance is the matter. Thus, any social pact is based on adjustment of languages, correspondences, and desires. Depending on the groups in which they evolve, exchanges among subjects ensure the continued existence of common sense network essential to each.  Then representation opportunities emerge from discourse, as far as it determines, even subdues… the subject.


Table des matières

Texte intégral

Nos représentations culturelles sont à l’image de notre fonctionnement interne prises dans une dynamique environnementale. De fait notre identité dévoile sa forme singulière au contact d’autres formes identitaires. Les échanges contextuels sont donc autant de situations mettant en scène le sujet créateur d’une culture sienne, rien qu’à lui, et un ou plusieurs autres représentants d’autre(s) culture(s). La rencontre devient possible si un terrain d’entente est trouvé par les partis en présence. Apparaît alors une construction commune, et le sujet de se trouver reconnaissable sous un nouvel angle, à l’intérieur d’une nouvelle organisation. Tel nouvel apport venant souligner les contours d’un déjà là de la forme identitaire.

En s’intéressant à l’établissement de la structure discursive on s’aperçoit que le sens motivé conceptuellement, du côté du pur sujet -de l’authentique-, se développe contextuellement, sur la ligne du rapport entre Soi et l’autre, dans la rencontre. A regarder l’influence du contexte socioculturel on finit par revenir à la dynamique intra-personnelle. Sans doute identifier nos constructions discursives passe-t-il par l’étude du lien entre patchwork identitaire et oeuvre collective.

Situons la zone interactive groupale : espace commun, rassemblement culturel. Il y a pour les membres du groupe une raison  d’être ensemble, un complexe de raison, une folie solidaire. Soit il s’agit d’un état subi, dans le cadre familial par exemple, soit il s’agit d’un choix, d’une orientation. Toujours est-il que la ligne directrice du groupe s’impose en tant que référence : on prend nos repères en fonction de cette référence, on s’accorde comme on peut à partir d’une note commune. Si le sujet éprouve parfois le besoin de sortir de la masse, il va également y puiser une source de vérité. On observe en effet dans les phénomènes de masse une tendance à aplanir les doutes, à imposer un point de vue : les idées centrales font office de lois. Et ces éléments de pensée figurent dans l’espace interactif sous la forme de formules à valeur absolue : « la masse est soumise à la puissance véritablement magique de mots qui peuvent provoquer dans l’âme de la masse les plus formidables tempêtes et aussi les apaiser » (Freud 1921 : 17). Ecritures runiques à la base d’une histoire commune. Le groupe possède un fonctionnement de pensée associatif, les clauses fondatrices imaginaires (ou images mythiques) communes renvoyant les unes aux autres. L’énergie psychique possède le don de se déplacer par le biais de la pensée associative, ce qui permet justement de suivre une chaîne, d’y trouver une logique de fonctionnement. Logiquement quand certains termes, certaines constructions langagières sont élevés au rang de totems, d’autres deviennent tabous : « Il suffit ici de se souvenir des tabous des noms chez les primitifs, des forces magiques qui se rattachent pour eux aux noms et aux mots » (Freud 1921 : 18).

Quand le sentiment de Soi (préalable à l’estime) est fragile ou vacillant, le sujet trouve refuge au sein d’une société choisie, celle qui va l’aider à se ressembler à lui-même. Peu confiant en sa puissance propre, il va alors réagir avec hostilité face à toute affirmation de présence extérieure (Freud 1921 : 40):

Dans les aversions et répulsions qui, de manière non dissimulée, se font jour à l’égard des étrangers qui sont à proximité, nous pouvons reconnaître l’expression d’un amour de soi, d’un narcissisme qui aspire à son auto-affirmation, et se comporte comme si la présence d’un écart par rapport aux modalités de sa conformation individuelle entraînait une critique de ces dernières et une invitation à les reconfigurer.

