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1. Interculturalité et intercommunication

Article
Publié : 13 juin 2008

Remarques sur les pratiques discursives du quotidien Le Monde


Greta Komur, Maître de Conférences, Université de Haute-Alsace, Mulhouse, France, greta.komur@orange.fr

Résumé

Nous nous intéressons dans cette étude au langage que véhicule le quotidien Le Monde et à la façon dont le dire de tel ou tel locuteur est présenté par l’auteur de l’article. Les formes du discours rapporté constituent ainsi l’objet central de notre étude. Nous étudions la façon dont le journaliste se sert des caractéristiques formelles et énonciatives pour se protéger par rapport à l’exactitude du propos rapporté ou pour se distancier par rapport à ce dernier et nous démontrons les mécanismes syntaxiques permettant au journaliste d’orienter l’interprétation du lecteur tout en se montrant d’une impartialité irréprochable.

Abstract

In this article, we wanted to study the language conveyed by the French newspaper Le Monde. We would like to show that journalists use a specific language with its forms whose choice is never unmotivated. We will focus on how the point of view of different speakers’ is presented by the author of the article. As a consequence, reported speech forms are the main object of our essay and we will prove how the journalist uses formal and enunciative characteristics in order to protect himself – or to distance himself – from reported speech’s punctuality.


Table des matières

Texte intégral

Dans cet article, nous étudierons certaines techniques particulières que le journaliste du quotidien Le Monde mobilise pour représenter le discours autre à son lecteur.

Parmi ces techniques, on peut distinguer d’un côté celles où le journaliste donne le SENS réel ou tel qu’il croit avoir compris du message de l’énonciateur d’origine, de l’autre côté celles où il représente les MOTS du discours d’origine, dans leur matérialité signifiante. Dans le premier cas le journaliste s’approprie le message d’origine et le paraphrase en faisant usage de ses propres mots et en s’efforçant d’adapter ses moyens d’expression afin de mobiliser les savoirs linguistiques et extralinguistiques du lecteur. Il devient ainsi responsable du discours produit. On a affaire en l’occurrence au rapport du discours sous forme indirecte ou au discours indirect (DI). Dans le second cas le journaliste représente non pas le sens mais le discours dans sa chaîne signifiante, sans forcément l’interpréter1, ce qui lui permet de s’en distinguer et ne pas être tenu responsable du propos rapporté. Il s’agit là du discours direct (DD).

Du fait que le travail du journaliste est à priori celui d’informer le lecteur, donc de lui communiquer le message doué de sens, nous partons de l’hypothèse que le genre journalistique est propice à l’indirectivité. Pour vérifier notre hypothèse nous analyserons la fréquence d’emploi du discours direct et du discours indirect dans les pages du journal. Une fois l’hypothèse vérifiée, nous observerons les variations de ces formes et les fonctions qu’elles peuvent véhiculer dans le texte journalistique.

Par ailleurs, les questions que nous nous posons dans cet article est de savoir quel type de formes est privilégié dans le journal Le Monde et quelles sont les raisons qui motivent le journaliste à utiliser tel ou tel autre type du discours.

Avant de présenter le discours direct, le discours indirect ainsi que les formes mixtes dans le quotidien choisi pour cette étude Le Monde, nous avons jugé nécessaire de passer en revue des caractéristiques qui nous ont permis de sélectionner ces formes afin de constituer un corpus.

Une des caractéristiques les plus typiques du DI est qu’il est un mode de représentation du discours2 homogène.

Cette homogénéité du DI se manifeste sur le plan énonciatif, sur le plan sémiotique et sur le plan syntaxique.

- Sur le plan énonciatif, le DI dispose d’un système unique de repérage déictiques dans la phrase, celui du locuteur-rapporteur; toute la phrase est exprimée dans une seule langue et possède un registre de langue homogénéisé; une phrase en DI n’a qu’une seule modalité phrastique syntaxiquement exprimée, celle du segment présentateur3, car la modalité du segment présenté est syntaxiquement « mise à plat », neutralisée, nécessairement déclarative – ce qui est lexicalement compensé par l’intégration de la modalité phrastique dans le sens du verbe de communication du segment présentateur.

- Sur le plan sémiotique, l’ensemble de la phrase au DI est construit avec les propres mots du locuteur-rapporteur, autrement dit avec les mots dont il fait usage.

 - Du point de vue syntaxique, le DI représente une construction phrastique tout à fait « normale » par rapport à la langue.

Contrairement au DI, les constructions en DD sont hétérogènes. Cette hétérogénéité fait du DD un phénomène unique, exceptionnel dans la langue. Elle se manifeste, tout comme l’homogénéité du DI, sur trois plans : énonciatif, sémiotique et syntaxique.

- Si on part de l’hypothèse qu’une construction en DD, composée de son segment présentateur et de son segment présenté, représente un et un seul énoncé (cf. O. Ducrot 1984 : 174-178)4, force est de constater que le DD se singularise comme phénomène langagier par sa possibilité de juxtaposer dans un seul énoncé deux cadres de repérage déictique différents, l’un lié à l’énonciateur actuel, l’autre lié à une autre instance énonciative, de telle sorte qu’un déictique particulier n’a pas forcément le même référent quand il apparaît dans le segment présentateur et quand il apparaît dans le segment présenté. Cela revient à dire que dans une structure au DD, des occurrences multiples de je, me, tu, te, ici, maintenant peuvent prendre des valeurs différentes.

En ce qui concerne le registre d’énonciation, il peut y avoir des différences assez sensibles entre le registre de la langue et le style du segment présentateur et ceux du segment présenté. On peut observer également des différences entre les modalités de phrase ou modalités énonciatives à l’intérieur d’une construction en DD. En d’autres termes, la modalité phrastique du segment présentateur peut être différente de celle du segment présenté.

- Du point de vue sémiotique la construction du DD est également hétérogène : le segment présentateur est construit avec les mots du locuteur-rapporteur, c’est-à-dire les mots dont il fait usage, alors que le segment présenté se compose de mots dont le locuteur-rapporteur fait mention, en d’autres termes le segment présenté ce sont CES mots et non pas d’autres mots, sans pouvoir recourir à la synonymie.

-Sur le plan syntaxique ou, plus précisément, syntactico-sémantique, les constructions du DD se caractérisent également par l’hétérogénéité. Elles montrent des ruptures syntactico-sémantiques entre le segment présentateur et le segment présenté et concernent différents aspects de la construction, comme par exemple la rupture dans la combinatoire lexicale5, la rupture syntaxique6 ou la rupture dans le code linguistique7.