La norme est définie (le normal et le pathologique y sont différenciés) par les membres du groupe, mais pour tout le monde, la revendication étant de faire reconnaître à tous la validité du système commun, quitte à l’imposer. Aussi les débordements en tout genre ne sont pas considérés comme néfastes tant qu’ils se produisent au nom de l’intérêt commun. Les inhibitions levées par la certitude d’agir pour une juste cause le sujet est enclin à des avis, des comportements nettement plus tranchés. L’organisation de la communication caractérisant les modalités du lien social, ses positionnements se retrouvent dans sa manière d’appréhender le discours : de fait le sujet évolue au sein d’une structure -discursive- dans laquelle il est pris.

Pour que l’organisation fonctionne les individus membres s’engagent dans la même direction, convoitant un objet -psychique- commun, objet pris comme idéal. Autour de ce point nodal gravitent les sujets, liés ensemble, identifiés les uns aux autres par leur amour de la quête idéale, portés par elle.

À l’adolescence, la transformation individuelle est également un évènement langagier : les mouvements internes sont inséparables et corrélatifs des évolutions langagières. Le jeune apprend à parler sa langue autrement. Il découvre une langue autre, apparue au lieu de l’intime, à faire sienne. Il s’agit là d’un exercice imposé caractérisant le sujet en devenir. C’est pourquoi le travail de l’adolescence (à entendre en qualité de processus, tel le travail de deuil) consiste à assimiler cette langue étrangère, se l’approprier puis s’y affirmer. La langue première -ou primaire- introduisant l’enfant au monde doit supporter une remise en question, ouvrant une ère signifiante nouvelle pour celui qui arrive justement à un nouveau stade de son développement physiologique et psycho-affectif. De nouveaux signifiants, ou plutôt un nouveau rapport au signifiant rendant inscriptible l’énigme du vivant. Pour ce faire il faut se décaler, se dédouaner de la langue maternelle (Gassmann 2008 : 98, 99) :

Marie Darrieussecq nous a donné à entendre la formule suivante : « Ecrire est une affirmation par rapport à la langue maternelle, c’est dire : “Je ne parle plus ta langue maternelle.” La langue que tu m’as transmise, j’en ai fait autre chose, j’ai osé y toucher et la transformer, j’ai osé en faire une langue d’écrivain. » […] Cette chose à laquelle elle touche […] elle en fait quelque chose qui, par le fait de la transformation qu’elle opère, va pouvoir s’écrire. (Ou cesser de ne pas s’écrire … !).

À la suite de quoi si l’opération fonctionne l’histoire continue de s’écrire, puisque l’adolescence marque un temps de rupture nécessaire à la continuité du sentiment d’exister. Le sujet entre alors en possession d’outils adaptés à son évolution personnelle ; autrement dit il reconstruit du sens lors d’interactions verbales perçues sous un angle insolite. En voie d’accès à la différenciation créatrice d’humanité le sujet se dépossède, s’in-détermine, puis finalement assume sa mue.

Comprenons l’idée de l’expression orale, de la conversation en l’occurrence, comme la partie émergée de la construction discursive, la part manifeste du discours. Effectivement la partie la plus importante de la langue subjective (la part dite « latente ») se situe sur une autre scène, reconnue sous le nom d’inconscient. Les processus psychiques opérant au niveau conscient sont originairement inconscients. On accède donc à notre noyau intime grâce au langage ; d’ailleurs ce point nodal est langage : Jacques Lacan considère l’inconscient « structuré comme un langage ». Les aléas de notre état d’être de langage empruntent la voie de la parole pour apparaître. Or notre parole singulière nous trouble, puisqu’à travers elle notre discours se donne des airs, il fait surgir un dire recelant un autre dire, car ce que veut dire le discours se situe derrière le discours apparent ; le sens véritable échappe à la révélation en se déplaçant perpétuellement : « La parole s’institue comme telle dans la structure du monde sémantique qui est celui du langage. La parole n’a jamais un seul sens, le mot un seul emploi. Toute parole a toujours un au-delà, soutient plusieurs fonctions, enveloppe plusieurs sens » (Lacan 1954 : 369). Et si on ne perçoit pas la totalité des éléments exclus de la conscience, soit refoulés (qui peuvent faire retour au niveau Symbolique) soit forclos (définitivement exclus du Symbolique) de prime abord, on peut en observer les contours dans l’agencement du discours : les processus à l’œuvre sur la scène psychique laissent des traces dans le discours.

Tout échange verbal a lieu sur plusieurs plans, active plusieurs registres de la réalité humaine nommés par Lacan : Symbolique (renvoyant au langage et à sa fonction organisatrice des échanges), Imaginaire (relatif à la constitution de l’image du corps propre, et de celle du semblable), Réel (définissable uniquement par rapport aux deux autres registres, désignant ce qu’il est impossible de symboliser dans la parole ou l’écriture). Le symbole est un élément constitutif de cette réalité humaine : il permet de sortir d’un rapport avec la chose purement réelle, et en même temps, grâce au pouvoir de désignation, la maintient en son état de chose. On a donc affaire à un emboîtement de représentations, autant de traces mnésiques signifiantes : les représentants des mots, des choses, gravitent à différents niveaux du discours, révèlent l’inscription de signes à différents niveaux du système psychique. Ils sont parfois exprimés, parfois tus, on les entend plus ou moins facilement. Le parlêtre, être vivant régi par le langage, abrite en son for intérieur des formes errantes, vides de sens, pures manifestations matérielles. De fait les éléments constituants la silhouette désirante du sujet ne se reconnaissent pas de prime abord (Lacan 1954 : 373, 374) :

Le matériel signifiant, qu’il soit phonématique, hiéroglyphique, etc., est constitué de formes qui sont déchues de leur sens propre et reprises dans une organisation nouvelle à travers laquelle un sens autre trouve à s’exprimer. […] Le désir inconscient, […] impossible à exprimer, trouve moyen de s’exprimer tout de même par l’alphabet.

La représentation signifiante se présente et s’absente au fil du discours, nous n’y avons pas accès à volonté : elle passe de l’état manifeste à l’état latent en fonction des trames sous-jacentes. La représentation ne disparaît pas totalement lorsqu’elle se voile, elle reste un élément de notre vie psychique, un élément efficient bien qu’inconscient.

Donc l’énergie -psychique- en circulation, soumise à des fluctuations, des modifications importantes, et exprimée via la parole, rend compte de ce qui se passe à l’intérieur. Les évolutions observables de cette énergie dite pulsionnelle nous exposent l’agitation complexe, les éléments conflictuels au travail chez le sujet.

Si la pensée inconsciente fait régulièrement irruption dans le domaine conscient, l’opération de dévoilement se complique des résistances subjectives : celui-ci se défend contre le sens contenu dans l’élément inconscient : « la pensée inconsciente est exclue de la conscience par des forces vivantes qui s’opposent elles-mêmes à son acceptation alors qu’elles ne font pas d’objection pour les autres pensées » (Freud 1915 : 181). La scène cachée, celle du « théâtre privé », se fixe hors d’atteinte car elle relève de l’inacceptable. Le sujet parlant compose avec le poids de son champ lexical, sa charge émotionnelle, signifiante, représentative. En sa langue propre il existe ainsi des zones interdites, de quoi craindre son ombre. Il s’agit de lieux au cœur même de sa conception identitaire. A l’endroit où il risque une remise en question fondamentale ; coordonnées intimes, point d’interrogation des formules et de l’informulable.

Parallèlement, au cœur des interactions verbales, l’essence linguistique se déchiffre en creux. Le matériel mis en commun sert à traiter les difficultés, à s’accommoder  des perturbations dues à la vie langagière. C’est pourquoi en situation de contact de langue l’essentiel de la relation vise à exprimer, suffisamment (de suffisamment bonne manière), ce qui loge entre les lignes. Notre condition d’être de langage tient à notre rapport à un inter-dit, qui n’est que l’intra-dit d’un entre-deux sujets (in Jacques Lacan, Subversion du sujet et dialectique du désir, 1966).