Après cette présentation succincte du cadrage théorique prônant l’irréductibilité du DD et DI qui, selon nous, facilite la sélection des formes étudiées, nous allons examiner la variabilité de ces deux formes dans le genre journalistique. Nous allons également voir s’il est toujours possible de distinguer nettement ces deux formes dans la réalité discursive.

Par ailleurs, notre intérêt portera sur les considérations du journaliste concernant le choix de telle ou telle forme ainsi que sur les raisons qui le motivent dans leur utilisation. Cela nous permettra d’observer si les formes discursives choisies par le journaliste dans le but de transmettre son intention communicative constituent des obstacles à l’intercommunication ou, au contraire, si elles contribuent à ce que ces obstacles soient dépassés tout en sachant que le journaliste, même s’il se distingue du propos rapporté, tire les ficelles de l’interprétation.

Pour répondre à la question concernant les préférences du journaliste dans l’emploi de telle ou telle autre forme du DR, nous avons procédé à une étude quantitative de notre corpus recueilli dans le quotidien Le Monde en version papier du 19/07/03 au 26/07/03. Nous avons ainsi regroupé 150 séquences8. Du point de vue formel nous nous sommes heurtée à la difficulté majeure dans la sélection des séquences. En effet, les formes choisies devaient répondre à des critères de sélection présentés dans la partie théorique ci-dessus. Or, une partie des séquences appartenant indéniablement au DR possédait, à l’intérieur d’une seule structure, aussi bien des caractéristiques du DD que celles du DI. Ainsi, nous avons délimité les énoncés qui correspondaient clairement du point de vue syntaxico-énonciatif au DD, au DI9 ensuite nous avons calculé celles qui font indéniablement partie du champ du DR mais pour lesquelles le classement en faveur de telles ou telles formes s’est avéré impossible. Les résultats obtenus sont présentés sous forme du graphique ci-dessous :

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De cette étude ressort clairement que la forme favorisée par le genre journalistique est le DI, y compris les formes du DI guillemetés, nous y reviendrons, représentant 61% du champ de DR (soit 91 séquences), contre 34% pour le discours direct (soit 51 séquences) et 5% pour les autres formes (soit 8 séquences : 6 DIL et 2 mixtes, nous y reviendrons).

L’explication possible de la préférence des journalistes du quotidien Le Monde pour la forme indirecte du DR peut se trouver en sa fonction explicative. En effet, le journaliste tente à reformuler les propos entendus ou lus et par conséquent d’adapter les moyens d’expression afin d’être mieux compris par le lecteur. Par ailleurs, il est tout à fait courant, de par les conditions d’urgence de temps et d’espace qu’exige le genre journalistique de résumer le discours d’autrui, procédé que permet uniquement le DI.

Dans cette partie de notre travail nous allons observer les formes sous lesquelles se présente le DI et ses variantes les plus représentatives dans Le Monde, allant des plus classiques aux plus exceptionnels. Y a t-il des préférences dans ces moyens d’expression ? Contribuent-ils au succès de l’intercommunication ? Voici les questions auxquelles nous allons essayer de répondre dans les pages qui suivent.

Parmi les formes les plus classiques du DI, nous trouvons d’abord celles avec le conjonctif que suivi d’un indicatif ou d’un subjonctif, respectivement :

(1) L’avocat assure que les expertises sanguines existent bien dans le code pénal chérifien. (Le Monde, 25/07/03)

(2) Dans une contribution publiée par la Frankfurter Allgemeine Zeitung, Theo Weigel suggérait qu’Edmund Stoiber cède sa place à la tête de la CSU et aille prendre sa retraite au château Bellevue, siège du président de la République dont le poste sera renouvelé en 2004 (Le Monde, 22/07/03)

Dans les structures avec le subjonctif, le conjonctif que peut être remplacé par à ce que :

(3) M. Mer s’est engagé à ce que, pendant un an, le taux des livrets ne soit pas modifié. En cas de « circonstances exceptionnelles », la Banque de France pourra transiger avec l’application de cette indexation « automatique ». (Le Monde, 23/03/03)

Il y a ensuite les formes de DI avec infinitif, avec ou sans préposition :

(4) Colin Powell, le secrétaire d’Etat, a déjà déclaré travailler à l’idée d’une nouvelle résolution. (Le Monde, 19/07/03)

(5) Ces commentaires faisaient suite aux récentes déclarations du chancelier allemand, Gerhard Schröder, qui a appelé la BCE à se préoccuper davantage de la vigueur actuelle de l’euro face au billet vert. (Le Monde, 19/07/03)

Ensuite nous pouvons observer les formes de DI avec un syntagme nominal, appelées aussi, par certains linguistes, comme G. Gentte (1972), L. Rosier (1999), le discours narrativisé, par exemple :

(6) Il a annoncé le déblocage d’une première somme de 500 000 euros pour un crédit d’étude et a promis le déblocage ultérieur d’autres fonds pour la reconstitution du massif des Maures. (Le Monde, 19/07/03)

Dans les cas de DI avec un syntagme nominal, le segment présenté a parfois la fonction de sujet du verbe présentateur. C’est le cas lorsque la construction au DI est à la voix passive :

(7) Alors que l’anonymat lui avait été promis, son nom est jeté en pâture aux médias par le ministère de la défense. (Le Monde, 22/07/03)

(8)Cette affirmation – au cœur de la polémique à propos de David Kelly en Grande-Bretagne – a été citée à deux reprises par George Bush : le 26 septembre à la Maison Blanche et le 28 septembre lors de son adresse hebdomadaire à la radio. (Le Monde, 22/07/03)

A côté des formes canoniques on observe également des formes de DI avec incise, médiane (9) ou finale (10) :

(9) Le processus de paix est « irréversible », a affirmé le président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila vendredi à Kinshasa dans un discours à la Nation prononcé à l’occasion de la prestation de serment des membres du gouvernement, a constaté l’AFP. (Le Monde, 19/07/03)

(10) L’ONG parle aussi de « guerre civile abominable, meurtrière et catastrophique pour l’Afrique de l’Ouest », une région dont plusieurs pays ont, dit-elle, « senti l’impact négatif et dévastateur du conflit libérien » à travers notamment la circulation des armes, les déplacements de combattants, l’afflux de réfugiés. (Le Monde, 19/07/03)

Un cas plus étrange ou plus inhabituel de DI avec incise est celui illustré sous (11), où le segment présentateur initial est répété sous la forme d’un segment présentateur en incise finale, à contenu identique :