Disons que l’organisation du champ sémantique dépend du lien au monde des signifiants, en tant qu’il préexiste à l’avènement du sujet. On parle ici des conditions de la temporalité subjective : naissance d’une figure historique à partir d’un concept préhistorique. Effectivement, l’ineffable de la chose problématique doit, afin de pouvoir être établi en tant qu’équation, être exprimé : « La nature fournit, pour dire le mot, des signifiants, et ces signifiants organisent de façon inaugurale les rapports humains, en donnent les structures, et les modèlent » (Lacan 1964 : 23). Puis le réseau constitué va évoluer à l’épreuve du contact avec le monde et ses constituants humains, un modèle en appelant un autre. On passe alors du domaine comptable de la réalité potentielle à l’aire définie de la réalisation. Et le sujet de s’engager comptant dans la dynamique des représentations (Lacan 1964 : 24) :

Rappelons l’achoppement naïf où le mesureur de niveau mental s’esbaudit de saisir le petit homme qui énonce “J’ai trois frères, Paul, Ernest et moi”. Mais c’est tout naturel : d’abord sont comptés les trois frères, Paul, Ernest et moi, et puis il y a moi au niveau où on avance que j’ai à réfléchir le premier moi, c’est-à-dire moi qui compte.

Le héros du conte doit d’abord faire nombre dans la société des mots. Ceci nous ramène au passage de la réalité linguistique à la réalisation discursive. Le sujet en devenir fait corps avec les signifiants, il s’introduit lui-même dans cette zone d’évolution antérieure à lui, il y prend forme. On observe ici la transition dans le champ sémantique entre la couche d’impression (support matériel et membrane vivante) de l’outil langagier et la surface d’inscription (scène des représentations subjectives) du sens.

Les contextes de contact de langues et cultures tour à tour renforcent la charge inhibitrice de la langue ou bien en favorisent la levée. En situation de tension émotionnelle intense par exemple le sujet montrera sa difficulté dans sa façon de s’exprimer ; la parole de l’être angoissé l’encombre, ses mots trébuchent. Un locuteur détendu expose a contrario un discours fluide. Plus loin même le succès d’une réalisation linguistique témoigne d’une pensée libérée, affranchie pour un temps des contraintes pesantes liant système inconscient et langage : rencontre idéale avec la « soutenante liberté de l’être ». Dans le cadre d’une interaction verbale, cette rencontre avec soi-même s’appuie notamment sur l’effet produit par les mots de l’autre.

Ainsi du mot d’esprit : le travail psychique amenant à la formation du mot d’esprit chez un interlocuteur profite et à lui-même et à l’autre interlocuteur. Schématiquement une certaine quantité d’énergie psychique est investie dans une construction langagière destinée à être partagée, permettant l’obtention d’un gain (un retour sur investissement) en cas de vibration commune, à l’unisson, de l’orateur et de l’auditoire. Il en résulte la constitution d’une âme collective (en se référant particulièrement à l’âme d’un instrument de musique). Notons que si une base culturelle commune, un sens commun apparaît nécessaire à l’élaboration de l’échange autour du bon mot, sous peine d’absence de résonance, c’est pour mieux aborder les indélicatesses de l’intime, à savoir les représentations faisant défaut à l’édifice identitaire. Porter le mot d’esprit à la connaissance de l’autre est donc un évènement forcé (Freud 1905 : 283) :

Si nous sommes forcés de communiquer notre mot d’esprit à autrui, c’est parce que nous ne sommes pas en mesure d’en rire nous-mêmes […], les conditions permettant la décharge sont absentes et […] celles qui permettent le gain de plaisir ne sont remplies […] que de façon encore incomplète. Aussi […] nous complétons notre plaisir en réussissant une chose impossible pour nous, à savoir rire, et ce, par le détour de l’impression ressentie par la personne que nous avons fait rire. C’est ainsi que nous rions en quelque sorte “par ricochet”.

A ce prix-là on ajourne les débordements anxieux -autant d’attaques internes-, telle étrangeté nous renvoyant à l’ailleurs de nous. Etrangers à nous-mêmes nous tentons de rejeter à l’extérieur le mauvais, situation instable a minima. L’angoisse protège certes de la terreur mais ne dissout pas tout risque de s’emmêler la langue à la voir disparaître. De fait les lois désignant bons et mauvais objets sont inflexibles, néanmoins troubles. Ne pas être « jeté avec l’eau du bain », le trou dans la langue nous précipitant dans le vide, voilà un élément moteur pour chercher des alliances circonstancielles à durée indéterminée ; travailler ensemble à éviter les dommageables erreurs de direction, les méformes linguistiques.