(11) Mais le 16 juillet, s’expliquant à huis clos devant la commission sénatoriale du renseignement, il a affirmé qu’une personne à la Maison Blanche avait insisté pour que les informations sur l’uranium irakien figurent dans le discours sur l’état de l’Union, avait affirmé le lendemain le démocrate Dick Durbin, membre de cette commission. (Le Monde, 24/07/03)

Un autre type de constructions, que nous aimerions appeler DI par renvoi anaphorique, est illustré par les exemples suivants :

(12) Comme si cet événement devait couronner la dernière année de son « dernier mandat » de conseillère générale ; c’est en tout cas ce que Bernadette Chirac avait assuré lors de sa réélection en 1998. (Le Monde, 19/07/03)

(13) La future Constitution ne devrait pas comporter de référence aux racines chrétiennes, comme l’a demandé le pape, faute d’accord, a déclaré vendredi le chef du gouvernement italien. (Le Monde, 21/07/03)

Pour savoir quel type de structures du DI est favorisé par les journalistes de Le Monde nous avons, tout comme précédemment, effectué des calculs. Voici les résultats de ces opérations :

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Il est intéressant d’observer que la forme considérée par les grammaires comme la forme la plus typique du DI (celle avec le conjonctif que) n’est pas la plus représentée dans ce quotidien. Elle ne constitue que 33% des formes de DI contre 37% de formes de DI avec syntagme nominal (DI sn) de notre corpus DI. En outre le DI avec infinitif représente 19% des formes de DI et l’ensemble du DI avec incise et du DI par renvoi anaphorique 11% du corpus DI.

Nous pouvons nous demander pourquoi le journaliste de Le Monde préfère la forme du DI sn à celle du DI que.

Comme explication possible, nous pourrions avancer le fait que le genre journalistique préfère les phrases courtes aux phrases longues. En effet ce sont les phrases courtes qui ont plus d’impact, qui vont à l’essentiel. Les journalistes ont ainsi tendance à préférer la forme plutôt que le contenu. Cela suppose qu’une des tâches du rédacteur en chef est de repérer toutes les phrases longues, de localiser leurs jointures et de couper à cet endroit avec un point, en enlevant au maximum les mots en qu- (qui, que, etc.), les conjonctions de subordination (alors que, après que, etc.) et les conjonctions de coordination (mais, et, etc.) qui peuvent rendre le texte trop chargé, comparons les exemples qui suivent :

(14) La commission du budget de la Chambre des représentants, qui contrôle notamment celui du Pentagone, a annoncé son intention de s’intéresser aux activités de l’OSP. (Le Monde, 19/07/03)

(15) La commission du budget de la Chambre des représentants, qui contrôle notamment celui du Pentagone, a annoncé qu’elle pourrait éventuellement envisager de s’intéresser aux activités de l’OSP.

Une seconde explication pourrait être que le genre journalistique contient de nombreux enchaînements de différentes formes de DR. Il nous semble qu’à cause d’une grande complexité de ces formes, le journaliste évite d’alourdir subsidiairement le texte et par conséquent esquive les conjonctions inutiles. Nous pouvons l’observer dans l’exemple suivant où le journaliste a choisi le DI sn pour suivre le DD :

(16) « La philosophie de cette réforme est qu’il faudra travailler plus longtemps en continuant à cotiser pour toucher en fin de compte une retraite diminuée », a lancé Claude Estier, président du groupe PS, qui a dénoncé « une nouvelle loi de régression sociale » contre laquelle les socialistes déposeront un recours devant le Conseil constitutionnel. (Le Monde, 19/07/03)

Observons, après nos transformations quel corps il aurait pris l’exemple (17) si le journaliste avait choisi le DI que pour suivre le DD :

(17) « La philosophie de cette réforme est qu’il faudra travailler plus longtemps en continuant à cotiser pour toucher en fin de compte une retraite diminuée », a lancé Claude Estier, président du groupe PS, qui a dit que les socialistes déposeront un recours devant le Conseil constitutionnel contre « une nouvelle loi de régression sociale ».

A notre sens, la structure de l’exemple (17) est indéniablement plus chargée que celle du (16) et de ce fait, plus difficile à lire. Les exemples sont multiples.

Mais le but de notre travail n’a évidement pas été d’énumérer toutes les variantes possibles du DI que l’on trouve dans les pages de Le Monde. Il s’agissait pour nous de présenter les tendances significatives des journalistes dans la manière de présenter le dire d’autrui et d’expliquer leurs motivations d’emploi des formes choisies. Ainsi, nous pouvons d’ores et déjà avancer que si l’écriture journalistique dominante dans Le Monde pour rapporter le dire est celle de l’indirectivité, et par cela confirmer notre hypothèse de départ, c’est parce que les journalistes, en adaptant ses moyens d’expression par rapport aux connaissances et aux compétences générales du locuteur, sont désireux du style d’écriture pouvant contribuer au meilleur déroulement de l’intercommunication. Même si, c’est justement cette forme par excellence, qui permet d’orienter l’interprétation du locuteur, influencer sa représentation du monde et parfois, hélas, détourner l’information.

L’indirectivité, voici la forme privilégiée pour représenter le dire dans Le Monde. Le journaliste y trouve un champ large de manœuvre. Pourquoi alors employer le DD ?

L’auteur d’un article de presse doit perpétuellement avoir le souci de réveiller chez le lecteur le désir de savoir d’abord, de savoir plus ensuite. Et il n’a que peu de temps pour persuader le lecteur de lire son article. Il ne suffit pas d’avoir une bonne information, il faut savoir la vendre, il faut la mettre en valeur. Les premiers éléments de l’article doivent capter l’attention du lecteur pendant qu’il feuillette le journal et qu’il survole les titres. Ces éléments sont la mise en page, les titres10, le chapeau11 et les illustrations et constituent ce que l’on appelle dans le jargon journalistique une accroche. A l’accroche appartiennent aussi l’« attaque », le premier paragraphe de l’article et la « chute », les dernières lignes de l’article. Les deux doivent être particulièrement soignées parce qu’elles servent, normalement, à provoquer et à retenir l’attention du lecteur.