Le sujet, porteur d’un manque à être fondamental autrement appelé incomplétude, obtient sa part de réassurance grâce à sa présence parmi des sociétés -plus ou moins- globalisantes. Il profite des réunions multiples dont il fait partie pour se sentir moins seul ; le sentiment d’appartenance renforce le sentiment d’exister. Par le biais des liaisons identificatoires variées qui jalonnent son parcours l’individu humain, partie de plusieurs ensembles, trouve à se situer. Il façonne son idéal d’après les modèles rencontrés au gré des espaces, des emboîtements. Il s’appuie sur le mélange d’éléments hétérogènes accompli au cours de l’œuvre de vie. Gare aux répétitions compulsives mettant à mal la dynamique singulière comme la culture collective : la construction permanente de notre identité nous oblige à maintenir l’insensé à distance, à ne pas tomber dans une pensée qui ne se supporte pas elle-même. Il s’agit, à défaut de la décoder totalement, de saisir les enjeux énigmatiques de notre langue.

Le sujet en contact de langues et cultures, in fine dès qu’il y a interaction, tente de se faire l’artisan d’un ensemble de représentations satisfaisantes. Lors de cette activité laborieuse -néanmoins artistique- il se donne à entendre à l’autre. Ce faisant le locuteur créateur s’enracine lui par l’autre dans sa réalité linguistique et fantasmatique (ou délirante selon structure psychique). On va d’ailleurs chercher en l’autre ce quelque chose qui est plus que l’autre.

Le sujet est maudit en sa langue, et tente d’en jouer avec un autre. Par conséquent le choix des interactants en faveur de telle ou telle réalisation linguistique est celui permettant au sujet de renforcer, d’affirmer son mode d’organisation personnel ; emboîtement représentatif, récupération énergétique, bénéfice partagé. Aussi l’investissement de tel ou tel signifiant dépend de sa place sur le tissu commun. Autant de mots-clés procurant aux sujets partenaires de quoi jouer avec leurs représentations. De quoi enfin laisser en ordre de marche ce Je de rôle qui ne cesse de dis-courir.



Liste des références bibliographiques

Freud, S. (1905/2009) : Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient, traduit de l’allemand par Denis Messier, Paris, Gallimard, collection folio essais.

Freud, S. (1915/2001) : Métapsychologie, traduction de l’allemand, revue et corrigée, par Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis, Paris, Gallimard, collection folio essais.

Freud, S. (1921/2010) : Psychologie des masses et analyse du moi, traduit de l’allemand par Janine Altounian, André Bourguignon, Pierre Cotet et Alain Rauzy, Paris, PUF, collection Quadrige Grands textes.

Gassmann, X. (2008) : « Sortir de la langue maternelle », in H. De Caevel et C. Balasc-Variéras (éds.), Pourquoi les adolescents nous poussent-ils à inventer ?, Ramonville Sainte-Agne, érès, 97-106.

Lacan, J. (1954/1998) : Le Séminaire livre I : Les écrits techniques de Freud, texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Editions du Seuil, collection Points Essais.

Lacan, J. (1964/1992) : Le Séminaire livre XI : Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Editions du Seuil, collection Champ Freudien.



Pour citer cet article


GIVORD-BARTOLI Augustin. Éléments discursifs et résonance subjective. Signes, Discours et Sociétés [en ligne], 13. Sens et identités en construction : dynamiques des représentations : 2ème volet, 30 juin 2014. Disponible sur Internet : http://www.revue-signes.info/document.php?id=3425. ISSN 1308-8378.




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Revue électronique internationale publiée par quatre universités partenaires : Galatasaray (Istanbul, Turquie), Ovidius (Constanta, Roumanie), Turku (Finlande) et Nantes (France) avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
ISSN 1308-8378