Ainsi, l’emploi du DD dans l’attaque et / ou dans la chute constitue-t-il, à nos yeux, un excellent moyen d’accrocher l’attention du lecteur et ceci pour deux raisons. La première est le principe de l’écriture vive en journalisme: faire parler une personne à travers des citations au DD rend le texte plus vif que de présenter une simple description de faits. Cela permet, entre, autres au journaliste de manifester de l’intérêt humain, tellement cher au locuteur. La deuxième raison d’emploi du DD tient à son aspect visuel, selon le principe « être VU avant d’être LU ». En effet, la citation est très visible dans les quotidiens, par son marquage typographique : guillemets doublés de caractères italiques.

Nous avons vérifié cette hypothèse en effectuant une analyse quantitative à partir de notre corpus (70 articles au total)12. Le nombre d’articles dans lesquels le DD fait partie de l’accroche journalistique, c’est-à-dire le nombre d’articles dans lesquels il constitue soit l’attaque soit la chute du texte est non négligeable, ce que montre le graphique suivant :

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De ces calculs ressort que dans 39% de notre corpus, soit 27 articles, apparaît au moins un DD dans le premier et / ou dans le dernier paragraphe. 34%, soit 23 articles, commencent et finissent par des formes qui ne sont pas considérées dans notre étude du fait qu’elles ne relèvent pas du champ de DR et dans 27%, soit dans 20 articles, les journalistes utilisent les formes guillemetées du DI dans l’accroche.

Ainsi, pour capter l’attention, le journaliste peut commencer son article par une phrase extraite d’un autre journal ou d’un autre document :

(18) « Le « off « continue jusqu’au 31 juillet » : jeudi 18 au matin, des milliers de petits tracs se sont abattus sur la ville, jonchant les rues pavées de la Cité des papes. Le simple fait que la municipalité d’Avignon ait éprouvé besoin de lancer cette opération montre bien que la question – non dite – est dans toutes les têtes : le « in » annulé, le « off » va-t-il vraiment pouvoir tenir jusqu’au 31, date officielle de clôture ». (Le Monde, 20/07/03, titre : Au « off », confusion et déprime depuis la fin du « in »).

Mais aussi par une phrase qui intrigue (remarquons l’emploi de quatre marques typographiques: majuscules, italiques, caractères gras, guillemets pour bien souligner soit l’importance du propos, soit son ironie, respectivement):

(19) UN « OUI » clair et net. C’est ainsi que Jean-Pierre Raffarin aurait répondu lorsque le porte-parole de l’inter-LGBT (lesbienne, gaie, bi, trans), Alain Piriou, lui a demandé s’il allait faire voter, dans les prochains mois, une loi pénalisant les propos homophobes. (Le Monde, 20/07/03, titre : Jean-Pierre Raffarin promet une loi pénalisant les propos homophobes en 2004).

(20) « PETIT HOLD-UP », « cambriolage estival ».... La gauche, qui, au pouvoir, avait agi de même en août 1999, n’a pas eu de mots assez durs pour qualifier la décision du gouvernement de baisser le taux de rémunération du Livret A. (Le Monde, 23/07/03, titre : La gauche dénonce un « petit cambriolage estival »).

Nous pouvons également commencer par une phrase qui surprend, par son contenu (21), ou par sa forme où le registre a peu de chances d’être celui du journaliste (22) :

(21) « L’Allemagne connaît un changement de mentalité. La social-démocratie s’émancipe de syndicats qui sont dans l’impasse. Elle a une chance d’avoir un avenir. » Le professeur Heinrich August-Winkler est catégorique. Cet influent politologue de l’université Humbolt de Berlin, « parfois consulté » par Gerhard Schröder, dresse le tableau d’une nouvelle Allemagne. (Le Monde, 23/07/03, titre : « Le vieux modèle est fini », selon la gauche réformiste.)

(22) « Ca, ils me feront faire une fois, mais pas deux. Ils me font chier! » le sourire noyé dans sa grosse barbe blanche, Paul Néaoutyine, ancien président du Front de libération nationale kanak socialiste, fait mine de pousser une grosse colère. En sa qualité de président de la province de Nord de Nouvelle-Calédonie, il doit accueillir le président de la République, fin juillet, et voilà que, dès la mi-juin, l’Elysée s’inquiète de la composition du menu de déjeuner de ce jour-là, à Konté. (Le Monde, 23/07/03, titre : Quinze ans après Ouvéa, M. Chirac de retour en Nouvelle-Calédonie)

Ou encore donner à voir, par un témoignage, une mise en situation et/ou une lueur d’espoir pour un lecteur :

(23) « Mon nouveau cœur, je l’ai intégré assez rapidement. Je n’ai pas eu le temps de me poser vraiment des questions. L’autre était à bout mais celui qui bat là aujourd’hui, ça reste mystérieux pour moi ». A 49 ans, Michel Mougins a l’impression que la vie lui a donné une seconde chance. « C’est bizarre, c’est la vie qui continue, mais c’est un nouveau départ ». (Le Monde, 25/07/03, titre : Profil malade, greffé, ressuscité).

Nous observons, dans l’attaque, une série de phrases en vrac :

(24) « Intermittents fainéants », « Aillagon tiens bon! », « Plus de quinzaines commerciales, moins de festivals », « Travail, famille, télévision », « Laissez le José au frais! », « La culture est une marchandise comme les autres ». Chaque jour, les artistes de rue qui « occupent » Chalon-sur-Saône décident d’une manifestation thématique sillonnant la ville jusqu’à la mairie. (Le Monde, 24/07/03, titre : La parade des « intermittents fainéants »).

Nous avons évoqué que la chute d’un texte concourt à renforcer l’angle général de l’article tout en l’émaillant d’une idée qui offre une ouverture supplémentaire. Ainsi, la citation employée peut condenser l’essentiel du message que le journaliste veut faire passer :

(25) « Le festival est le lieu de l’universel, là où les cultures se rencontrent. Il devrait être au-dessus de la politique et du pouvoir. Pour moi il doit rester intouchable, presque comme une religion. Le théâtre me permet de dire ce que je pense. S’il est en grève, je ne peux pas le dire. Mais ce point de vue, égoïste, doit se soumettre à la décision générale. Question d’éthique. Alors je suis solidaire des Français. Leur lutte doit continuer, elle ne peut plus s’arrêter. » (Le Monde, 19/07/03, titre : Antonio Latella, la scène humaine).

La citation peut apporter aussi à la chute de l’article une note d’humour :

(26) « Si le président Clinton veut devenir maire, je ne peux lui dire qu’une chose : c’est un métier très, très difficile », déclare Michael Bloomberg avec un sourire crispé. (Le Monde, 24/07/03, titre : New York City blues).

Elle peut également offrir l’ouverture sur le futur, sur une suite envisageable :

(27) « C’est seulement une question de temps pour que nous retrouvions Saddam », a affirmé Paul Bremer. (Le Monde, 24/07/03, titre : Après la mort de ses fils, la traque de Saddam Hussein est relancée).

ou véhiculer la morale:

(28) Libéral moderniste et rival de M. Lafleur, l’ancien président de la Fédération patronale de Nouvelle-Calédonie, Didier Leroux, explique : « On a besoin d’une France forte. On nous a transféré des compétences, mais on ne nous a pas assez transféré de contrôles pour les roitelets locaux. » Hors de toute allusion politique, l’évêque de Nouméa, lui professe cette parabole : « Les feux de brousse, beaucoup savent les allumer. Bien peu sont ceux qui savent les éteindre. » (Le Monde, 23/07/03, titre : Quinze ans après Ouvéa, M. Chirac de retour en Nouvelle-Calédonie)

Ou, pour finir, la citation peut constituer, aux yeux du journaliste, la meilleure des conclusions :

(29) « Pour ceux qui ont trouvé ça long et ennuyeux, je dis oui, mais ça n’aura pas été inutile », lance Edouard Baer en toute fin d’émission. Il n’y avait pas de meilleure conclusion. (Le Monde, 19/07/03, titre : Allô Baer? Ici la terre...)

Le but du journaliste n’est pas seulement de produire une bonne attaque ou une bonne chute de l’article. Il veut aussi maintenir l’intérêt du lecteur tout au long de sa lecture, ce qui est appelé « la relance ». Le DD s’avère ainsi d’une particulière utilité pour le journaliste. En effet, le fait de laisser « parler » l’autre dans son propre discours manifeste l’intérêt humain tellement apprécié par le lecteur. De cette manière les paroles venant d’ailleurs rendent le texte plus vivant. De plus, les guillemets y employés témoignent en faveur de la véracité du propos présenté tout en attirant l’attention du lecteur.

Mais la fonction du DD va bien au-delà de rendre le texte plus vif ou encore de capter l’attention. Le journaliste, dans son écriture, est constamment exposé au risque qu’on lui attribue des paroles d’un autre et qu’on le considère comme responsable du message énoncé. Le DD, du fait qu’il est doté de guillemets, véhicule un message implicite du type : « il a dit X et moi en tant que journaliste je ne dis plus rien » et par ce biais offre au journaliste la possibilité de se dégager de la responsabilité envers les propos cités. Nous savons bien évidemment que cela est beaucoup plus complexe car le journaliste, en citant le dire, n’est jamais complètement objectif et, en introduisant la citation la plus littérale qui soit dans un nouveau contexte, tire les ficelles de toute interprétation. Parfois il oriente l’interprétation du lecteur en offrant explicitement un « traduction » de ce qui est à lire :

(30) Pour résoudre le difficile problème de l’avenir du site chimique toulousain après l’explosion d’AZF, qui avait fait 30 morts et 2,5 milliards d’euros de dégâts, Jean-Pierre Raffarin avait annoncé sa méthode. « J’appliquerai le principe de précaution », avait-il lancé à la télévision locale, Télé Toulouse, pendant la campagne des élections législatives. La traduction est aujourd’hui connue : il n’y aura plus de phosgène à Toulouse. (Le Monde, 03/07/02)

L’orientation de l’interprétation est visible à travers certains adverbes, témoignant de la subjectivité, phénomène très important qui multiplie en quelque sorte la différence entre les verbes, comme dans les exemples ci-dessous où ce que pense le journaliste est exprimé dans un seul adverbe (ou groupe adverbial) :

(31) « J’ai rencontré Robert, qui m’a dit toute l’aide que vous m’apportiez », déclarait maladroitement Bédier, sans se préoccuper de la présence de caméras. (Le Monde, 21/07/02)

Nous avons illustré dans cette section le fait que, si les journalistes emploient du DD généralement pour son caractère prétendument objectif et fidèle, cela n’empêche en aucun cas d’orienter l’interprétation du lecteur. La question à laquelle il nous reste à répondre à présent est de savoir quelles variantes formelles du DD sont perceptibles dans les pages de Le Monde et lesquelles de ces variantes sont les plus représentatives, donc privilégiées par les journalistes.

Bien que les journaux recourent à de nombreuses variantes du DD, allant des plus marquées à celles à marquage zéro, détectables uniquement par le contexte, nos analyses montrent que le quotidien analysé dans cette étude reste attaché principalement aux formes marquées du DD.

La citation, ou, si l’on préfère, le segment présenté du DD est signalé dans la plupart des cas dans la presse par un segment présentateur. Celui-ci est le plus souvent plus court que le segment présenté. Par rapport à ce dernier, le segment présentateur occupe des positions diverses : il peut être antéposé, postposé et il est possible de l’interrompre en incise ou même de l’encadrer. Passons en revue ces formes extraites de notre corpus.

Commençons notre brève présentation avec les formes considérées comme les structures canoniques du DD, c’est-à-dire celles avec un segment présentateur antéposé par rapport au segment présenté, véhiculant ainsi la structure L dit : « P ». Ce sont précisément ces formes du DD qui sont considérées comme les plus marquées voire même surmarquées, par exemple :

(32) La violoniste Bénédicte Trottereau confie : « Pour vivre ; je dois travailler dans trois orchestres.[…]. » (Le Monde, 19/07/03)

On y observe l’annonce de la citation par le segment présentateur antéposé, le marquage syntaxique, ou, en d’autres termes la rupture syntaxique (la séquence « Pour vivre ; je dois travailler dans trois orchestres » est le COD du syntagme « La violoniste Bénédicte Trottereau confie ») et un marquage typographique double, à savoir le guillemet associé au fait de « mention » accompagné d’italiques.

Outre les formes dites canoniques, nous avons relevé dans notre corpus des formes de DD avec les incises, soit pour interrompe le message d’origine afin de préciser la provenance de la citation (incise médiane), soit pour indiquer la source du message d’origine en fin de citation (incise finale), respectivement :

(33) « Un jour, raconte-t-il, des soldats sont arrivés chez moi. » (Le Monde, 21/07/03)

(34) « Je suis satisfait que la BBC ait fait cette annonce », a, de son côté, déclaré le premier ministre Tony Blair, en tournée en Asie. (Le Monde, 21/07/03)

A l’autre bout de l’échelle représentant le degré de marquage pour les formes du DD on observe des constructions où seule la typographie permet de caractériser une forme donnée comme appartenant au DD, par exemple:

(35) « Tous les fronts sont contenus », a déclaré un responsable des pompiers du Var. (Le Monde, 19/07/03)

En effet, dans cet exemple l’absence de déictiques dans le segment présenté annule la rupture énonciative qui caractérise les formes du DD. Dans ces cas on constate l’importance qui doit être accordée aux marques typographiques, et tout particulièrement aux guillemets, sans pour autant leur attribuer une importance de prime abord pour délimiter les formes du DD.

Notre corpus nous a permis de constater l’existence de formes de DD sans syntagme présentateur. Parmi ces formes on peut distinguer celles où, tout comme dans les exemples précédents, c’est exclusivement le marquage typographique, le guillemet, qui permet l’interprétation en termes de DD, par exemple:

(36) Fred Mousson est opérateur de cinéma. Il travaille sur l’émission « Fort Boyard », pour France 2, tournée dans la région. « Les contrats stipulent « douze heures environ » de travail, mais les techniciens ne sont payés que pour huit heures seulement alors que la plupart du temps ils travaillent jusqu’à dix-huit heures par jour, sans aucune heure supplémentaire réglée. Les plus faibles de la corporation sont menacés par les sociétés de production. Ils doivent plier ou ne sont pas réengagés. (Le Monde, 19/07/03)

Néanmoins, dans certains cas où l’on observe l’absence du présentateur, l’interprétation en faveur du DD est soutenue, en plus du marquage typographique, par un autre indice, celui relevant de la cohésion textuelle. Dans ces cas, comme dans l’exemple ci-dessous, la cohésion textuelle indique que le pronom je qui relève du cadre énonciatif d’énonciateur est coréférant avec le pronom il, qui relève du cadre énonciatif du journaliste :

(37) Cynique sentimental et croisé militant qui n’a pas peur de crier à la face du monde son désir de bonheur et de réconciliation, François-René Duchable a donc décidé de rompre avec le pianiste qu’il est depuis toujours et d’en finir avec une carrière qui n’était pas son genre. « Je veux désormais être disponible pour bien vivre. Déjà en 1968, au Concours Reine Elisabeth, j’étais content d’être arrivé en finale, 11e sur 12 candidats. J’étais surtout content parce que j’allais pouvoir rentrer plus tôt chez moi, en Savoie, échapper au sort des premiers lauréats et à leurs séries de concerts obligés, jouer seulement pour moi. A 16 ans, j’étais déjà comme ça, et j’ai quand même tenu 35 ans ! » (Le Monde, 21/07/03)

Le dépouillement du corpus nous a permis de tirer la conclusion concernant la fréquence d’emploi de telle ou telle variante formelle du DD ainsi que de détecter la forme favorisée par les journalistes de Le Monde ce que représente le graphique ci-dessous :

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Contrairement à nos attentes, la forme dite canonique du DD, à savoir L dit : « X », n’est pas très représentative dans les pages du quotidien en question. Cette forme est en revanche très fréquemment utilisée dans la presse anglo-saxonne (he said : « P »). Par ailleurs, nos études montrent que la forme privilégiée du DD est ici celle avec incise et tout particulièrement avec incise postposée (67% du corpus DD). En revanche la forme du DD à laquelle le journal recourt le moins fréquemment est celle avec incise médiane. Elle ne représente que 6% du corpus DD. La fréquence de son emploi se rapproche de manière significative de la fréquence d’emploi de la forme canonique. En occupant seulement 7% du corpus DD, cette dernière constitue, tout comme la forme avec incise médiane, une forme assez rarement employée dans Le Monde. Les formes sans syntagme présentateur, en occupant 20% du corpus DD, s’avèrent nettement plus courantes dans ce quotidien.

La raison pour laquelle le journaliste de Le Monde recourt si couramment à l’emploi de l’incise finale dans les formes du DD peut s’expliquer, dans de nombreux cas, par le besoin de présenter d’entrée le message et de ne montrer qu’après la source des propos prononcés. Il nous semble que placer le segment présentateur avant le segment présenté focalise davantage sur l’acte d’énonciation, sur la source, que sur le message mentionné.

Par ailleurs, dire que les journalistes emploient assez fréquemment les formes du DD sans recourir au syntagme présentateur c’est constater, une fois de plus, l’importance de signes typographiques dans l’identification de ce type de discours. Cependant, comme nous l’avons précisé, il ne faut pas attribuer automatiquement le guillemet au DD. Car en effet, il existe d’autres formes du DR où les journalistes les utilisent. Ces formes guillemetées, que L. Rosier (1999) appelle mixtes et dont il sera question dans la dernière section de la présente étude, se trouvent au cœur d’analyses dans les travaux consacrés aux phénomènes du DR.

Les formes guillemetées, outre le DD, ont fait l’objet d’analyses de nombreux linguistes, tels que J. Authier-Revuz (1996, 2001), L. Rosier (1999, 2000), P. von Münchow (2001), G. Komur (2003, 2004), S. Marnette (2005), E. Mateva (2007), A. Celle (2007). Ainsi, nous n’allons pas trop nous attarder, dans la présente étude, sur ces structures qui ont été magistralement décrites dans les études antérieures. Rappelons seulement quelques faits importants pour bien saisir l’intérêt qu’elles manifestent pour les linguistes.

Tout d’abord on constate qu’elles sont extrêmement fréquentes dans le journal Le Monde et, on peut l’affirmer sans crainte, dans la presse française en général. En effet, elles constituent 47% de notre corpus et sont utilisées dans 66% d’articles (soit dans 46 articles sur 70) pour marquer les attaques et les chutes d’articles.

Mais à l’intérieur de cet ensemble de formes que caractérise la présence du guillemet (outres le DD) il y a, selon nous, le lieu à distinguer des formes de DI avec les guillemets des structures formellement mixtes. Comparons à ce titre les exemples qui suivent :

(38) Cette contradiction a été relevée par Pierre Méhaignerie, président de la commission des finances de l’Assemblée nationale (UMP), qui note qu’il serait « malheureux » de diminuer l’impôt sur le revenu tout en accroissant la CSG. (Le Monde, 22/07/03)

(39) Slobodan Milosevic dit que la raison pour laquelle il apparaît seul, sans avocat, est que « ce tribunal est illégal […], je n’ai donc pas besoin de désigner un avocat… » (Le Monde 19/07/01)

La forme guillemetée illustrée par l’exemple 38, relève du DI car, comme l’a démontré J. Authier-Revuz (1996) et G. Komur (2003) elle constitue, tout comme le DI canonique, une structure homogène s’inscrivant dans la continuité syntaxico-énonciative et sémiotique de l’énoncé. La présence de guillemets fait d’elle la forme marquée typographiquement du DI. La question qui se pose est de savoir pourquoi le journaliste éprouve-t-il le besoin d’utiliser des marques typographiques dans des constructions où il use de ses propres mots. Nous avons évoqué dans les premières pages de cet article que le journaliste en rapportant le discours sous forme de DI fait l’analyse du discours de l’autre et procède à l’opération de paraphrasage pour ainsi rapporter le sens réel ou tel qu’il croit avoir compris du discours d’origine. Il prend ainsi l’entière responsabilité de ce qu’il avance. En revanche les guillemets, qui signalent, très souvent, la distanciation du journaliste envers les propos présentés, servent à une sorte de protection véhiculant le message : attention, j’écris ce mot (ou ces mots) mais il ne provient pas de moi-journaliste, c’est un mot de l’autre mais j’ai choisi de l’introduire dans mon propre discours parce qu’il est drôle, stupéfiant, sot, extraordinaire, c’est lui et aucun autre qui convient ici. C’est précisément à ces formes que J. Authier (1996) a réservé le nom du DI avec « îlot textuel » ou du DI quasi textuel (dans les cas où les guillemets couvrent la quasi-totalité de la phrase). Et bien que ces « îlots » constituent en quelque sorte un corps étranger à l’énoncé en DI du fait d’appartenir à l’autre, ils se fondent parfaitement dans la structure phrastique constituant ainsi un tout cohérent et homogène. Les guillemets servent alors d’épingle par le biais de laquelle le mot « étranger », le mot de l’autre, est saisi et montré permettant au journaliste de s’en distancier.

Il n’en va pas de même pour les formes véritablement mixtes, c'est-à-dire les formes qui ingèrent à l’intérieur d’une même structure des caractéristiques aussi bien du DI que celles du DD. C’est un type particulier de constructions en DR et bien que pas très nombreux, il est suffisamment présent dans les pages de journaux pour attirer l’attention du linguiste. La construction mixte montre une certaine déviance par rapport à la structure d'une phrase "normale" du français car prend le début sous la forme du DI (on y observe fréquemment le jonctif que) mais basculent ensuite dans le DD compte tenu de l’hétérogénéisation de déictiques. En d’autres termes à l’intérieur d’une structure mixte coexistent, tout comme dans un DD canonique, deux cadres de repérage des déictiques : dans la principale celui du journaliste, dans la subordonnée celui dont on rapporte les propos.

Tout comme pour les autres formes la question qui nous interpelle est celle de savoir pourquoi le journaliste a recours à ce type de mixité. J. Rey-Debove (1978 : 229) donne une des réponses possibles en disant que l’emploi des guillemets permet de présenter « la séquence fidèle » atténuant ainsi les déficiences du DI. « Ce moyen, poursuit l’auteur, permet de restituer la phrase-source, ou une partie de la phrase source qui émerge parfois discontinue […], ou de retrouver la phrase source par les seules règles morho-syntaxiques de réécriture ». Nous y souscrivons parfaitement néanmoins, nous souhaitons apporter notre petite contribution interprétation des choses. En choisissant la structure syntaxico-énonciative mixte le journaliste entre dans un jeu d'illusion avec le récepteur. Cette illusion concerne d’abord, selon nous, l’engagement du journaliste à rapporter le sens du discours d’origine tel qui devrait être compris aux yeux du journaliste. Ce qui expliquerait l’utilisation de la structure syntaxique du DI au début de la forme mixte. Et ensuite cette illusion concerne la fidélité du message guillemeté au discours d’origine ajoutant ainsi à la crédibilité du journaliste tout en se distinguant du propos rapporté.

Nous avons démontré dans cet article que, parmi les techniques particulières que le journaliste a à sa disposition pour représenter le discours autre, il y a le Discours Rapporté qui fonctionne comme une invitation au sein du discours d’une ou de plusieurs autorités: celle du locuteur (en l’occurrence le journaliste) qui représente le discours autre et celle de l’énonciateur dont le discours est représenté et, de ce fait, toujours interprété par le locuteur. Ces autorités peuvent s’accorder ou s’opposer, elles peuvent être transparentes (citation d’une source avérée) ou confuses. Si bien que le discours rapporté semble constituer un lieu de tractation persévérante entre discours représenté et discours représentant d’une part, et entre locuteur et lecteur d’autre part. Car écrire un article de presse impose inéluctablement le fait de s’inscrire dans une communication interactionnelle en fonction de laquelle le journaliste adapte ses moyens d’expression tant par rapport à l’instance médiatique dont il fait partie que par rapport au lectorat qu’il doit fidéliser.

En vue de cet impératif, le journaliste a la possibilité d’introduire dans son propre dire un dire d’autrui et dialoguer ainsi, à travers la citation, avec une autre autorité. Ce procédé permet d’un côté d’entrer dans le jeu de l’illusion de réalité humaine, si recherchée par le lecteur, d’un autre côté de manifester plus ou moins explicitement sa position quant à la crédibilité des paroles empruntées au discours d’origine, voire même d’orienter leur interprétation.

Tout au long de cet article nous avons tenté de démontrer que le choix du journaliste concernant l’emploi de telle ou telle forme du DR, n’est jamais gratuit, bien au contraire, il est très bien évalué. En effet, en sélectionnant soigneusement des caractéristiques formelles et énonciatives du DR le journaliste a la possibilité soit d’être responsable du message énoncé, soit de se protéger par rapport à la littéralité du propos rapporté, soit de s’en distancier.

C’est de cette façon que les formes guillemetées lui permettent, d’une part, de s’exprimer en faveur de l’exactitude du dire présenté, d’autre part, d’assurer sa protection par rapport à l’authenticité du propos énoncé.

Le journaliste est, en effet, perpétuellement exposé au danger provenant du fait que l’on puisse lui attribuer le discours d’autrui et que l'on puisse le tenir pour responsable du propos énoncé.

Le message tacite que véhiculent le guillemet, « ces paroles ne proviennent pas de moi », et à travers lui les formes comme le DD, le DI avec îlot textuel et les formes mixtes, offre la possibilité au journaliste de se dégager de la responsabilité envers les propos cités et de se distancier de la source du discours rapporté.

Nous espérons avoir démontré, à travers cette étude, les fonctions communicatives capitales présentes dans ces écrits journalistiques.



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Notes de bas de page


1 Nous pensons tout particulièrement aux exemples du DD du type : Il a dit : « I have to go », mais je n’ai pas compris.
2 Pour les questions de commodité nous allons employer dans cet article le terme du discours rapporté (DR) pour parler de la représentation du discours autre (RDA) terme introduit par J. Authier-Revuz (2001). En effet le terme de DR est celui plus communément utilisé par l’ensemble des grammaires.
3 Nous préférons le terme de segment à ceux de verbe, syntagme, phrase, discours, etc, car ce qui annonce le segment présenté (appelée le plus fréquemment citation) est généralement plus que le seul verbe; ce n’est pas un syntagme non plus parce qu’il y a généralement un SN et un SV et ce n’est pas une phrase (complète) non plus. Pour ce qui est du terme de discours, nous préférons le réserver à l’ensemble de la construction : segment présentateur + segment présenté. Nous verrons dans cet article que la nature et la taille du segment présentateur sont très variées.
Nous préférons de l’autre côté le terme de
présentateur à celui d’introducteur parce que ce dernier peut suggérer, de façon abusive, qu’il se trouve devant le segment présenté, ce qui n’est pas le cas des segments présentateurs en incise qui apparaissent à l’intérieur ou à la fin du segment présenté.
4 Pour O. Ducrot (1984 : 175) un énoncé se caractérise par son autonomie relative, qui, elle, est liée à la satisfaction simultanée de deux conditions : la cohésion et l’indépendance. « Il y a cohésion dans un segment, écrit O. Ducrot, si aucun de ses constituants n’est choisi pour lui-même, c’est-à-dire si le choix de chaque constituant est toujours déterminé par le choix de l’ensemble » (p.175). Pour ce qui est de la seconde condition, l’indépendance, l’auteur écrit : « Une suite est indépendante si son choix n’est pas commandé par le choix d’un ensemble plus vaste dont elle fait partie. »
Il nous semble que ces deux conditions sont remplies par une phrase au DD. Ni le segment présentateur, ni le segment présenté ne sont choisis pour eux-mêmes, ils servent à permettre l’un l’autre; il y a donc cohésion. L’ensemble du segment présentateur et du segment présenté a une indépendance dans ce sens que leur combinaison n’est pas nécessairement commandée par le choix d’un ensemble plus vaste; elle suffit communicativement à elle-même.
5 Un verbe transitif comme dire se combine parfaitement, de par ses conditions de sélection lexicale, avec des lexèmes comme mots, phrase, etc., comme dans la phrase : Il a dit deux mots. En revanche, le même verbe se combine difficilement avec un mot comme chien, maison, etc. parce que un chien n’est pas compatible lexicalement avec un verbe de dire, en tout cas pas comme son objet, comme il le serait par exemple avec un verbe de perception, voir. Le syntagme lexical un chien constitue, lexicalement parlant, un « corps étranger » dans la phrase : Il a dit : « un chien », en d’autres termes il est en rupture lexicale avec le verbe dire.
6 En effet le DD admet dans sa construction qu’un verbe de parole transitif comme par exemple dire soit suivi d’un adjectif, une classe grammaticale qui ne se combine normalement pas avec ce type de verbe comme dans l’exemple Il a dit : « Rouge ». C’est le caractère autonymique de la citation qui explique ces faits de rupture syntaxique parce que l’autonymie donne au segment présenté (citation) un statut nominal remplissant ainsi des fonctions grammaticales typiques des noms, comme celle d’objet direct. Ainsi, en citant J. Authier-Revuz, « n’importe quoi, y compris charabia, borborygmes, langue autre…, […] via le statut que confère l’autonymie, peut devenir […] constituant d’une phrase française correcte. » (2001 : 196). Cela a été largement décrit dans J. Rey-Debove (1978), J. Authier (1981), P. von Mûnchow (2001), G. Komur (2003).
7 Une phrase bien formée est pour une grammaire de type grammaire générative, une phrase rédigée en une langue. Or, le discours direct permet, de par le statut autonymique de la citation, l’insertion d’éléments d’autres langues au sein de la phrase, par exemple : »Where were you ? », demande une passante à un homme couvert de cendres. (Le Nouvel Observateur, 12/09/01). Cela est d’autant plus justifié que l’autonymie ne connaît ni traduction ni synonymie.
8 Nous avons éliminé de notre corpus les structures appartenant au Discours indirect libre qui font l’objet d’une autre étude (à paraître). Signalons seulement que le DIL est plus délicat à délimiter que le DD ou le DI dans la mesure où la notion de phrase ou d’énoncé n’est pas pertinente pour ce type du discours.
9 Parmi les structures du DI que nous avons pris en considération nous considérons aussi celles avec des guillemets à partir du moment où, du point de vue syntaxico-énonciatif, elles répondaient aux critères d’homogénéité. Nous reviendrons sur ces formes ci-dessous dans la section Entre l’homogénéité et l’hétérogénéité : la mixité
10 Nous employons le mot « titres « au pluriel car il s’agit aussi bien du titre d’article qui attire l’attention et qui donne des éléments sur l’ensemble de l’article, que du surtitre qui, placé au dessus du titre et imprimé dans un caractère plus faible le précise et l’enrichit, et enfin du sous-titre qui, venant juste en dessous du titre principal, offre un complément d’information.
11 Placé entre le titre et le début de l’article, le chapeau est un texte court qui, en quelques mots, permet au lecteur de connaître l’essentiel de ce qu’il va lire. Pour plus d’informations, voir aussi les manuels du journalisme, notamment J. de Brucker (1995). Notons par ailleurs la différente orthographe employée pour ce mot : « chapeau » selon J. de Brucker (1995) et « chapô » selon J.L. Martin-Lagardette (2003).
12 Tout comme pour l’analyse du DI nous avons exclu de nos calcules les éditoriaux et les chroniques du fait de quasi absence de formes du DR dans ces deux genres.



Pour citer cet article


Komur Greta. Remarques sur les pratiques discursives du quotidien Le Monde. Signes, Discours et Sociétés [en ligne], 1. Interculturalité et intercommunication, 13 juin 2008. Disponible sur Internet : http://www.revue-signes.info/document.php?id=456. ISSN 1308-8378.




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Revue électronique internationale publiée par quatre universités partenaires : Galatasaray (Istanbul, Turquie), Ovidius (Constanta, Roumanie), Turku (Finlande) et Nantes (France) avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
ISSN 1308-8378